‹ Voyage SardaigneChapitre 34 sur 205 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

. . • , Idoles sardes proprement dites, |-, ■

Lks idoles en bronze qui forment le sujet de ce eha.- . pitre appartiennent , eu grande partie , au muséo royal xfe' l'université de Uagliari. (I). Une quinzaine d'entre elles se trouve au musée royal de Turin-, mais leur origine sarde étant certaine , nous les avons comprises dans les *. dessins, de jios planches. Quelques unes, mais en petit nombre, sont tirées du cabinet des médailles de Paris. Nous pensons qu elles proviennent des collections, faites . jadis à Cagliari , dpnt parle Azuni (2). Deüx autres existent au musée de Lyou^ il est fort probable quelles sont'

venues en France aveoçélles de Paris. . .

'(i)- Un :petit nonibre dé ces idoles existe dans ce musée dépuis te commencement de ce stèele, époque de sa fondation ; biais cette collection , actuellement très richo en ce genre d’antiquités, a pris son principal dévéloppetfiout pendant lesdix années qui viennent, de s’écouler, pat 1er soiiis éclairés" de fcu M.' le chevalier D. L Baille, censeur de l’université de -Cagliari, mort en i 83g, ét, par le rèle de M. Cara, préparateur du musée en question. Malhenrcuseinent, depuis la perte de M. Baille, la, spéculation ayant porté le prix de ces ^jronxfs à un taux exagéré,' et des personnes in; llucntés ayant entrepris <Ten faire clandestinement dçs collections particulières, celle du musée de Cagliari est restée Stationnai ré Nous'1 souhaitons ; dana l'intérêt de la science archéologique | qn’ellr puisse iouir un jour des dessins et des descriptions des nomin v»ses idoles Uouvées.jlans l*Ue pendadt les deux dernières auuces-qui viennent de s’écouler, et qu'on.n'a pas juge à propos de notas communiquer ' , ' ' ' ■ * ’ " ™ ;

• 'fa) Afnrtj Hislniri tU Skrtfaifche. Paris, i*8oa, page3o, note i.

172 LIVRE 1. — MONUMENTS DE I.A lV PÉRIODE. •

'Deux on trois dessins sont tirés de statues qui appartiennent au musée de. Florence, et qui fort probablement y arrivèrent par suite de ia domination pisane en Sar- , daigne. Une autre de ces idoles est déjà connue par les* ’ " descriptions de Winckelmann et de Barthélemy; nous l’avons examinée nous-mcmcau musée. Kirkerien de Rome.

Toutes ces statues sont évidemment sardes, hormis une seule que nous avoris trouvée dans le musée des Bénédictinsde Calotte ; peut-être le dessin quenouseï» donnons PL XXIX, fig. 133, n’aurait-il pas dé figurer dans notre «) collection. Nous l’v avons inséré à cause de la grande analogie que nous avons trouvée entre ce bronze et ceux.de la Sardaigne. On verra également dans- nos planches les dessins des idoles publiées par M. Münteç, que nous avons de nouveau copiées deÿ originaux mêmes, et ceux qu’a insérés asieZ récemment M. Guigniaut , daus son second cahier des planches des- Religions dç Ç antiquité. Toutes nos statués sont représentées sur plusieurs faces f afin qu'on puisse mieux en saisir les caractères; les dessins . ont été faits et réduits par nous-mérne avec la plus scrupu- r leuse attention : ils sont tous à la morne échelle , c'est-àdire au quart de la grandeur réelle de'cbaque bronze. ' \

Ce qui frappe au premier abprd , lorsqu’on examine, l’ensemble de cette (/ollecliop p’vst Un type ou caractère commun que présentent toutes çes, figures , malgré la manière barbare et imparfaite dont elles sont exécutées', tyjle qu’on chercherait on Vain dans ce que l’on connaît de Ce genre ohôz les ailçiens peuples dont I’originu

et le9 monuments nous sont mieux connus. En effet,

sur.l 80 figures, comprises dans ]és quinze planches consacrées aux dessins de ccs idoles sartles, on h' en trouve-

pas une seule qui puisse réellement-' être rapportée- ;V quelque chosè.dè grec , de romain , d'étrusque et d'ègypricu. Ce type , incontestablement prpprp aux statues sar--

. C^AP. VI.' +T-. IDOLES. - lyî

«les, et associé -à des représentations éminemment symboliques que tout nous engage à considérer eonrme l’expression des idées religieuses des anciens habitants de* l’île, peut bien nous indiquer que. toutes ces statues pnt été laites et fondues dans ce pays; mais les sujets, ou, pour, mieux dire, les croyances religieuses qu’elles semblent représenter, doivent-elles ètrt considérées comme y ayant pris naissance ?. C’est là, nous le pensons, une1 des premières questions qu’il -couvrent d’examiner. Jetons pour «cl* nos regards sur’cectaines figures caractéristiques de celte coUcction , celles des animaux, par exemple, et nou$ reconnaîtrons infailliblement, dans quelques unes d’enlrè elles, des traces évidentes, d'importation, c’est-à-dire d’une origine étrangère. En effet , rien ne nous autorise à croire que le singe soit uu animal indigène de la Sardaigneyet cependant nous Id voyons plusieurs fois figuré dans nos monuments, surtout dans les nM A et 167. Le n° 158 représente presque exactement le draco volans , animal exclusivement asiatique, et-qui certainement n’a pas plus existé dans l’île à une époque quelconque que V antilope dont est ornée la nacelle du n°. 1 69. Cet animal y est trop * bien .caractérisé pour que nous puissions le prendre po.ur un bœuf ou pour uu cerf. Si nous passons ensuite à l’examen de l'ensemble des symboles, pour peu que nous sovOhs au fait des monuments, de ce genre, nous y découvrirons sans peine des idçes assez clairement prononcées de dualisme, d' 'hermaphroditisme , de principes générateurs , nulle et femelle^ souvent réunis, quelquefois séparés, comme aussi des indications d’un culte du soleil , de la lune, des astres, des béros, et même celles d’un sacerdoce Organisé -, enfin , tout semble démontrer une religion d'apparence grossière et matérielle', mais basée sur des: cdiinaissdnc.es et sur des notions bien supérieures à

1 7* ‘.LIVRE 4. t~ MONUMENTS UK l/i l“ PÉRIODE, celles que pouvaient avoir les habitants tzufocArAo/nvs de lu Sardaigne. v< • . ■ •

• Ces broittes concourent avec les Nu.r-hags, et avec les pierres coniques dont nous avons déjà fait mention, à

indiquer dans les croyances des anciens colons de l’île une origine orientale que paraît encore confirmer l’aspect des légendes qui -accompagnent quelques unes de nos statues. Ces légendes sont encore en trop petit nombre, et elles sont trop courtes ou trop mutilées pour qu’on puisse Ica examiner en détail et en tirer un grand parti pour la science : peut-être. ne lai scront-cltes pas. inutiles un jour. Mais quoique le. moment- de se rendre compte de ces écritures ne soit pas arrivé, leur ensemble et même quelques unes en particulier, font reconnaître une étroite liaison , une tspèce de parenté , entre les caractères qui les' conqtosent , Ot ceux dé certains monuments ou de certaines monnaies dont l'origine n’est pas douteuse. Peut-être parmi ces caractères devra-t-on établir des distinctions essentielles, en enrisagoant les uns comme asiatiques, et en considérant les autres comme africains(l). :

. Abandonnant Une question de paléograplrie que pour le ' moment il. est impossible de résoudre, nous n'en soutiendrons pas moins que ces écritures no paraissent pas plus devoir être attribuées aux- habitants- primitifs de tu Sardaigne que le fond dé leurs idées religieuses, en sorte que tout annonce une. importation étrangère^ -

Cette importation date probablement dupe haute antiquité*, deux particularités qu’on peut relever de ces statues mêmes semblent nôus autoriser V le croire. La

(ij Nous avons cru faire line chose utile en réunissant, dans la. PI. XXXII , toutes les inscriptions des idoles qui Bout éparses dans le» autres planches. , w ‘ i .

*■ V r- ; . CHAP-. VU; 1JHÏLES.

première ‘consisterait dans les signes .dé tatouage que paraissent porïer quelques unes de ccs.idoLes; on sait que celte coutume-, pratiqué*} encore de nos jours dans quelques contrées reculées du globe, le fut jadis par quelques membres de fa Tace blanche de notre ancien continent , mais à qne époque lointaine à laquelle se rattachaient fort probablement le pur sabéistne et la polygamie. La seconde*, ç’est la grande fréquence des cornes de taure&n ot du serpent employés comme attributs* ces deux animaux rappellent d’ailleurs les idées religieuses des Juifs idolâtres à -l'époque de leur sortie de l’Égypte. ;• • 1 . < Toutes ces considérations nous engagent à chercher les explications de nos idoles dans les croyances religieuses d'un peuple d’origine orientale, dont la colonisation en Sardaigne paraît dater de la plus haute antiquité. Or , puisque’nôus savons par la Bible que plusiéurs peuplades rèfoulées par les conquêtes des Juils r-se répandirent sur les bords de la Méditerranée- et -dans ses îles-, puisque, nous avons, dans les inscriptions tronvéesen Sardaigne, des preuves évidentes du séjoujr dés Phéniciens 'dans cette île, ètenfin puisque, selon toute apparence, ceux-ci furent des premiers à y établir des colonies , ayant été Us premiers navigateurs* nous pensons que .les monuments dont il s’agit pourraient bien nous révéler une semblable origine, et uôus offrir en’ meme temps les traces des modifications apportées ensuite par les colonies libyennes ou Lîby -phéniciennes ^ et. plus tard par les Carthaginois * modifications qui ne peuvent pas avoir été bien -essen- ’tîelles r puisque tous ces peuples dérivaient d’une souche peu près commune, el cju’ils adoraient les mêmes 'grandes divinités. .

•Malheureusement la religion''des Phéniciens ne nous est guère connue-què par. quelques passages.de la Bible et par les fragments attribuas à SHncboniatbon., mais que

176 tlVRE JU t- MONUMENTS BB.IA PÉlttOPE.

- ‘ Pliilon de Byblos a altéré* eu traduisant, et qu’Eûsébe nous a transmis (1) , «T par de traite de Lucien sur la , .. déesse do Syrie (2). Ces detrx ouvrages 'sont , du reste, .

• • assez modernes; cependant , grâce aux travaux des Seldenius (3), des Mùnter (4)., dosCredzef (5),. et de son savant traducteur etcommentateur (6), et «vec les lumières

répandues par feu ChampoUion sur les divinités do l’Égypte<{7), nous croyons pouvoir tenter les explications de quelques unes des idoles sardes; nous les exposerons toutefois avec la plus grande réserve. • ' * , •

Figure virile, barbue ^dont le corps pourrait être celui d'une femme , si l’on en juge par les mamelles , par le ventre arrondi, et par l’absence des caractères mules. Sa tète est couverte d’un bonnet conique très étroit, re- ‘ courbé vers la moitié de sa longueur ét terminé à peu près comme une trompe d'éléphant, : à cette extrémité . est fixé, transversalement un animal à queue fourchue qui parait être" un serpent , ou un poisson. Avec sa main . ■ t droite èlte tient un bâton fourchu appuyé couvre l'épaule, .

(i) Vræpnmii» Et’angelica , I, cap! g. , ..

(à) Se Dea-Syria.'

' (3> De Dits Syris, Syn tngrna II. Lng. Balar., 16 ig. '

»• (4) Religion der Karlhnger. Kopcnhagen, k8ài.... Sendtckreiben.... uber elnige Sardische idole, binpenhagen, i8aa.

(5) Symbolik , and Mithefngie der allen V vicier. t (6) GùiusiaUt, Religions de lantir/uite’. paris, i8l5-i83g.

(7) Panthéon c'gyptien. Paris, An. i8aâ et suiv. Aux témoignages des auteurs cités, et de plusieurs autres, hous joindrons celui de Monseigneur Bés, suc la liaison de la religion de la Phénicie avec celle de' l’Égypte. Ce savant prélat, dans sa Malta antlca illustrai a, démontra combien les mythes d’Osiris et d ’lsis étaient analogues à cen^ cT Adonis et d'Astartc'. Le monument de Çarpenlras fait voir uh bas-relief d6nt le sujet, tout égyptien , est accompagné d’une inscription phénicienne ; plusieurs monnaies de Malte offre» t I» même particularité, ; • ; . . • ,

Digifeed èy-G,

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