‹ Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du BosphoreChapitre 77 sur 87 · VUE DE LA PARTIE ORIENTALE · texte numérisé non relu

VUE DE LA PARTIE ORIENTALE

DE BUYUK-DÉRÉ.

Le beau village de Buyuk-Déré, dont M. Melling a cru devoir tracer différents aspects , a un charme particulier pour les Européens, parcequils y retrouvent l'architecture, les productions, les jardins, les meubles, les usages des différentes nations auxquelles ils appartiennent. C'est une sensation délicieuse pour le voyageur que la vue de différents objets qui, dans ces lieux où il est regardé avec défiance, et quelquefois même avec un stupide mépris, lui font oublier sa situation d'étranger. Comme il jouit de tout ce qui lui rappelle le plaisir , l'élégance , et enfin la supériorité de sa patrie ! Nous avons déjà parlé de la charmante maison de campagne qu'occupe à Buyuk-Déré le chargé d'affaires de Danemarck. Voici le palais de l'ambassadeur de Russie. M. de Bulkakoff acheta d'abord une maison de campagne fort agréable qu'un Anglois avoit fait bâtir depuis quelques années, et où il avoit dessiné des jardins suivant le goût pittoresque de sa nation. En peu de temps cette maison devint un palais : on en voit ici les deux ailes avancées, et le kiosque placé sur une terrasse antérieure. M. de Bulkakoff agrandit beaucoup les jardins, y fit des plantations d'arbres de toute espèce; les allées et les terrasses furent disposées de manière à ménager les points de vue les plus agréables.

Les ministres de Russie qui lui succédèrent, donnèrent, à son exemple, des fêtes splendides dans ce palais ; mais aucune n'égala en magnificence celle que donna M. le comte de Kotchoubey, à l'occasion de l'avènement de Paul P"^ au trône. Une foule innombrable étoit venue admirer une illumination qui , reflétée dans les eaux du Bosphore , offroit un coup -d'oeil enchanteur. Le feu d'artifice fut tiré sur l'eau. Dans un espace d'environ une lieue, la mer étoit couverte d'un si grand nombre de bateaux, qu'ils sembloient former une salle continue.

On voit au-devant du quai du palais de Russie un bateau à sept paires de rames. La permission de monter un bateau de ce rang est une prérogative que la Porte accorde à tons les Ministres étrangers.

Toutes les autres maisons qui bordent le quai jusqu'au village de Sarï-Yérï ont été bâties par des Francs. Ce quartier est le plus sain et le plus beau de Buyuk-Déré : il n'y a guère que vingt- cinq ans qu'il est entièrement habité. Il offre le tableau d'une colonie européenne qui s'est établie dans un pays où tout présente un contraste avec ses mœurs et ses usages. Buyuk-Déré est encore, plus que le faubourg de Péra, un lieu privilégié pour les Francs; ils s'y livrent en liberté à toute sorte de plaisirs : les dîners sur l'herbe sont un des divertissements favoris qu'on goûte sous ce beau ciel.

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