‹ Voyage SardaigneChapitre 55 sur 205 · IDOLES. PL. XX · texte numérisé non relu

IDOLES. PL. XX

Cil AP. Vi.

Cette tète pourrait au reste faire allusiou à la tète mystique

d’Adouis , qui tous les ans arrivait par mer à Byblos sur une nacelle de papyrus (a); la nacelle serait elle-même figurée ici par l’attribut (Jig . 30* ) tenu dans la main gauche de notre idole , et dans lequel on peut reconnaître la forme assez grossière d’un poisson (b) ; la pointe cylindrique on conique qui s’élève au milieu de ce même attribut nous parait une simple cheville, destinée à iycer sur la nacelle la tête tenue dans l’autre main : on peut encore envisager cette espèce de cheville comme un signe phallique , ce qui rappellerait le mythe d’Osiris où le phallus est mangé par les poissons.

Figure humaine analogue à la précédente, également surmontée d’une tête couverte d’un bonnet conique ; les ramifications de l’attribut principal partent de la tête et non des épaules. Son corps offre à peu près les memes caractères que celui de la fig. 30; mais on n’y voit pas d’écharpe. Les objets qu’elle porte dans ses. mains sont d'ailleurs bien différents ; la droite tient un serpent développé, dont la queue et la langue sont bifurquées; la gauche tient une javeline également bifurquée au bas ,

(a) Lucias. , De dcea Syria, cap. 7, tom. X, éd. Bip. surit autem ex Bybliis non nulli qui liicunt apud se humntum esse Osirim Ægypticum , luclusque et ritus hosce non Adonidi, sed Osiridi omnes

fieri. et hoc quovis anno fit quemadmodum et me prestnte

tune Bybli factum est, et caput ipsum spectavi, i papyro effigiatum.

(b) Cette idée de donner la forme d’uu poisson à une nacelle, qui est censée devoir voyager sur mer, est conforme à celle que nous avons remarquée à propos des ailes sur la tête des n“ a5 et 36, faites un peu en forme d’oiseau. C’est probablement encore à cette nacelle de Byblos que fait allusion Isaïe, lorsqu’il s'écrie : Fer lerrœ cymbalo alarum qui mitlit in mare legalos, et in vasis papy ri super aquas , cap. 18 , 1, a. F ayez Brochait, Geogrnph. sacra , lib. iv, c. a ; Piocop. et Cruu.. , sup. Isdia.

Fig. 3i.

232 LIVRE I. — MONUMENTS DE LA l" PÉRIODE.

dont elle paraît vouloir se percer le sein. Sa queue est semblable à celle de la statue précédente.

Bronze du Cabinet royal de Cagliari.

Nous croyons voir dans la statue qui nous occupe une répétition de celle que représente le n° 30, c’est-à-dire une autre divinité androgyne : nous ne saurions donner des ramifications qui s’élancent de sa tête une explicatÿn différente de celle que nous avons exposée ci-dessus ; celles-ci, cependant, nous engageraient à les croire plutôt de cornes de cerf que tout autre chose , car elles partent de la tête ; d’ailleurs le sens attaché à la chute et au renouvellement annuel des cornes du cerf peut s’accorder avec l’idée de vie et de mort que nous croyons exprimée par les deux attributs que l’idole tient dans ses mains.

Le dard qu’elle va s’enfoncer dans le sein , et sa physionomie qui annonce la douleur, sont pour nous l’image de la destruction ou de la mort ; mais le serpent, qui , dans l’idée des anciens, ne meurt pas et ne fait que changer de peau chaque année (a), serait ici l’emblème du renouvellement et de la vie.

Ces symboles de vie et de mort, de destruction et de reproduction, donnes à une divinité androgyne, semblent faire allusion au renouvellement successif et constant des objets créés, au grand principe de la vie , enfin à cet équilibre admirable des ètres'qui naissent, qui périssent et se renouvellent.

11 pourrait aussi se faire que cette allégorie de vie et. de mort, assez clairement indiquée dans notre statue, appartint à un ordre d’idées bien supérieur encore , et cela ne nous surprendrait nullement , puisque, pour peu qu'on veuille remonter aux doctrines simples qui ont par la suite enfanté tant d’allégories monstrueuses , on reconnaîtra presque toujours les idées plus élevées des premières croyances, qui furent successivement défigurées par des symboles grossiers inventés pour la masse du peuple , tandis que le sacerdoce conserva long-temps dans leur

(a) Ut vivescunt tiracnnrs /icllt srnrrtutis exula. Mscxob. , Snturnal. , XX, lib- i.

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