‹ Voyage SardaigneChapitre 122 sur 205 · CHAP.' VI. — ANCIENNES BOUTES · texte numérisé non relu

CHAP.' VI. — ANCIENNES BOUTES

roule , occidentale à partir de Tibula , nous aurons la distance des 12 milles romains donnée par l'itinéraire, si nous mettons Celte ville -de Tibula au fond 'du port de Longone ou Longon-Sardo , comme on la voit placée sur le petit fragment de notre grande carte , inséré PI. I, ftg. 2. Ce local est aujourd’hui -en partie cultivé, et divisé en plusieurs enclos , ce qui rend les recherches très difficiles; cependant nous y avons vu des restes de constructions romaines, et nous avons eu entre les mains des urnc3 sépulcrales et des monnaies romaines tirées de ce même lieu. Parmi ces monnaies, il y en avait du temps de la république romaine , et de celui des empereurs , jusqu’à Probus et à Carinus-, ce qui nous a semblé démontrer que cette localité renfermait jadis une population qui aura duré pendant" toute la période romaine.- Nous avons vu 11 la vérité des constructions romaines bien mieux' conservées que lés précédentes , avec des mosaïques , et même des restes . de canaux ou petits aqueducs, à la presqu’île de la Testa ou de Santa Antiquitâ de u Reparata; mais ces antiquités nous ont paru , ainsi qu’au P. Angius, devoir être rapportées, moins à dès ruines d’une ville qu’à celles d’nne maison de plaisance (une villa), ou d’un bourg; car le développement- de la population ne pouvait pas être considérable dans un endroit aussi circonscrit, et les bâtiments ne pouvaient guère être en sûreté ni d;un côté ni de l’autre de l’isthme, où la mer, qui y forme deux anses, est basse et pleine d’écueils. Nous pensons toutefois que le rôle joué par Tibula dans l’itinéraire romain de la Sardaigne 'était dû , bien ptus à sa position septentrionale qu’à toute autre cause ; nulle part jl n’est dit que cette ville eût jadis- une étendue bien considérable; nous devons ajouter, qu’en voyant les villes de Nqr.a et de Tharros placées dans des presqu’îles encore plus étroites que celle de la

Sarmpluge.

Testa, nous pourrions penser que Tibula pouvait bien exister dans ce dernier endroit; nous croyons cependant que cette ville était un peu plus loin, à 2 milles plus à l'est, et à l'endroit dont nous avons parlé ci-dessus.

Parmi les antiquités de cette presqu’île da la Testa , nous n'oublierons pas de citer un sarcophage de granit , qui depuis quelques années gît au milieu de l'isthme qui unit la Testa à la Sardaigne (1). Nous en reproduisons ci-dessous un dessin fidèle.

C 0 R. NE LIA E X I B V IL C J* * I KE VlXlt IiNNlX.q,

C L. AMAR.'NRtvj’ PN.TER.fT -COR

Neiik venvxia MATER. FIL-AE P IENT/JV 1/MF.E.

(i| L’existence de ce sarcophage nous avait été signalée par un ecclésiastique dtt pays (M. l’abbé Altea ), dès l’année i8aa. Lors de notre première excursion dans ce lieu , nous eûmes toutes les peines du monde 4 le trouver; et- ce n’est qu’au bout de plusieurs heures d’une recherche obstinée que nous parvînmes 4 le déterrer de dessous le sable très fin que les vents amonccllcut journellement sur cet isthme. Ce sarcophage se trouvait jadis à la carrière de granit exploitée par les Romains (*) au nord de la Testa ; on voulut le

(*) On trouve encore en ce lien . comme à file tUl Cavallo , qui appartient à la Corse, de» matrices, des’ colonnes , 'et même plusieurs anciennes colonnes ébauchées par lés Romains dans les carrières du bcan granit rose qui forme les roches de ces Ilots. Les carrières de la Testa , dite de Santa Reparata, du nom d’une aocienue église', ont fourni les colonnes de l'cglise de .Saint- Jean de Pise; on croit même , et il est probable , qne qnelques unes des colonnes de la ftbtnnJe de Rome ont une même origine.

CHAP. VI. — ANCIENNES HGltTBS.

Quoique ce sarcophage ne soit pas à- la place qui lui était destinée , et que nous ignorions où habitait cette Cornélie de Tibula pour laquelle il fut fait, nous n'aurons pas moins dans ce monument un argument qui noue autorise à croire que cette ville de Tibula se trouvait dans le voisinage. . * . -■

Nous terminerons cette digression, un peu trop longue Égi iie de Buon

, . . . ]. , , Cammino.

peut-etre , mais qui nous a paru indispensable , par une autre donnée qui doit mériter quelque considération. Au sud et à un mille de distante de l’endroit où nous plaçons l’ancienne Tibula, 'se trouve, dans une belle? petite plaine, une très ancienne église dédiée à la Vierge du bon chemin (N/ S. di Buon Cammino). Le titre donné à cette chapelle nous engage à croire que le chemin, qui passe tout près de là , et qui porte les marques d’une ancienne voie, était jadis d’une certaine importance. Nous connaissons en Sardaigne d’autres églises de ce nom-, et toutes sont près d’une route fréquentée. Celle de Buon Cammino , de Gallura, dont il est ici question-, est aujourd’hui abandonnée, parce qu’il n’y a plus de population de ce côté, ni même dans le port de Longon-Sardo : la nouvelle- population est, comme nous avons dit, 'à Santa-Teresa , et la route qui y conduit laisse Buon Cammi/w un peu à l’écart, sur. la droite.

Le chemin qui de cetfe chapelle se rendait à Longones, nepouvait pas être propre au charroi, car il fallait franchir un ravin profond, ou plutôt une grande crevasse placée

transporter au village voisin ; mais lorsqu’il fut arrivé sur le sable <le l’isthme,' les difficultés de transport ayant augmenté, on Pabaudonna, et il ne tarda pas à être couvert de dunes. Nous eûmes occasion d’aller dans cet endroit plusieurs années de suite, et chaque fois que hous voulions retrouver le sarcophage, il fallait le chercher pendant.long-teni|>s sous le sable, et parmi les genièvres (pii croissent sur ces dunes.

au fond du port; Cette route ne fut pas développée, car si le développement eût eu lieu à travers les roches granitiques qui rendent ces lieux très scabreux , on en trou- • • verait des traces ; mais , .à partir du fond du port et de

l’espace où nous plaçons la ville de Tibula, il y avait immanquablement une grande voie , dont on voit des traces certaines. Cette voie allait droit à la chapelle de liuon Çammino , pour s’avancer ensuite vers le sud, et se diviser comme nous l'indiquons PI. I, fig. 2.

Il ne serait pas hors de probabilité que l’église de liuon Uanimino eût remplacé un 'fanum jadis dédié à Ip la Bonne Déesse (1) , à Mercure, ou à toute autre divinité tutélaire des voyageurs; on sait que cela a eu lieu en x « Italie et en Sicile, dans une infinité de cas. Au reste, peu nous importe qu’il y ait eu là un ancien fanum ; mais nous avons cru qu’il était important de signaler cette église qui paraît, dans le cas qui nous occupe, révéler l’existence d’une grande route et même d’un point de départ; caria protection d’un être divin devait être spécialement invoquée par les voyageurs, à leur départ pour un long trajet; et certainement ceux qui, selon nous, partaient de là pour aller à Karales et à Sulcis , faisaient la plus longue route de l’île.

Foiuts positifs Avant d’entrer en matière sur les détails des-itiné-

rauMan^raiiV raires , nous pensons devoir établir d’abord , comme nous l’avons fait dans le chapitre précédent, les points sur l’identité desquels il ne saurait y avoir de doute. Ainsi nous nous occuperons en premier lieu de la'route principale, de Karales à Torres , qui est jaldnuéc sur plusieurs

(i) Clodius fut tué par Milon prés d’un temple de la Bonne Déesse , qui se trouvait à côté de la grande route ; le -Fanum Fortunes était placé sur la voie flaminienne. ( F ayez Hiicifh , loc. cil. , pag. 261.)

... : C B*P. vr. T*-. ANÇiSMNBfi BOUTES. ‘ ■' 43J

points par des anciennes pierres miFliaires; ce qui facilitera nos- recherches sur les .autres routes de l’He. •

En jetant les yeux sur notre carte de la Sardaigne ancienne, et en la comparant avec celle de la -Sardaigne moderne, insérée en tète de l'Atlas de la première par^ tie de notre travail (2‘ édition), et construite sur la même échelle, on verra que le tracé de la route royale actuelle, qui part de Cagliari et finit à Porto-Torres , passe par plusieurs endroits traversés jadis par la route romaine qui unissait ces deux villes.

La différence de ces deux routes, prises dans leur en- Comp.rai.qndr semble , n’est pas considérable. M. le chevalier Carbo- avec 1a non»«ll*\ nazzi , qui a dirigé avec science et habileté toute la confection de la route moderne (J)1, établit entre elles le parallèle suivant : " ’ *

Longueur de la 'route actuelle. . . . 234821 mètres. ,

Longueur de la route romaine. . , . 234800

Différence.

979 mètres.

<- ' Cette différence doit encore être réduite de quelque chose, car M. Carbonazzi calcule le mille romain à .1400 mètres, tandis que nous avens cru devoir adopter, le chiffre de 1481,481’480 mètres. Or, la longueur totale de la rpute romaine, 4e Cagliari à Torres , étant, d’après- les pierres milliaires, de 159 milles romains, comme nous le verrons ci-aprè6 , nous, aurons en mesure • métrique 235,555 mètres, ce qui- donnera, entre les deux routes, une différence de 734 mètres seulement sur toute leur longueur coïncidence fort remarquable de deux voies construites à. deux époques si éloignées l’une de l’aptre -, pt qui n’.ont , dans le fond , de vraiment commun quer les deux, points .extrêmes.

(i) SufU optra-.îoni StrndaU , etc., pafÿ. 70.

Pierres militaires.

434 LIVflB II.— DEUXIÈHp PÉRIODE. GÉOGRAPU1E.

Les piepres milliaires , où les chiffres exprimant des milles romains sont visibles , et qui existent encore sur' la roule ou en ont été rétirées-, sont au nombre de six; quatre d’entre elles indiquent le départ de <■ Torres, et deux celui de Cagliari;. nous nous réservons de donner ci-après les inscriptions quelles portent. Voici , en attendant; les chiffres des milles combinés entre eux; ils partent

des deux points extrêmes :

Page 1