‹ Voyage SardaigneChapitre 15 sur 205 · CHAPITRE Ht · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ht

Nnr-hags. Loir description et leur nombre.

Notre troisième chapitre çst consacré à ces construction? coniques et mystérieuses dont est couvert le sol de la Sardaignp', et qui, depuis quelques années, commencent à attirer l'attention des érudits; si leurs formes, tou! en. conservant les caractères communs les plus essentiels , Noim dirers varient beaucoup de l’un à l’autre de ces monuments, les

«le WJ menu- | | ■ «. . . t •

..ici. dans le noms par lesquels on les distingue ne varient pas moins dans les différents endroits de l’île, d’après le dialecte particulier de chaque canton; les dénominations les plus usitées sont : au singulier , Nuraghe ou Noraglie , Nurache ou Norache, Nuraxi ( prononcez Nuraggi ) ; et au pluriel , Nuraghcs ou A oraghes , Nuraches ou Noraches , etc. , etc. Ces mots sont presque partout employé? au masculin ; ainsi l’on dit : Noraglie ytlbu , Nieddu , Ruju, Ladu h Longtij Man nu , Picinnu, pour dire, N. blanc, noir, rouge, large, long, grand, petit.

Et dans lot Les principaux auteurs modernes qui ont parlé de ces monuments en ont également écrit les noms de plusieurs manières différentes ; par exemple :

Nuraglic , pluriel. Stephanjni , de F et. Sard. laud. Noraglie, Id. Borelli , cité par Stephanini. JVorache.s, Id. Ma uao, Sarde Antichita.

Noraghes, Id. Manno , Storia di Sardegna.

No tache , singulier. Noraclii, pluriel. Anguis , Bibliot. sarda.

Nuc-hag, singul. Aniu , lapide di Nota, le! ter a sûi.

Nur-hag', sur les Temples du jeuy

CHAP. III.' — PiCR-HAGS. - 37 .V

Ce dernier nom ayant déjà été employé par notre savant confrère de l’Académie des sciences de Turin , daris' trois dissertations remarquables où if est question de ces< monuments, nous le regardons comme déjà entré dans le domaine de l’archéologie et de la philologie ; c’est pourquoi nous n’avtfns aucun motif pour ne. pas l’adopter de préférence à tout autre (1), d’autant plus que nous partageons l’opinion de M. l’abbé Arri , qui croit reconnaître dans la désignation moderne de ces anciennes constructions une dérivation phénicienne ou carthaginoise de la racine Au/-, tu Jeu.

x Les caractères généraux des Nur-hags sont d’abord ! Leurs cjrjtio-

, s. . . * **..,■ rcs p. m-i ju\.

le genre de leur construction, qui est toujours laite a sec ,

c’est-à-dire composée de pierres unies entre elles sans

ciment de chaux (2). Ces pierres sont ordinairement

bmtes ; d’autres fois , elles offrent les traces du ci- '

seau ou plutôt du marteau, jamais celles de la scie : .

leur grosseur varie infiniment ; il y en a surtout • . <

dans les assises inférieures, qui ont de 1 jusqu’à 2 .

mètres cubes ; à part quelques exceptions , .ces assises

sont généralement horizontales et régulières. (3) : ce

qui distingue cette construction de celle qu’on est con.-

venu de nommer Cycoplêenne ou Pélasgique propre -

(1) Ce même nom, avec une orthographe à peu près pareille^ a

déjà été employé par M. Guigniaut dans ses notes de la Religion de l'a/itii/ude', deuxième volume, première partie, année 1829, pages 236, 248. »

(2) Nous nous servons de cette expression de ciment de chaux , pour établir une différence avec le ciment de terre glaise, qui parait avoir été employé" dans quelques unes de ces constructions, d'après la remarque faite par le P. Angius sOr le N. Zuddnt . près de, Outpini , que nous regrettons de ne pas avoir visité nous-mème. ( Voyez Bibliateca tarda, février iSâp, page i65, note a.)

(3) y oy ez le N. Ois de notre PI. XI.

y ■ 38. LIVRE I. — MONUMENTS DE LA 1“ PÉRIODE.

ment dite, formée de polygones irréguliers, dont les faces des angles sont juxta-posées les unes contre les autres : les murs des Nur-hags doivent , dans co cas , entrer dans la classe des constructions dites Asiatiques , qui , faites aussi de blocs sans ciment, diffèrent des autres par les assises régulières et • horizontales des pierres qui les. composent.

Manière «lotit Le second caractère des Nur-hags consiste -à former „és. presque toujours un cône tronque , lors meme que le

plan, au lieu d’être circulaire, se trouve elliptique^ nous disons qu’ils forment un cône tronqué , Car depuis que nous avons remis à feu M. Petit-Jiadel les renseignements qui ont servi à ce savant pour rédiger sa Notice sur les Nuraghes , dont les planches offrent une restauration de la partie supérieure de ces monuments , nous avons porté toute notre attention sur la manière dont ils pouvaient être terminés jadis , et nous avons cru acquérir la ccrti- • tude qu’ils n’étaient point couverts par un dôme arrondi .

et que fort probablement ils se terminaient par une espèce de terrasse. . •

Le P. Angius, qui vient de publier également un aperçu des caractères principaux des Nur-hags, et qui en . a , comme nous, .visité un très grand nombre , parmi les- • quels plusieurs que nous n’avons pas eu occasion de voir en détail, émet la même opinion (1), et il pense, avec

(r) Fi ni van o i norachi in un terrazv) ? la il credo . e . quando vicnemi , non rige.tto il pensiero , chc mi rappresenùi in quella commit à gli uomini sacn ope rare le cose divine ira la tribu sparza in torno, attenta ai riti , e occupata nei suai religiosi ufjicii. Forse un tal dubbio nas ce dalla opinione , che manifesta il Petit- JRadel , c dair aver veduto in utla de Uct avale, in coi rifcrisce i norachi Sardi, coftcrli a herrettino questi ami tronchi . ma se cgli cosi stimb', io itinuii altrinicnti, e stimo ancorachc in tutti siasi formata ilterrazzo, nazi nefntsc la parte principale dppunto perche terfninavann in

• . Cl^AP. fl». ^ Nl'R-HA&6. 3!»

raison , que s'ils se fussent terminés, par uné voûte, telle que la suppose la restauration indiquée dans les planches «le la notice de iVl. Petit-Radel, iis auraient été bien moins exposés à la destruction. Parmi Ip grand nombre de ces monuments que l’on rencontre en Sardaigne, quelques uns nous auraient laissé des indices quelconques de cétte. voûte extérieure , ou de cette çime arrondie , si elle

eût réellement existé. " ' • •'. * » *■'

La forme conique porte naturellement avec elle que Inclination inclinaison .du mur plus ou moins grande ; mai» celte in- "

clinaison , qui varie selon les. proportions de la hauteur du cône avec le diamètre de sa base et celui du sommet, est exécutée avec le plus grand- soin , on -pourrait même dire avec beaucoup d’art ; elle n’est jamais plus forte d’un côté .que de l’autre , et les pierres qui composent le mur sont alignées de la manière la plus remarquable , ù» sc . dépassant jamais entre elles i de façon que ce mur , considéré dans le sens de sa hauteur , offre toujours une ligne droite de la plus grande perfection , quoiqu’il soit fort souvent tout formé de pierres brutes, placées sajis aucune espèce d’apprêt ; tout cela annonce des moyens et des connaissances qui sont loin de s'accorder avpc l’idée de barbarie que la vue de ces antiquités pourrait inspirer'au premier abord. Remarquons encore les difficultés qu’il a fallu surmonter pour faire arriver les blocs dé pierres, blocs immenses quelquefois, qui les composent , sur les sommités élevées où l’on trouve plusieurs Pfur-

i/uesla maniera cht io dico , essi pakrono il disfacintento chc V*tliamo, perché era facile lo teemarti; cht se fosse slato corne colin vorrebbe, mollissinû sar'ebbero anenra inlieri, erl inticrisswuf pci - '

chi dijficilissimo xarchbe slato andar nella cima ; e çommincian i la duiruzicme . ( Alpins , ÿibliot. s ardu . Fcbbrajn i83ÿ , faSoicolo 5 ,

P»B- igi.).

hags bâtis de , pierres apportées de la. plaine , ou, même tlu district, voisin : nous devons dire qu’en général les . pierres sont pr.ises sur le lieu même'; ce sont le plus souvent des blocs de granit , de calcaire, dé basa,lte, de porphyre et de grès , et même de quarzite ; ces derniers ne sorti jamais travaillés , à cause do leur extrême dureté , ce qui n’empêche pas que les monuments qui ei> sont presque entièrement formés ne soient très remarquables par . • la régularité de leur modo de construction (1).

Chimkrr, iw. L’intérieur de' ces Nur-hags offre encore des caéneuro. i-aetères assez généraux; tous ont une, deux,' et même trois chambres placées l’june au-dessus de l’autre ^{sans compter celles qui sont sur le même plan, comme dans Je N. Losn, Pl. IX); elles varient de dimension selon les étages auxquels elles appartiennent ; celles de l’étage inférieur ont ordinairement 5 mètres de diamètre sur 7 de hauteur ; celles des étages supérieurs diminuent à peu près de moitié; leur base est presque toujours circulaire, et rarement elliptique; les assises des pierres qui les com- ■ • . posent vont toujours en se rétrécissant à mesure qu’elles

s’élèvent, de façon que l’intérieur prend naturellement la forme conique , ou plutôt celle de la moitié d’un œuf ; coupé dans le sens perpendiculaire à son grand axe. Le • sommet de ces , chambres est fermé par une seule piêrre plate et souvent épaisse , qui pose sur la dernière assise circulaire , réduite au plus petit diamètre possible ; selon les habitants, on doit trouver en cet endroit, qui est le* sommet de la voûte, un large anDeau fer ou de bronze, que noüs avons cherché en vain dans plus -de cinquante chambres pareilles, malgré l’assurance qu’on nous donnait de son existence; aussi nous avqns tout lieu de croire que cet anneau n’a jamais existé, hormis dans l’imagina-

(|) Pnyn le Nur-lui£ de Domu f-Noi'tis, ' Pl. XlX.fifr. t , *T, i*.

* , ' CHAP. IH. . — NUH-HAGS. *i

tion de ces bons paysans, qui se seront transmis cette idée ' les .qns aux autres. • . . . '

Ces. chambres intérieures , surtout celles d’en bas 9 Cellule*, renferment presque toujôurs deux ou troi^ cellules du grandes .niches, pratiquées dans l’épaisseur du mur, sans cependant communiquer au dehors autrement que par de très petites lucarnes ; encore , ce cas est-il extrêmement rare. (1). Ces niches n’ont ordinairement que 1 mètre environ d'élévation sur autant de profondeur et de largeur; quelquès unes sont plus spacieuses , et surtout plus élevées- (2) ; mais en général, et lés sont toutes- incapables de contenir un homme soit debout, Soit couché ; quelquefois elles se terminent en ogive, mais le plus souvent leur sommet est plat et finit par une large dalle placée en forme d'architrave. h H- • wr /*to»*' '

L’ouverture par laquelle on pénètre dans-la grande Porte d'eptrée. chambre inférieure est ordinairement très bassç, de façon qu’un homme a quelquefois de la peine à y. entrer autrement qu’à plat-ventre (3) ; mais la difficulté cesse presque toujours, lorsqu’il a dépassé la largeur de la pierre d’architrave , qui est plus longue et plus large que toutes, les autres; le corridor intérieur s’élève çnsuite au poiqt que l’homme peut alors se lever sur son séant'; quelquefois ce corridor conduit sans obstacle dans la grande chambre , qui est sur. le même plan ; mais il arrive aussi de rencontrer, avant d’y pénétrer, une autre entrée très basse (4), sous laquelle il faut de nouveau se glisser à plat-ventre pour franchir toute l’épaisseur de Cette 'secondé architrave. • •

(i) Voyt “ le- ^ ■ de Goni, PL XII , ftg. a...

(a) Voyez le même N . de Goni. - . ' '

(3) Voyez la figure insérée ci-àprès 'dans le texte mcfnc, et en général la plupart des Nur-hags dè notre Atlas.

(4) Voyez \eti. Losn;PL IX, h.. 1 * 3 4 . *

*2 LIVRE I. — MONUMENTS rfK LA I** PÉRIODE.

- Quoique plusieurs de ces pionumajïts riaient qu’une

seule chambre, ceux qui en ont une.secbnde à l’étage .supérièur 6ont encore très nombreux ; pour y pénétrer , comme aussi pour arriver sur la plate-forme des Ntirhags qui n’ont pas do chàmbre supérieure , on passé par iln corridor en spirale , ménagé avec beaucoup d’art dans l’épaisseur du mur (1), et fait bien souvent en guise d’escalier ; quelquefois c’est une simple rampe.

Dans le plus grand nombre de ces constructions , l’entrée du corridor en spirale se trouve dans le corridor horizontal , entre la première porte et colle de la grande chambre : voyès ci-dessous le dessin d’un de ces monuments; l’entrée qui va dans la chambre inférieure, et celle qui donne accès aux autres étages par le corridor en spirale, sont indiquées par la double flèche.

(i) Nous ne saurions partager l’opinion- du -P. Angius qui^çroit

C1I AP. U|. *7 iiUfc-HAGS. 4 il

Elans les Nur-hags ainsi construits , on trouve le corridor en spiralo avant de pénétrer dans la grande chambre ; mais quelquefois, au lieu de ce cprridor, on voit des espèces de niches(l), ou bien le» parois du corridor en ligne droite sont lisses, et conduisent à la chambre sans qu'on puisse s'écarter ni à droite ni à gauche: dans ces Nur-hags , ce n’est qu’en cherchant â une élévation de 2 mètres 'tout le long du mur-de cette grande chambre (2)., que l’on parvient à trouver une ouverture très étroite et très basse; on la franchit d’abord avec peiné, mais elle finit par donner accès à un corridor en spirale , souvent assez spacieux , conduisant sur la plate-forme, ou bien aux chambres supérieures. .

On pénètre dans ces dernières par une espèce de couloir qui part du corridor en spirale, et qui le traverse même du côté opposé (jour finir en une fenêtre ; celle-ci se trouve souvent placée au-dessus de la porte d'entrée; mais il arrive quelquefois qu’elle s’écarte de cette ligne verticale , comme on le voit dans les N. N., de Santa- Barbara , PI. Xll, et de Sanl-sintinc, PI. X. • - La porte extérieure n’est pas toujours aussi basse que nous l’avons dit ci-dessus , car on en trouve , quoique assez rarement , qui peuvent permettre à un homme d’y passer, non seulement tout droit, mais encore qvçc son

qu'en général l’ave des chambres intérieures se trouvé hors du centre du cône, dans tous ces monuments qui ont un corridor, oit escalier, dans l’épaisseur de la muraille. Nous ne nions pas qu’il ail pu faire une pareille observation sur quelques Nitr-hags, mais uo*s dirons que le grand nombre de ceux que nous avons visités et mesures nous « porté 1 tirer une conclusion tonte contraire.

( i ) y oyez l’entrée du N. de Goni. Pl. XII, Jig- ?•

(a) y oyez le N. de Goni, PI- XII , jîg. a, et celui (Ylsili , PI. Vil , fîp. i. P oyez encore celui de Horf’hidu , Pl. XIII , /ig 4. 5 et 6T Cette ouverture est cependant placée, dans ce dernier, à nnr élévation bien moindre que dans les Nor-haf’i précédents.

ri

chapeau.. sur la tête. Fi. oyez le N. de G ont, PL Xil.-lfens le. canton de Macomer, et pis général dans tout le Martfhine , 04 voit plusieurs -tfw'hags qui offrent cette particularité remarquable ; elle détruit tontes 'le^' inductions qu’on pourrait tirer d’une cBtrée très basse et très incommode , qui semblerait an premier abord former le caractère principal des portes de cfes monuments; la di-

threction de rection deces portes vers un point cardinal fixe , est enta yorlc. ... .. r . .

core sujette a des anomalies ; mais nous pouvons assurer, avec le P. Angiùs (l), que la plus grànde partie d’entre elles est tournée vers le sud-est , c’est^à-dire à quelques degrés plus au sud que les tombeaux des Géants .-dont notas avons parlé ci-desSus. , ' - r

Dans quelques tans deces monuments on ta ménagé ,• le long de la paroi du corridor qui se trouve du côté de 1a campagne, de petites ouvertures qui travérsent la muraille dans toute son épaisseur; on les. prendrait d’abord pour des espèces de meurtrières ; mais comme elles sont horizontales , on ne peut voir que fort au loin les objets dans le pays et le plus souvent on ne voit que le ciel; d’ailleurs ces ouvertures, qui, terme moyen, n’ont guère que â décimètres de largeur sur 3 de hauteur, ne peuvent avoir eu d'autre destination que celle de donner de l’air, , et, quelque peu de lumière dans le corridor en spirale- : ffoyez 1® N. de Sant-Antine , PL X, et le N. LosàyPL IX, Jig. 1. <-/'( tevjxte a^iqi

Division enah Le P. Angius* divise ses Nur-hags en quatre catégories,

" savoir : lî. les simples ; 2*. les agrégés; 3°. les réunis

(ceux qui sont compris dans une ligne d’enceinte); 1°. les ceints (ceux qui sont ceints par des ouvrages extérieurs).

I ’■ |1’ « bu fol nrfl (<0 ••a.’ffc'i .-<*1

(1 ) A pçnelrar dentro i/iiestc mnli è sempre un aperturti , è-dessa irifaccitml Sirocco, cnn rarissime eccezioni . ( Bibl. soldai, loe cil., |>ag. 17a. ) .... -

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