‹ Voyage SardaigneChapitre 14 sur 205 · MAP. U. — TOMBEAUX DES GÉANTS · texte numérisé non relu

MAP. U. — TOMBEAUX DES GÉANTS

nous engage à croire que dans ces sortes de tombeaux , , dont l’intérieur est à la fois aussi étroit et aussi allongé que nous l’avons dit , le corps était placé tout au fond ;

le i-cste aura été libre , si toutefois le tombeau ne devait

recevoir que la dépouille mortelle d’un seul individu.; mais quand même on n’eut pas trouvé dans ces itionùments des ossements humains (l), des armes en bronze (2), et des v^ses grossiers, en terre cuite (3)-, quand même les raisons déduites ci-dessus ne nous engageraient pas à ne voir que des tombeaux dans ces monuments, la forme seule de la stèle serait faite pour nous l’indiquer. Pour peu que l’on connaisse les stèles sépulcrales 4e* Égyptiens , des Grecs , et de plusieurs autres peuples de l’antiquité , on retrouvera facilement dans leur forme Conique, et dans leur bordure, celle des stèles sardes; nous n’en reproduisons pas les dessins , puisque ces pierres sont connues de tout le monde , et que les mêmes formes, à part quelques exceptions (4), sont encore les plus communes dans nos cénotaphes modernes; mais pour la particularité du fait , et pour suivre le, rapprochement que nous avons fait , page 4 , entre certaines antiquités de la Sardaigne et celles des anciens habitants de r^/.?ace'(peut-èlrç les.Triboques?) , nous reproduisons

(f) Nous tenons de personnes dignes de foi qu’on a trouvé des ossements humains et même de» cadavres dans plusieurs de. ces tombeaux. Nous en citerons deux des environs de Pauli-Latino , un autre dans le Morphine , et cet ni de Muriaglio, indiqué , cidessus. , . i

(i) Celui de Muriaglio, et un autre près de Pauli-Latino.

(3) On trouva, il y a peu d’années*,'. dans un tombeau de ce genre, près de S uni et de Sindia, un cadavre entier, et des vase»' grossiers de terre cuite, que j’ai vus uipi-mènie en 1 850 . .

(i|). Voyez PI. IV ,/îg. a et 6. . • ■ . v • *

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Î2 UVHB !.. — MOMCMEXTS DE LA J" PÉRIODE.

ci-dessous les dessins! de deux tombeaux de ces pays, que nous avons tirés de l’-ouvrage de M. Baulieu(f).

«* Les tombeaux -de. l’Engelberg , dit cet auteur, peu- «• vent se diviser en quatre classes-, dans la première, nous u plaçons ceux qui affectent une figure prismatique oU « cunéiforme , dans laquelle on peut trouver 'le type de « ces tumuli ou buttes de terre que les peuples' primitifs « élèvaient sur la sépulture de leurs guerriers, et qui se *<■ Tûient encore èn grand nombre sur les rives du Rhin , « darts le> Alpeset dans la Belgique. Ce sont des blocs. « de grès taillés en prisme isocèle de O mètre- 66 cent.' « de longueur-, dout les deux grands côtés , assez sou- « vent jcuryoides , ont 1 mètre de haut sur O mètre

(t) Recherches archéolnpii/ues cl historiques, etc. y oyez ci-desïns , page {. -

CHAP. II. — TOMBEAfX Dfes GÉANTS* 33

« 50 Cent; decar,tement à leur base'. Quelquefois léui « face principale est ornée de grossières sculptures; mais « ordinairement elle n’ofÇ-e , ainsi que les autres parties « du monument, qu’une face à peine dégrossie.. A sa « pkrtie inférieure est un trou en hémicycle qui aboutit, « par un petit canal , à une cavité d’environ 0 mètre « 6 cent, de profondeur , entaillée dans la pierre dont « elle occupe tout le dessous. Ces tombes étaient origi- « nairement superposées à des petites auges en pierres , « enfoncées jusqu’au niveau du sol , de manière qub fes « deux cavités étant réunies formaient une espèce de « boîte, prenant jour par le trou dont nous venons de « parler. Il semble hors de doute que cette auge servait « à contenir les cendres et les ossements du défunt, et « qu au moyen du petit canal qui y communiquait, on « avait la facilité de les arroser par des libations de vin , « de lait ou d’buile , au jour anniversaire des funérailles. « L ouverture de ce canal est souvent ornée à l’extérieur « d un demi-cercle, divisé par cinq ou sept rayons coj- « centriques. » (Page 289. ) (1) ’ •

Ces monuments de l’Alsace ressemblent assez , 'comme on le voit, à nos antiquités de la Sardaigne, av*eé cette différence , que ceux-la sont beaucoup plus petits , et que 1 ague ou cavité inférieure nç pouvait contenir que dès cendres ou des cadavres fracturés comme ceux des habitants des îles Baléares (2);. tandis que dans nos tàiubeaux des géants- sartké; , on avait au contraire un excédant en longueur, après y avoir déposé un cadavre entier.

(i) Je dois ces rapprochements à M. Mérimée, inspecteur des "imminents historiques de la France , qui vient de visiter le» antiquités de lHç de la Corse, où il a trouvé des mdnunients, dits ctUiquei, dont il sera question à la fin de cetfohitné.

(?) UioùotE ok Sicile, liv. v, $. i8. • ’ " '

3* LIVRE I. r— MONUMENTS' DF. tA l“ PÉRIODE.

iNous ne voulons pas entretenir le lutteur de nos comparaisons ultérieures, noir pins que (le nos conjectures sur le rapprochement que nous faisons de ces antiquités qui appartiennent à des pays aussi éloignés les uns des autres; nous ne pouvons cependant nous empêcher de remarquer dans les bas-reliefs d'un des deux tombeaux Tri-, boques , figurés ci -dessus , un disque et un croissant, qui nous paraissent faire allusion au soleil et à la lune, ou peut-être à deux phases de ce dernier astre ; les trois petits globes peuvent également être comparés à trois corps sphériques , représentés dans une pierre gravée , dont ■mus donuërons un dessiu ci-après , au sujet de la fig. 1 , PI. XVII..

Revenant maintenant aux tombeaux des géants, nous dirons que tout nous porte a croire que les anciens peuples auxquels ils appartiennent ne paraissent pas avoir eu J'hahilude do brûler leurs morts , et qu’ils les déposaient au contraire tout entiers, la tête placée dans la cavité de la pierre du fond, travaillée à cet effet (1); fort probablement les cadavres des hommes les plus marquants étaient -embaumés; de- là la fable rapportéè par Aristote (2) et par son commentateur Sympliciusl^S), des héros qui dormaient en Sardaigne. De tous les genres de tombeaux sardes , ceux-ci sont, à notre avis , les seuls qui

(i) Vove* PI. lll,yîg. 3i, et page 1 1 , le dessin de la pierre (I. l'i) Sicuti nrque iis qui in Sardo fabulose dicuntur dormire upud ./ferons ,-etc., etc. bristol. Physicor.

(3) Sert Arist. ex tongissimo snmnn eorum qui ( ut fabula narrant) in insulâ Sardo apud Hérons dormierunt Jidem faeit. Cum essent novem filii llcrculis . quos ex Testià (sic) Thespiensis Jiliabus bqbuit, cqrpora permanentia sine putredine et integra luibuerani , qu<e ut videbiintur dormire, etc,, etc. SympUc. comment, ad Physicorum Aristit. Vcnetiis, if>58. Physicorum. lib. iv, cap. Il, pag. aGâ. •

CHAP. II. — *• TOMBEAUX I>KS GÉANTS. à.»

[missent se prêter le plus à'k fable dtjs dormeurs, car

es têtes do ceux-ci reposaient dans une espèce de chevet^ et on pouvait les .voir de face par l’ouverture, sans .découvrir pour cela, la tombe, ni troubler leur repos en aucune façon. Cette ouverture était sans doute fermée par une autre pierre, qu’on levait probablement aux occasions des anniversaires, des libations, ou en d’autres circonstances, surtout si , comme il paraît, ces morts rendaient des oracles : ces cérémonies auront eu fieu de préférence en hiver, à l’heure du lever du soleil, lorsque les premiers rayons de cet astre pouvaient, en passant par l’ouverture, aller frapper la face du mort. Nous avons dit ci-dessus que tôus ces monuments sont orientés au même point de l'horizon, o’esl-à-dire à l’est, 10 degrés au sud, ce qui est à peu près la direction du lever du soleil en hiver \ cet usage de tourner la face des morts vers l’est est propre aux peuples orientaux ; et on le retrouve encore de nos jours parmi les musulmans, surtout chez ceux qui sont à l’ouest de La Mecque.

En supposant que ies héros dont parlent Aristote et Symplicius fussent des compagnons ou des parents d’Iôlaus , nous aurions , dans cette particularité d’étre ainsi tournés vers l’est, une raison de plus pour croire à leur origine plutôt phénicienne que grecque. ( Vofez ce que no u} avons dit à ce sujet dans notre 1" partie , 2' édition, page 9. )

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