SAM ARA
Il est une grande et belle rivière, aux flots limpides et abondants, qui prend sa source dans une chaîne de l'Oural, au sud du gouvernement d'Orenbourg1, près de cette ville même; elle dirige ses flots vers l'ouest, traverse de vastes espaces, creuse son lit parmi des landes, des steppes, des plaines de sable, baigne en passant une pauvre ville fortifier, Bouzoulouk, car la Russie garde et fait respecter jusqu'à ses déserts; reçoit une foule d'autres rivières qui grossissent ses eaux, et vient, après une course de plus de cinq cents verstes, se perdre dans le Volga, à l'extrémité orientale de la courbe qu'il trace avant de quitter le gouvernement de Simbirsk.
Or, à l'angle septentrional formé par cette rivière du déserl, à son point de jonction avec le grand fleuve, s'élève une ville, jadis modeste chef-lieu de district, aujourd'hui fière capitale de gouvernement; cette rivière, c'est la Samara; cette ville, est encore Samara, car en Russie les rivières servent à nommer les villes qui s'élèvent à leur embouchure. H y a des exceptions, mais elles sont rares.
Samara était une sentinelle qui veillait sur le Volga et défendait son cours contre l'envahissement des Kirghiss. Contemporaine de Saratoff, dont il sera bientôt question, elle distrayait sa faition solitaire, commencée en 1591, par les occupations du négoce. Voisine des steppes kirghisses et kalmouques, elle trafiqua avec leurs peuplades nomades; elle portait tous les automnes ses poissons, son caviar et ses moutons, car elle a de vastes prairies
1 H est à remarquer qu'Orenbourg, qui a donné son nom au gouvernement, n'en est pas le chef-lieu, bien que le gouverneur de la province y ait établi sa résidence. Ce chef-lieu est Oufa, à cinq cents verste* au-dessus d'Orenhourc, au nord.
sur les bords de L'Oural, et les vendait avec grand profit aux hommesdes provinces septentrionales. Ainsi elle s'enrichit. L'hiver, Les Tatars de Kassimoff', cette ville que détruisit le khan Sain, fondateur de Kazan, lui apportaient les peaux d'agneau qu'ils avaient achetées aux Kalmouks, et Samara en faisait faire des pelisses pour d'autres Kalmouks convertis et fixés dans ses murs. Sous cette influence commerciale, la population de cette ville s'accrut rapidement, et par une réaction naturelle, son commerce eu reçut lui-même une nouvelle activité; aussi L'importance de Samara devint telle qu'on jugea convenable de l'élever au rang de chef-lieu de province, et alors, comme je l'ai dit2, on lui tailla un gouvernement dans ceux de Simbirsk, d'Orenbourg et de Saratoff. Les deux premiers se touchant, leurs frontières furent reculées, celle-ci à l'orient, celle-là à l'occident; et l'espace qu'elles laissèrent entre elles, augmenté de quelques centaines de verstes carrées fournies par la province de Saratoff, qui le bornait au midi, forma le gouvernement nouveau dans lequel, il faut l'avouer, les déserts ne manquent pas.
Aujourd'hui Samara est devenu un des centres les plus importants du commerce qui se fait avec la Sibérie, par Orenbourg, ce grand chemin, ou, si Ton aime mieux, cette porte toujours gardée et toujours ouverte de la Russie asiatique.
11 me serait diflicile de dire le chiffre exact de la population de Samara, vu qu'elle est en grande partie flottante, variant suivant les temps et les circonstances. Avant d'être devenue chef-lieu de province, elle comptait dix mille âmes; si on double ce nombre, je crois qu'on n oxagérera point.
! Kassimoff, simple ville de district, du département de Rézan, bâtie sur la rivp gauche et très-escarpée de i'Oka, en un eudroit large de ceut toises. L'époque de sa fondation est incertaine , mais il parait qu'elle doit son nom à Kassime , roi des Tatares soumis à la Russie. Cette ville devint la capitale d'uu petit royaume talare conuu sous le nom de Kassimoff.
1 Vovez l'article sur le Volga.
SARATOFF