‹ Voyage SardaigneChapitre 59 sur 205 · CHA.P. VI. 1DOLBS. PL. XXI · texte numérisé non relu

CHA.P. VI. 1DOLBS. PL. XXI

huit petits boutons placés en ligne droite. Ses bras sont ornés d’un bracelet ; sa main droite tient une espèce de massue à tête humaine avec deux cornes de taureau ; la partie inférieure de cette massue se termine en une espèce de longue feuille lancéolée qui ressemble assez à une feuille de palmier ou de musa. Le dos de la statue est creux ; il porte les traces d’un anneau transversal.

Bronze du Cabinet royal de Cagliari.

La feuille de palmier, ou plutôt celle de l’arbre musa , que nous croyons reconnaître dans la main droite de notre statue , et la tête de chat , qui forme sur sa tète une espèce de lune, nous portent à regarder cette figure comme la représentation du Mois personnifié, ou pour mieux dire du dieu Mois ; mais le mois était solaire chez quelques peuples , chez les Égyptiens , par exemple , qui cependant le représentaient par un croissant ; chez d’autres nations , il était lunaire.

Nous sommes d’autant plus embarrassé à assigner à cette statue un de ces deux caractères , que si la tète de chat qui surmonte sa tète semble indiquer un rapport avec la lune , et rapprocher cette composition de la représentation asiatique du dieu MEN (mois), synonyme du dieu I.unus, c’est-à-dire de la lune considérée comme essence mâle , de l’autre côté la massue à tète humaine, avec deux cornes de taureau qu’elle tient dans sa main droite , parait faire allusion au soleil générateur et à ses rayons (a).

Tout en annonçant que nous sommes porté à regarder cette statue comme la représentation d’un dieu Mois, nous sommes loin de nous rendre raison de ces quatre semaines de huit jours dont semblerait devoir se composer ce mois , d’après le nombre et l'arrangement des petits boulons. Les Étrusques sont , à notre

(a) « Les taureaux, dans l’Inde, étaient marqués du signe de la « massue. Ces symboles sont évidemment relatifs au soleil généra- « leur et à scs rayons. » Guicsiaut, vol. Il , pag. n 47, notes.

2t0 LIVRE I. — StONUMEJfTS DE LA 1“ PÉRIODE.

connaissance , les seuls peuples qui aient eu une semaine de huit jours , mais il ne paraît pas qu’ils eussent le mois ; car selon

Niekhur, après la semaine venait immédiatement l’année de 38 semaines , ou de 304 jours. Ils croyaient que huit jours du monde étaient accordés à la race humaine de la création actuelle; chaque jour du monde avait 10 siècles de 1100 ans, et la semaine du monde était de 8800 ans (a). Ils avaient uiie année civile lunaire qu’ils rectifiaient au moyen de l’année cyclique; mais nous ne saurions tirer parti de ces données pour l'explication de la statue qui nous occupe; la légende qu’elle porte sur sa poitrine est loin de nous guider dans nos recherches, car, d’après la forme des lettres et surtout de celle qui ressemble à un K , nous avons lieu de croire , que loin de se lire de droite à gauche , comme paraissent devoir être lues la plupart des inscriptions des idoles de notre collection (ce qui en rapproche l’écriture de celle des Phéniciens, et même des Étrusques), la légende dont il s’agit doit, selon toute vraisemblance, être lue de gauche à droite, comme les écritures grecque et romaine ; mais i quel langage peut appartenir le mot VXONKI , qu’on pourrait lire au premier abord ? Nous sommes lit-dessus dans l’ignorance la plus complète. Nous trouvons à la vérité, dans l’ouvrage d’IIyde, de Vet. Pers., t. I , page 227, que chez certains Tartares , le troisième mois de l’année est appelé Ugjungi ; ce mot paraît avoir un certain rapport avec le nôtre; mais nous ne saurions dire quelle liaison peut avoir existé entre la langue des Tartares et celle des anciens colons de la Sardaigne.

Ftg. 37. Petite figure virile , sans barbe , ayant sur sa tète une tète d’animal tout-à-fait pareille à celle du numéro précédent ; celle-ci paraît cependant se rapprocher davantage d’une tête de chat. Elle a dans sa main droite une autre tête de chat; sa main gauche est appuyée sur la hanche; on voit au bas de l’abdomen un signe phal-

(a) Niebhus, Histoire Romaine, traduction deGlobey, i85o, tom. I, page 195.

Cil AP. VI. . UHJj.f.S. PL. XX4.

tique-, et derrière une assez longue, queue. Ses jambes sont très écartées, et posent sur une base aplatie. ,

Bronze du Cabinet royal de Cagliari.

C’est probablement une espécé deflieu-Lunus, ou, pour mieux dire, une représentation de la lune avec les caractères de virilité. Voyez le numéro suivant. , ,

Figure virile dont la tête, qui regarde vers le ciel , a Fig. 38. les oreilles d’un animal', probablement celles d’un chat.

On voitsur son front un grand disque vide et aplati, traversé par un serpent ou par un animal analogue; deux bouts de croissant s'élèvent de ses épdules ; sur sa poitrine se trouve une tête de chat mieux caractérisée que celle des idoles précédentes. De sa main droite elle supporte un croissant; la gauehe est élevée. Elle a, comme la précédente, une longue queue que l!on pourrait prendre pour celle d’un chat. Ses pieds paraissent se terminer par trots doigts ; mais ces doigts sont si mal indiqués qu’on ne sait pas si ce caraetère doit être attribué au hasard ou à la maladresse du fondetir ; ses formes , ici plqs arrondies et mieux exécutées que dans les autres idoles sardes, nous engagent à croire que les pieds, ainsi divisés en trois doigts , n’ont pas été faits sans inteution , et que l’ouvrier qui a moulé le bronze a entendu figurer ‘

des pattes d’oiseau.

Cette statue a été ‘décrite et publiée par M. Guignia,ut (t); elle fqt trouvée avec celle qui précède dans la partie occidentaié do l'ile.

Le seiv< allégorique que ndns avons cru pouvoir assigner aux tètes <lecbtft des deux fi’gnrcs'préeédèntes , paraît confirmé par le dessin de notre statue, qu’il est facile de reconnaître pour

(i) Loc. cil. , PI. LVI bis, fig. ai3c.

lin dieu Lunus. Nous croyons pouvoir la considérer comme une représentation complète de 1a lune , avec scs phases principales ; c’est à la fois une statue du dieu Ijtnus , et «elle du dieu Mois ; les bouts de croissant? qu'elle porte sur ses épaules en font un dieu Liinus ou Pharnqpe , et rappellent cette divinité, adorée principalement en Cappadooc, en Mésopotamie, efi Ph'rygie et dans le royaume de Pont, au Liban , etc. , sons le nom de dieu l\Jen. Les médailles de ces contrées nous le représentent avec les épaules ornées d’un semblable attribut.

f^oyez ci-dessous deux médailles de ce genre : la première , *, est de l’empereur Septime Sévère ; elle appartient à ta ville de Laodicéc du Liban. La secohdc, s, est de Caracalla , et frappée à Magnésie ; nous les aVoiis tirées des originaux du Cabinet des Médailles de Pari».

Sous le npm de MEN on entendait un mois binaire, et uuus savon* , par Strabon (a) , que le temple de ce dieu était, dédié à la lune ; mais dans plusieurs pays , et m^me en Égypte w. celle-ci était adorée comme divinité mâle (cj.

'il parait , d’après mft petites statues , qu’il en était de même chez les anciens "habitants de la Sardaigne , ou bien thez les

(a) Çeograph , 11b. xu; pag. 3j5. ^

(b) s Scion la doctrine vraiment égyptienne, la lune était un dieu, >i une-essence mâle. « Ch.4mi-oi.lios , Panthéon égyptien , Piioh. i o4,

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