CHAP. II. — MONUMENTS DU PORTUGAL. 55T
lugal des descriptions de ces monuments : « Passé Pégdës « (dit M. d’Hautefort) (1) qui n’est qu’un hameau , je vis « dans un fond peu éloigné de la route une rangée circuit laire d’énormes blocs de pierre , au nombre de douze , ■ « plaeésr debout, et une treizième au milieu..., il n’y a « pas de doute que ces pierres se trouvent là par la main « de l’homme. »
L’autbur les compare aux monuments .celtiques de la France, et à ceux de Stone-henge^ H ajoute ensuite qu'on croit dans le pays que ces treize pierres sont autant de sorciers etdc sorcière» qui faisaient leur sabbat en ce lieu, et qui auraient été changésen pierres, en punition de leur crime (page 60).. . *
Un aiitre voyageur, M. Richard' T. Wiss, dont nous donnohsla traduction française (2), s’exprime ainsi. « On « voit à Celorico un 'château maure , situé sur une mon- « tagne, avec' un mur de neut pieds d’épaisseur, fait de « pierres brutes . sans mortier; ce mur va du château au « village; en Suivant la pente de la colline, je remarquai « à cdté.du grand chemin cinq pierres placées debout,
« de huit pieds de haut; et quatre autres couchées à terre,
<i de même taille, qui me rappelèrent notre Storw-henge.
« On voit dans toutes ces montagnes un grand nombre « de pierres énormés , placées dans des. positions extraor- « dinaires » (page 58). * ,■
Voici maintenant ce que dit Cambry, art. Monuments de pierre en Portugal et en Espagne, page 199 : (3)
« Strabonr,. en pariant du temple d’Hercule placé sur
(i) Coup œil sur Lisbonne et Madrid, en 1814, par A). Ch. V. d’HAOTEroa-ç. Pari», itjao. • ' < -, •
(a)- y oyage en Portugal el-enjispagnp, fait en 177a et \yyb\par Richaud T. Wiss. , traiL Ue l’angl Berne) 1776. .• *
(a) Monuments trltiljuèe, ou Jtecherches sur le Çulicdes pierres. Cambry...... Paris, i8o5. • ’ * • ' ....
5 58 . J SUPPLÉMENT. :r •
« le promontoire sacré, aujourd’hui le cap Sain t- Vin - « çent , au sud-ouest de l'Espagne , remarque que là il •a n’y avait pas d’autel d'Hercule ni d’aucun autre dieu , « mais des pierres rangées trois par trois et quatre par « quatre; qu’il n'était pas permis d’y sacrifier, ni d’en (< approcher pendant la nuit,, parce qu’on croyait que
« les dieux habitaient alors ces lieux.. M. Cori-ea
a m’assure (poursbitM. Cambry )<&vQir vu , entre Mon- « temor et Airayolos, sur le grand chemin de Lisbonne , « et, à Pomarès , au pied de la Serrn-d 'Ussa , non loin « A'Evora, dans le territoire de f jmiero , Ües Dolmens « formant toujours unq espèce de cellule; leur élévation «-est communément de doure pieds : on les appelle Ani< tas en Portugal:.:;. A Cachao de /<«/>«,■. sur la ri- « vière Douro , est un rocher sculpté avec des caractères « inconnus; ces Autos sont décrite» dans les conférenn ces de l’Académie royale de l'histoire portugaise, du 30 a juillet L733.... Ces autels, dans le Portugal, sont placés « non sur les montagnes, mais dans les champs entourés u de murailles et de montagnes. M. d Hancarville as- « sure que près du promontoire s&eré, en Lusitanie, a était une pierre druidique nommée Oigonia, et il dit, « en note , le mot Gigonus parait avoir été un des titres « de Bacchus*. .
, f m Gerenna , dans le royaume de Grenade en Espagne , « près de la rivière de Gonad-Jmar , est un lieu remarie quable à cause d’une merveilleuse quantité de pierres a rangées confusément et enfoncées à moitié en terre , « comme si c’était une pluie de piqrres. C’est de ces mo- « numents que les anciens élevaient, en entassant les '« uns sur les autres de grahds quartiers do pierre. » (La Martinière, article &ert>hnà. V . . '
11 est rpfflarquableque ce mot de Gevçnna a beaucoup de rapport a.vee celui de Goronua, donné à un lieu de
CHAP. II. — UÜMHÏVTS Ut ROUSSILLON- 550
la Sardaigne, prés de Pauli-Lalino , où existent un Nui-
lins’ , un tombeau de géant -et. un Dolmen. ( Voy ez cidessus, page 23, où, |>ar erreur, on trouve le nom je. Cromlech, au lieu de celui de Dolmen.
Nous n'avons pu recueillir d autres renseignements sur les monuments de l'Espagne , où nous sommes pcrsûadé qu’on doit en trouver, surtout en Andalousie et en Catalogne ; mais nous savons qu'il en existe dans le Roussillon, En effet on a trouvé, près de l'emplacement thermal de Molitg, un. Dolinen composé d’upe table granitique de huit pieds de long sur cinq de large et un d'épaisseur, supportée ' par trois autres tables de même nature, saillantes d environ trois pieds au-dessus du sol. 11 porte, dans le pais , le nom remarquable de Tumul tlels Gentih-. 11 existe près de là, au lieu dit Coll dell ïiribec (çol du Trépied), un autre monument semblable; près de J./auro on vpjt un autre Dolmen placé dans un epdroit qui domine uue réunion de vcstigelt d’anciennes constructions on pierres sèches et brutes. Là se trouve aussi une espèce de polygone de six toises en carré, dont un coté est de forme elliptique. A ces renseignements, que nous avons puisés dans le beau travail de iVL Henry sur le Roussillon (l), page 30 de l'introduction , note 1 , nous ajouterons que nous tenons de M. Jobert de Passa, que nous avons eu Occasion de voir à Perpignan, aussi bien que M. Henry, qu’on trouve encore de semblables monuments en plusieurs autres endroits du département, 'et qu’on en voit dans un lieu dit le bois.d’ Aslaiié. Nous n'entendons certainement pas ti-
rer une conséquence quelconque de la particularité de
(i) Histoire' du Üoussillon , comprenant VFIistnirv dïr rnjrmimr
•te Mnjnçque, par.M. U. N. 'J.'Hextr, conservateur île la Hililij)-tlièque de Perpiguan. paris, i8Sô. . .
AfiO .. • SOméHBST. .
cç 4ernier nom de localité ; mais nous avons pensé qu’elle méritait detre. signalée.
Monument* d«- Parmi les monuments do la Corse , que vient de décrire . tout ^récemmen^ M.. Mérimée (l),-se> trouvent plusieurs . . . Dolmens qui ressemblent eu tout à. ceux de la France , et des Pierres JLevécs ou Men-hirs analogues aux Per dos Pillas de la Sardaigne. On donne, jen Corse , aux Dolmens le nom de Slazzona; le plùs important de tous est . celui dit Stazzona del Diavolo, dans la vallée de Cauria
...pu Dayuria . M. Mérimée eh donne une description et •un dessin , page 26 ; il est remarquable par trois rigoles pratiquées dans la pierre qui en forme le toit , et qui a 3 mètres 50 cent, sur 2 mètres 30 cent. A trois cents mètres de là , M. Mérimée a vu néuf Men-hirs , qu’on nomme daijs le pays Stanlcue j pes pierres sont disposées spr une ligne parallèle à l'axe du Dolmen. El|es rappellent à M. Mérimée les allées de Carnac et d 'Erdeven. Nous y voyons quelque rapport .avec, les six pierres coniques, dont trois, avec des mamelles, sont placées dans
• une ligne parallèle à 1 axe du tombeau de 1 amuli. (/qyex ci-dessus, pag» 12 et PL 111).- Le même auteur cite encore d’autres Hianiare et d’autres Stazzone, dont
il est inutile que nous lassions l'énumération , et dont il
• ‘ nous suffit de constater I existence. !
A ces caractères de ressemblance entre ces espèces de monuments des deux îles voisines, nous opposerons le caractère négatif de l'absence totale de vestiges de Dur- Iiaÿs en Corse , circonstance d’aütant plus remarquable que la Sardaigne septentrionale en possède quelques uns près du ljord de la mer ', et que les deux îles ne sont séparées que par un canal de.-trois lieues.
Canciuii». En résumant ce que nous avons exposé ci-dessus , il .
• [\) .Loc. cil.: .• • •• *■
CIIAP. II. — CONCLUSION ■ - 561
résulte que les monuments formés de pierres brutes , soit Merirhirs, soit Dolmens ou Cromclechs , soit enfin les cercles de stèles fichées en terre, sont répandus dans une infinité de contrées, et que, malgré les différences locales qu'ils présentent dans certains cas, ils n’en offrent pas moins une physionomie commune ; leur usage paraît avoir été général , et leur grande simplicité les fait regarder comme remontant à une époque extrêmement reculée, probablement celle du premier sabéisme.
Nous avons dans1 la Bible des monuments de ce genre qu’on élevait, et qu’on arrosait d’huile, au temps de Laban et de Jacob. Nous voyons à l’époque de Moïse des pierres qu’il était défendu de toucher avec le fer , c’est-à-dire avec un marteau, ce qui annonce que leur caractère essentiel était qu’elles fussent brutes; nous trouvons des stèles isolées et fichées en terre dans les îles de la Méditerranée et au promontoire sacré ; elles appartiennent donc à des peuples qui connaissaient la navigation , et dont le mouvement paraît être parti de l’Orient.
Nous avons eu occasion de décrire le temple probablement phénicien de l’île de Gozo (J), où la statue principale consistait eft une pierre conique travaillée , et dont le mur extérieur, formé à la manière de celui des Nur-hags, renferme des stèles placées verticalement ,ce qui nous a paru annoncer deux époques différentes dans la destination de cette localité à un culte religieux; nous avons cru pouvoir en conclure que l’usage des stèles fichées en terre , dont il reste des traces positives dans le mur de la Giganteja (2) et dans un grand cercle de pierres qui en est tout près , devait être plus ancien que celui des murs construits avec un certain art, quoique composés
(i) Lettre à M. Raoul- Rochette , déjà citée.
(i) C’est ainsi que l’on nomme ce temple de Goto.
du pierres sans ciment, et employées souvent brutes ou légèrement travaillées sur leurs angles avec le marteau-.
Cette même priorité d’antiquité d’un genre de monument sur l'autre, nous est révélée en Sardaigne, où nous trouvons, à côté des Nur-hags, des pierres coniques travaillées au marteau , et même portant des mamelles, qui remplacent les Men-liirs informes que l’on rencontre souvent isolés; nousyr voyons aussi les tombeaux de Géants avec des hémicycles de pierres brutes, qui entourent une stèle travaillée avec art-, ces tombeaux de Géants nous paraissent des véritables Dolmens, d’une époque plus récente que ceux de la Corse , et probablement de celle des Nur-hags , qui sans doute n’ont pas pénétré dans cette île.
Nous pensons donc que les Nur-hags de la Sardaigne, quoique se rattachant à des idées religieuses très anciennes, doivent appartenir à une époque postérieure à celle où l’on élevait les Perdas filtas dans cette île, et les Stantare dans celle de Corse.
Nous avons tout lieu de croire qu'aux îles Baléares l'origine des Men-hirs et des Cromelechs , que nous y voyons associés aux Talayots, doit remonter à une époque antérieure à la construction de ces derniers.
Il résulte de ces considérations que les Nur-hags, les Talayots , et peut-être les tours coniques des îles Britanniques (1), doivent appartenir à des colons navigateurs qui trouvèrent la Sardaigne, les îles Baléares , et peut-être les îles Britanniques, déjà habitées par un peuple dont les usages étaient très simples et encore barbares, mais dont les traces se voient depuis l’Orient jusqu’à l’Occident.
Nous ne saurions dire si cette race plus ancienne doit être appelée Celtique ou Ibérique ; mais nous croyons que les
(i) Voyez fig. 6, 7 et 8, de notre PI. XIV, et ce que nous avons dit ci-de«sus, pag. 98 et tuivantes.