VUE DE L'UN DES BENDS , DANS LA FORÊT DE BELGRADE
à l'établissement d'une filature de soie. Toute l'attention s'est portée sur les aqueducs. Celui qui se trouve dans l'enceinte de Constantinople est l'ouvrage de l'Empereur Valens. Les quarante arches dont il est formé réunissent deux collines.
Les Bends sont revêtus de larges pierres de taille. La longueur de celui-ci est d'environ trois cents pieds ; il en a quarante d'épaisseur. L'artiste l'a représenté à sa surface. La vue en est très agréable, sur-tout au printemps lorsque les eaux plus abondantes débordent et présentent une nappe limpide qui vivifie et égayé la forêt. Cet aspect solitaire et paisible a un charme particulier dans des lieux où la nature a prodigué les perspectives les plus belles et les plus étendues. C'est un repos pour l'imagination; la rêverie y prend un caractère plus calme. Les Européens se croient plus près du sol qui les a vus naître. Ils comparent ce paysage avec ceux qui leur sont les plus chers. Comme les rivages du Bosphore les ont frappés d'admiration, ils jouissent avec plus de recueillement d'un site agréable et champêtre qui leur rappelle les vallées de leur patrie. Tel est leur sentiment d'affection pour ces doux aspects de la forêt de Belgrade , qu'ils viennent au printemps y habiter de jolies maisons de campagne que les premières chaleurs de l'été leur font bientôt abandonner. On conçoit que ces lacs artificiels offrent un voisinage dangereux lorsque les eaux s'évaporent. Buyuk-Déré rappelle alors les Européens ; l'air frais et pur des rives du Bosphore leur fait braver les ardeurs de la canicule. Cependant les Grecs qui habitent les villages voisins des aqueducs et des Bends ne trouvent pas au même degré ce séjour insalubre. Leur physionomie annonce la santé et la joie. On diroit que cette forêt les sépare de leurs oppresseurs. En les voyant se livrer à des plaisirs sans vivacité , mais presque sans interruption, on se rappelle un moment les rêves de la vie pastorale. Dès qu'on s'avance dans la forêt de Belgrade , on est frappé du son des mandolines et des chants qui s'y mêlent. Cet air de contentement se fait remarquer dans le groupe de Grecs que l'artiste a représentés dans ce paysage. A la gauche du tableau, un paysan tient le cheval de l'un d'entre eux.
Les personnages placés sur la lisière du bois dans Féloignement , indiquent le chemin d'un village peu éloigné du Bend.