‹ Voyage SardaigneChapitre 56 sur 205 · CHAP. VI. — IDOLES. PL. XX · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — IDOLES. PL. XX

pureté les vrais types de ces croyances , qu'on n’enseignait que dans les mystères et aux seuls initiés capables de les saisir.

Si le dogme sublime de l’immortalité de l’âme fut, comme il est fort probable , enseigné dans les mystères de Samolhrace, il ne serait pas étonnant de le trouver exprimé par une représentation symbolique qui offre l’idée de destruction et de reproduction , et que nous croyons pouvoir rapporter à l’ancienne religion des Phéniciens. La queue et la langue biparties du serpent peuvent être comparées à la queue du serpent que le n° 1 porte au bout de son bonnet ; ce Sont là probablement des idées de dualisme , et même de double dualisme , que nous reconnaissons également exprimées ici par la double tête de notre figure symbolique.

Statue humaine à tête d’animal; son museau, arrondi F>g. 3x vers le bout en forme de groin , pourrait faire prendre cette tête pour celle d’un porc ou d’un sanglier; mais sa lèvre inférieure , et une espèce de langue, semblent indiquer de préférence la tète d’un chien : elle est ornée d’un large nimbe, et offre ainsi beaucoup de rapports avec les têtes des groupes 18 et 19. Cette figure panthée est pourvue de deux mamelles de femme assez pleines ; au-dessous se trouvent deux autres têtes d’un animal qu’on dirait un chat à courtes oreilles', ou plutôt un lion ; une de ces tètes est placée au creux de l’estomac, l’autre sert de nombril et occupe le centre d’un ventre très sphérique (1). Au bas de l’abdomen on voit Un signe sexuel assez équivoque ; l’ensemble du corps de cette statue parait indiquer le sexe féminin ; son écharpe, placée en sautoir sur la poitrine, et allant de gauche à droite, porte des caractères assez remarquables (2). Un autre

(0 y oyez 5ab.

(a) V oyez ces caractères de grandeur naturelle, même planche , 3a*.

234 LIVRE I. MONUMENTS DE LA t“ PÉRIODE.

signe , en forme de croix ou de thau phénicien , est tracé sur sa cuisse droite. Sa main droite tient un long bâton fourchu qui est appuyé sur l’épaule, et la dépasse; sa main gauche est élevée , et se compose de sept doigts ; la droite n’en a que six , mais cette main n’est pas toute développée à son point de contact avec le bâton : tout annonce que l'intention de l'artiste était de lui en donner également un septième. Sa partie postérieure est caractérisée par une très puissante queue , et par un anneau transversal légèrement endommagé.

Le nimbe qui pare la tête de cette figure , la rapproche de celle qu’on voit dans le groupe n° 18 , et semblerait caractériser un astre ; nous ne serions pas très éloigné d’envisager cette télé comme une figure de Sirius , l’étoile du Chien ; mais les sept doigts de sa main ouverte pourraient avoir rapport à la période lunaire ; d’ailleurs ce long bâton fourchu ne parait guère convenir à Sirius ; il indique probablement uuc divinité d’un ordre plus élevé.

Les deux têtes qu’on voit snr le devant de son corps pourraient à la rigueur être regardées comme des têtes de chat; elles rapprocheraient de nouveau cette statue du n° 18 , et plus encore des n°* 37 et 38 , dont nous nous occuperons ciaprès ; ces tètes , envisagées comme des têtes de lion , nous offrent la seule indication de ce roi des animaux que l’on puisse voir dans nos monuments ; les têtes de lion selon Hora potion (a) étaient le symbole de la vigilance. Noos nous contentons d’indiquer ce fait sans en tirer aucune conséquence. Il nous reste enfin â parler de cette espèce de croix ou de thau qu’on voit sur la cuisse droite; nous rappelons à ce sujet un signe à peu près semblable qui se trouve quelquefois sur la tête d’Artémis et sur plusieurs monuments égyptiens , et que

(a) Lib. i, 19.

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