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DU VILLAGE DE BUYUK-DÉRE

Cette Vue offre la partie la plus agréable du village de Buyuk-Déré. Ici se termine le golfe profond que forme le Bosphore depuis la pointe de Tharapia. Ce canal, en sortant de la mer Noire, se replie sur sa droite vers l'est nord-est, et déploie toute sa magnificence auprès de Buyuk-Déré. Son cours, devenu plus majestueux, est aussi plus tranquille; le double amphithéâtre de ses rives offre encore plus de variété et de délices : des gorges et de petits vallons forment entre d'agréables collines une continuelle succession de golfes et de promontoires. Buyuk-Déré, pendant les trois mois d'été, est défendu des ardeurs de cette saison par une brise semblable aux vents alisés, qui s'élève le matin, devient vers midi un vent très fort, décline insensiblement, et se calme au coucher du soleil.

Les Francs établis en Turquie desiroient depuis long-temps avoir des maisons de campagne sur le littoral de Buyuk-Déré, qui joint à tous les agréments de sa position l'avantage d'offrir contre la peste Pasile le plus commode et le plus assuré. Mais les Turcs , dont l'orgueil et le fanatisme s'exaltoient par le souvenir encore récent de leurs victoires , sembloient craindre le contact des infidèles , et ne permettoient aux négociants et même aux Ministres européens que d'habiter des villages abandonnés aux Grecs , tels que ceux de la forêt de Belgrade et des lies des Princes. M. le comte de Vergennes, ambassadeur de France, obtint tant de faveur auprès de la Porte Ottomane, qu'il lui fut permis de faire construire une maison dans la partie occidentale de Buyuk- Déré. Bientôt les autres Ambassadeurs l'imitèrent. Le système des sultans Abdulhamid et Sélim étoit de laisser s'affoiblir insensiblement les préjugés religieux qui tendent à rendre les Turcs entièrement étrangers aux arts de l'Europe. Les Francs continuèrent à s'étendre dans cette riante colonie.

Entre les différentes maisons de campagne, on admire particulièrement celle de M. le baron de Hubsch, chargé des affaires de Danemarck, qui, fixé depuis long- temps à Constantinople , n'a épargné ni soins ni dépenses pour faire de son habitation un lieu enchanteur. C'est la première qui s'offre à droite dans cette Vue. Au sommet d'une colline sur laquelle s'élèvent graduellement les arbres les plus variés, plusieurs kiosques déploient une immense perspective; d'un côté c'est la mer Noire, de l'autre les aqueducs de Baktché-Kieui , hardiment suspendus sur les vallons et les prairies ; en face, l'œil suit toutes les sinuosités du Bosphore, et plane alternativement sur l'Europe et sur l'Asie. La distribution que les Orientaux suivent pour leurs jardins est conservée dans celui-ci; mais elle y est embellie par une propreté élégante et par la culture la plus soignée. M. le baron de Hubsch^ qui montre de l'affection pour un pays

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