‹ Voyage pittoresque en RussieChapitre 14 sur 45 · ROUTE DE MJNI-NOVGOROD · texte numérisé non relu

ROUTE DE MJNI-NOVGOROD

naître et que j'aime : ils me le rendent. Comment cela serait-il autrement? ils sont regardés comme de la famille, de même que leurs pères, et ils savent que leurs enfants à eux seront traités pareillement par les miens; cela les rend reconnaissants. Que feraient-ils s'ils étaient abandonnés ou traités durement? Ils serviraient mal ; ou serait forcé de les chasser, et ils iraient serv ir chez des étrangers où ils seraient eux-mêmes toujours étrangers, et cela humilie nos serviteurs russes; ils aiment à dire nous, nos enfants, notre maison, nos intérêts. Us préfèrent leur maître, fût- il rude et sévère, à un étranger qui serait meilleur, et cela par la seule raison qu'il est leur maître. Ces braves gens s'efforcent de me témoigner leur reconnaissance en me servant avec zèle. Le valet qui est sur le siège sait que j'ai dû payer une somme assez ronde pour obtenir d'un propriétaire voisin la liberté d'une jeune fille qu'il a épousée. 11 y en a plusieurs autres à la maison qui me doiventaussi leur établissement, et qui sont heureux. Eh bien! cela me fait plaisir, et ma femme, qui n'est pas un ange comme celle de Vladimir Stépanovitch, ajouta le prince avec un léger accent d'ironie, ma femme est heureuse de leur bonheur. Elle ne craint pas d'avoir auprès d'elle des femmes mariées; si l'une se trouve momentanément dans l'impossibilité de la servir, il y en a aussitôt une autre prête à la remplacer.

Je ne dis rien de Vachka. Nous sommes contemporains et deux vieux camarades. Enfant, il partagea mes jeux, plus lard il me servit, et ne m'a jamais quitté ; il se jetterait au feu pour moi.

J'écoutais mon compagnon avec un vif intérêt, non sans réfléchir à part moi que la civilisation occidentale aurait bien vite fait raison de ces bonnes vieilles mœurs patriarcales... 11 est vrai qu'elle permettrait aussi à telle jeune fille de se marier à son gré sans courir le risque d'être renvoyée au village en robe de toile.

Le prince Alexandre Alexandrovitch s'était tu, et bientôt il s'endormit. Pendant quelques moments, je m'amusai à considérer le mouvement de la route, qui n'avait pas cessé d'être le même ;

T.rl VOYACiK KN RUSSIE.

puis, à mon tour, je laissai tomber ma téte sur un oreiller et suivis son exemple.

A huit heures du matin* nous entrions à Vladimir.

\je gouvernement dont cette ville est le chef-lieu offre à l'œil un pays assez plat, sablonneux et couvert de bois dans sa partie occidentale, mais qui se dépouille et se fertilise à mesure que ses plaines se déroulent vers Test. Ici apparaissent des collines élevées, qui s'étendent sur la rive gauche de la Kliazma, dont les eaux paresseuses s'en vont à deux cents verstes de là se perdre dans le grand fleuve C'est sur la cime de ces hauteurs que se dresse Vladimir.

Sa situation est donc agréable et pittoresque, et l'on comprend que cette cité soit devenue, après Kieff et avant Moscou, la capitale d'une principauté importante et célèbre. Mais comme la plupart des villes russes, elle semble se préoccuper fort peu aujourd'hui de ses vieux souvenirs historiques ; on dirait que le temps lui manque, et pourtant ses loisirs sont assez grands, car Moscou lui a enlevé son commerce, et le manque de navigation ne lui permet pas de tenter la moindre concurrence à cet égard. Que fait donc Vladimir?... Vladimir cultive ses chères cerises, l'un de ses produits les plus réels, et puis, placée sur la grande route de Nijni-Novgorod et d lrbit a, elle s'amuse à voir passer les voyageurs et les caravanes de télègues qui, à l'époque des foires, se rendent dans ces deux villes. Ajoutez les joyeuses réunions, les dîners, les fêtes du monde, qui, à ce qu'on assure, font de Vladimir un délicieux séjour d'hiver, et vous comprendrez que cette ville puisse être assez satisfaite de sa destinée actuelle.

Pour le voyageur, le Vladimir moderne n'a rien qui le distingue

« Le Volga.

» Irbit, petite ville sur les conûns orientaux du gouvernement de Perm et tout-liant à celui de Tobolsk ; elle est fameuse par la foire qui s'y tient au mois de février, foire où les Russes, les Sibériens, les Boukhares, les Persans, les Arméniens affluent, et où il se fait des affaires pour des sommes considérables.

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