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Caractère général. — Village et chAteau de Kolomenski. — Château de Tsaritsine. — Arkhangelsk^ terre du prince YoussoupoIT. — Kousskova, du comte Chérémetieff, etc.
Si la ville de Moscou offre un tableau pittoresque et magnifique, il n'est rien de frais, d'original, de varié et de charmant comme les campagnes au milieu desquelles elle s'élève. Ces campagnes sont accidentées, couvertes de collines, de champs cultivés, de bois, de villages, de fabriques, d'églises, de monastères, de châteaux, de parcs élégants : ici un modeste clocher rustique perce un bouquet de bouleaux à la mobile chevelure ; là une flèche d'or s'élance gracieusement d'un groupe d'isbas champêtres; là encore ce sont des coupoles d'azur qui planent au dessus d'un bois toufFu. Les flots de la Moskva promènent à travers les jardins et les champs la ligne capricieuse de leurs méandres d'argent. Tout cela est animé, mouvementé, peuplé : de gras troupeaux de vaches paissent sur la pente des coteaux ou sur les bords de la rivière ; des bandes d'enfants poussent de joyeux cris à l'entrée des villages ; les faneuses se groupent en chantant dans les prés, tandis que des tentes de soldats dressées à la lisière de quelque bois viennent relever, par le piquant du contraste, la partie idyllique de ces pittoresques campagnes.
Les Moscovites signalent aux étrangers quelques points de vue spéciaux , quelques résidences, impériales , quelques propriétés particulières. Nous avons vu en arrivant à Moscou le château de Pétrovski et ensuite le panorama que le regard embrasse du haut
delà montagne des Moineaux. Nous tournerons donc ailleurs nos pas. Le village de Kolomenski, ancien domaine des tsars, et où s'élève un palais impérial, mérite d'être visité. Nous sortons par la barrière de Simonoff1, et après avoir traversé la Moskva et franchi d'immenses potagers, nous arrivons au village de Kolomenski. Jadis on y voyait un palais, vieille construction d'une époque reculée : il tombait en ruines; l'impératrice Catherine 11 le fit remplacer par un nouveau palais dont il ne reste aujourd'hui plus de traces; enfin on y a fait bâtir une maison de plaisance avec un belvédère d'où l'on embrasse un magnifique horizon. A peine a-t-on franchi une porte entourée de décombres, que l'œil émerveillé découvre trois églises : elles ont résisté à l'action des siècles : l une d>lles, construite sur une rive élevée de la Moskva, contemj>oraine des vieilles cathédrales du Kremlin, étale au sein du magnifique paysage qui l'entoure sa masse pyramidale, son architecture semi gothique, un peu tourmentée, et la haute galerie qui l'étreint comme une ceinture, sorte de terrasse circulaire d'où la vue est encore merveilleuse.
Autrefois on faisait voir à Kolomenski le berceau de Pierre Ier, car on assurait que ce prince y était né; quelques-uns aujourd'hui le nient. Cette question ne saurait intéresser que les Russes. Quoi qu'il en soit, on y voit positivement un chêne à l'ombre duquel le futur législateur de la Russie prit ses premières levons. D'ailleurs deux autres églises s'élèvent dans ce village : l'une dédiée à Notre-Dame de Kazan et l'autre à saint Jean le précurseur, c'est celle du village ; elle est entourée de son mélancolique champ du repos.
Les restes de l'empereur Alexandre furent déposés à Kolomenski la veille même de leur translation à Moscou, de sorte que ce village tient par mille souvenirs à la destinée des souverains de cet empire : aux uns par la vie, aux autres par la mort.
1 Nom d uo couvent voisin de celle barrière.