I.NSTBLXTIONS A NOTRR ORATEUR A ROME (15 OCtobrC
« Vous aurez appris, par le secrétaire Caroldo, l'arrivée à Milan du noble Antoine Justiniani, docteur (prisonnier des Français) ; le
seigneur Jean-Jacques (Trivulce), Payant vu, pensa qu'il était libre, parce qu'il était demeuré d'accord du prix de sa rançon avec le gentilhomme savoyard dont il était prisonnier, lequel s'appelle Riant. Le seigneur Jean-Jacques se fit amener messer Antoine, et lui dit qu'il s'étonnait fort que Ton n'eût point répondu aux ouvertures du roi de France, depuis si longtemps qu'elles avaient été communiquées à Gritti. Il répéta que Sa Majesté était encore favorablement disposée pour nous ; il engagea Justiniani à nous exhorter à une réconciliation, assurant que ce serait notre bien et avantage, parce que les Espagnols nous manqueraient de foi et que l'empereur voulait notre ruine; et il ajouta maintes autres choses à Fappui de son raisonnement.
« Cependant, n'ayant pas trouvé l'argent dont il avait besoin pour sa rançon, messer Antoine fut obligé de retourner à Lyon : là il revit le seigneur Jean-Jacques, qui partit pour la cour, après lui avoir encore dit les mêmes paroles. Il parait que par deux fois le roi écrivit à celui dont Justiniani était le prisonnier d'amener à la cour messer Antoine; celui-ci, craignant que cela ne retardât de beaucoup sa délivrance, insista pour n'y pas aller, en disant au gentilhomme qu'il y perdrait l'argent de la rançon; mais une autre lettre du roi lui-même étant venue, adressée audit gentilhomme, il fallut bien partir.
« Messer Antoine arriva donc à Blois le dernier jour d'août. Le roi étant malade de la goutte, les seigneurs Jean-Jacques et Théodore Trivulce et le trésorier Roberthet firent venir Justiniani en leur présence ; et Roberthet parla dans le même sens que le seigneur Jean-Jacques. Il ajouta ensuite que tout ce qui était advenu ne s'était point fait par la volonté seule du roi ; mais que ce prince avait été poussé par ses conseillers et excité par la grande ambition du cardinal (d'Amboise). Il dit encore que, si on pouvait se réconcilier, raccord cette fois serait perpétuel, parce que l'expérience avait démontré que la discorde entre les deux États ne tendait qu'à la ruine de tous deux. Roberthet pria instamment Justiniani d'aller
promptement faire bon office à YetaÎBe^ pour le bien de son pajrB comme pour son propre honneur et intérêt, disant quUl était libre de partir, et que sa rançon était payée.
« Justiniani répondit qu'il avait bien compris ^ et qu'il rappel*^ terait le tout fidèlement à notre seigneurie; puis il demanda k permission de se mettre en route^
« Et, rayant tiré à parti les trois seignettrs nomniés ei-dessuè lui dirent de porter à notre seigneurie eette hssurance : que si dU Toulait s'entendre avec le roi^ on lui ferait dés conditions de oattlrs à la satisfaire. Ensuite ils dirent à Justinihni que le roi le voûtait voir et le caresser^ et lui répéter toutes ces ehoises de sa pnqirë bouche.
« Bt le jour suivant^ ils flirent entrer Justiniani chéE lé roi» lequel était dans sa chambre à coucher et au lit» les fenêtres fermées » et Sa Miyesté dans une alcôve ratoiirée de rideaux i diuis F iàtéfiM# de eette aledve, il n'y avait que le seigneur Jean-Jacques et fto« berthet.
« Après que Justiniani eut fait & Sa Majesté les révérences d'u^ sage^ le roi ôta son bonnet, lui tendit la main, et lui demanda s'il voulait qu'on parlât français, ou bien qu'on lui fit parler en italien.
« Justiniani répondit au roi de faire comme il lui plairait, mais qu'il comprendrait mieux Titalien ; et le roi commanda à Roberthet de prendre la parole. Roberthet répéta ce qu il avait dit la Veille , mais avec des expressions plus fortes. Alors le roi, posant la maitt sur sa poitrine , dit que tel était son sentiment , et que si la seigneurie désirait un accommodement , il ne manquerait pas à sa parole, et il exhorta Justiniani à préparer cet accommodement. Et lorsque Justiniani eut répondu comme il avait fait à Roberthet, il se retira. Le 8 septembre, il reçut éon congé du seigneur Jeatl^ Jacques, et il partit sur une mule dont on lui fit présent, et on lui offrit encore tout ce qui lui était nécessaire pour son voyage; et ainsi il se rendit à !*avîe.
« Et vmKi l'orateur de la république à Romé^ , vous edmtimtli^
^ VEHISE. 9M
querez ceci à notre très-saint-père, et ensuite à Tambassadeur d'Espagne; et de notre côté nous en ferons part à l'orateur de Sa Sainteté k Venise, ainsi qu'à celui de Sa Majesté Catholique.