‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 76 sur 87 · VUE DE LA PARTIE CENTRALE DU VILLAGE DE BUYUK-DÉRÉ · texte numérisé non relu

VUE DE LA PARTIE CENTRALE DU VILLAGE DE BUYUK-DÉRÉ

où il est né, a voulu apprendre aux Turcs l'art de transplanter sur leur sol les productions dont s'embellissent d'autres contrées , et qui en augmentent les richesses. Le sultan Sélim parut lui savoir gré de cette tentative. Comme l'usage défend aux souverains ottomans d'entrer dans les maisons des particuliers , et sur-tout dans celles des Chrétiens, ce monarque s'abstint de visiter le jardin de M. de Hubsch ; mais les Sultanes ses sœurs et ses cousines s'y rendoient au moins une fois tous les ans. Les ministres de la Porte, pour complaire à leur maitre^ venoient y prendre des instructions sur la manière dont les Européens cultivent les fleurs et les arbres fruitiers. Ces visites leur servoient aussi de prétexte pour s'entretenir d'objets importants avec M. le baron de Hubsch, ou avec d'autres Ambassadeurs; et l'on dit que des négociations pacifiques, des rapprochements inespérés, ont eu lieu dans ces bosquets, où tout présente des images de calme et de bonheur.

Le jardin de l'Ambassadeur de Russie, qu'on fera connoitre ailleurs, est plus propre à exciter l'admiration des Européens, mais il plait moins aux Turcs parcequ'il ne se rapproche point du goût oriental. Devant la maison de M. de Hubsch est une jetée ou échelle qui sert à faciliter l'abord des bateaux; au-dessus est un balcon où l'on vient jouir de la fraîcheur des belles nuits d'été.

L'artiste montre ici un grand bateau turc à dix rangs de rameurs , où tout respire l'alégresse : c'est un nouveau marié qui va rendre visite aux parents de son épouse. Ceux-ci, après les compliments d'usage, doivent le ramener à sa demeure; la mariée l'y suit de près, conduite par ses parents, dans un autre bateau. La poupe et la proue de celui qu'on voit ici sont surmontées d'un mât de pavillon, et garnies de fleurs, de drapeaux, de mouchoirs brodés, enfin de tous les présents que les bateliers reçoivent en pareille occasion. L'époux est assis au fond du bateau avec les parents de sa femme. Deux jeunes Grecs exécutent au son des instruments une danse lascive qu'on est surpris de trouver dans des lieux où la pudeur est prescrite par des lois et par des usages sévères : elle ressemble tellement au fandango des Espagnols , qu'on peut croire que ceux-ci l'ont reçue des Maures. Il est vrai que les Turcs ne démentent point leur austère gravité jusqu'à la danser eux-mêmes; des jeunes gens, d'origine grecque et d'une beauté remarquable , sont formés par leurs parents dans cet art et dans tous ceux qui peuvent exciter la joie d'un festin : une corruption précoce est presque toujours la suite de leurs exercices efféminés,

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