‹ Voyage pittoresque en RussieChapitre 22 sur 45 · SAREPTA · texte numérisé non relu

SAREPTA

SARKPTi

Cette ville gracieuse, fondée par les frères de l'Union morave, en 1 764, s'étend sur les bords de la Sorpa, rivière venue du fond des steppes arides d'Astrakhan, et qui serpente ici entre de ravissantes prairies, pour aller un peu plus loin se perdre dans le Volga \ A deux verstes au delà, l'île verdoyante de Sarpa (du nom de la rivière) livre ses pâturages aux troupeaux de la colonie, et vous ferait rêver des paisibles paysages flamands, si les habitations des Kirghiss, qu'on aperçoit dans le voisinage, ne vous ramenaient à la vérité locale, en donnant au tableau je ne sais quel caractère d'étrange et piquante originalité.

En arrivant à Sarepta, on va descendre à l'hôtel de la Colonie, tenu pour les étrangers. On est d'abord émerveillé de la propreté qui y règne, et, bientôt après, du bien-être qu'on y trouve, car, il faut bien le dire, à l'endroit du bien-être, on n'est pas gâté dans les stations russes. Or rien de confortable comme les appartements de l'hôtel de Sarepta, où tout ce qui peut être nécessaire à la commodité du voyageur a été prévu avec une attention intelligente. De plus, le service y est empressé, la cuisine simple et bonne, le prix de toute chose modéré. On voit que la halte était agréable, après les énormes fatigues du voyage que je venais de faire.

La fondation de Sarepta remonte, on a pu le voir, à l'époque des autres colonies allemandes des tords du Volga ; elle fut autorisée par l'impératrice Catherine II, qui lui fit les avances nécessaires et lui accorda divers privilèges, dont le plus important fut de ne dépendre d'aucune juridiction provinciale, mais de relever

1 Un seul relai de poste sépare Sarepta de Tsnritsine* * A une verste de là.

directement de la chancellerie de tutelle, résidant à Saint-Pétersbourg. La colonie prospéra. D'abord, cinq frères moraves étaient venus visiter les lieux et choisir l'endroit; bientôt de nombreuses familles hollandaises et allemandes les suivirent, et dix ans ne s'étaient pas écoulés que la colonie comptait deux mille cinq cents habitants : seulement, depuis lors, elle n'a pas progressé dans la môme proportion, puisqu'à 1 heure qu'il est elle ne comprend que quatre mille âmes. Les premiers colons se mirent donc à l'œuvre; il fallait défricher, mettre en culture un terrain ingrat, lequel, avant de produire, demandait beaucoup de travail et beaucoup d'engrais. Le gouvernement leur compta cinquante mille roubles à titre d'avances. J'ignore si de nouvelles sommes furent ajoutées à celle-là, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'au bout de trente ans la colonie s'était libérée.

D'abord la ville fut construite sur un plan régulier, et comme il convenait à une société dont la vie devait obéir à une règle commune. Ses rues furent tirées au cordeau ; les maisons, simples et propres, reçurent pour ornement une bordure de peupliers d'Italie ou de mûriers à la verdure monotone. Comme monuments, l'église, c'est-à-dire un bâtiment un peu plus élevé que les autres, à deux étages, avec une petite tour en forme de clocher, où se voit une horloge; une place du marché, et au milieu de cette place une fontaine jaillissante qui, par des canaux souterrains, va fournir d'eau toute la ville : d'ailleurs, un vaste bassin qui ne tarit jamais, et soigneusement entretenu, est là pour suppléer à la fontaine en cas de sécheresse. En fait d'édifices publics, outre l'église, il y a encore la maison des frères, qui y est attenante, puis, non loin do là, deux autres bâtiments assez vastes, consacres à l'habitation des garçons et à celle des fille6. Derrière ceux-ci sont de grands bâtiments destinés à l'économie rurale et aux besoins domestiques de la colonie; on y voit des écuries, des étables et une laiterie, tout cela tenu avec cette propreté minutieuse et cet ordre parfait qu'on admire dans les colonies modèles

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