OHM’. VII. — INSCRIPTIONS. PL. XXXII
probablement il bâtit la ville de ce nom ; tel est le sens de l'interprétation de M.^ftrri; ce sens est à notre avis d'autant plus naturel , que nous avons un passage de Solin qui fait venir de Tartessus, Norax fondateur de Nora en Sardaigne (1). Or, nous avons de grands motifs pour croire que les anciens ont fait deux hommes d’un seul personnage, et que ce soi-disant Norax, fondateur de Nora, est le même héros que S ardus -Pater, Liby -phénicien d'origine, ou chef d’une colonie Libyphénicienne. .
Pausanias lui-même , qui adopte toutes les fables des auteurs grecs sur les héros Sardus et Norax, dit que Nora fut la première ville bâtie en Sardaigne , ce qui est d’autant plus naturel qu’elle occupait la partie méridionale de l’île , celle où devaient aborder de préférence le colonies phéniciennes et libyennes. Il n’est pas étonnant qu’on ait trouvé dans les ruines de cette ville une inscription en l'honneur de son fondateur. Ce fondateur était Sardus venu probablement de Tjartessus, ou, si l’on veut, de Tarsis ; les habitants de la ville lui auront donné le nom de Norax en sa qualité de leur patron; ainsi nous pensons que c’est la ville qui dans la suite des temps donna à Sardus le surnom de Norax, et non pas un héros de ce nom qui imposa le sien à la ville. * - • ••• > ,•
Il est incontestable que le héros Sardus était tenu dans l’île en grande vénération , puisque sa statue avait été envoyée à Delphes (2) , puisque la seule monnaie
( i) Nihil erço attinct dicere ut Sardus ab Hercule, et Norax a Mercurin procréât! , cum aller a Libya , aller ab usque Tartessn Hispaniœ in hosce fines pervenisset , a Sardo terra , a Norace Nora nppido nnmen dut uni. Solin Polyhistor, cap. 10. Sardinia insula. '
(a) Pausanias, in Phocis , lib. s, chap. 17.
dont l’origine sarde ne soit pas contestée, a été frappée en son honneur (1), et que PlolAiiée (2) parle d’un temple dédié à Sardus-Pater , jadis situé sur la côte occidentale'de l'ile : tout concourt à justifier la lecture de ces trois noms faite par M. Arri ; si M. Gesenius a lu Pater Sardorum , c’est que ce savant philologue ne connaissait apparemment pas toutes ces particularités; nous pensons que , dans l’état actuel où sont nos connaissances sur la langue phénicienne, on doit tenir quelque compte des données qui peuvent éclairer une question que la simple paléographie n’est pas encore en état de résoudre à elle seule. Nous aurons occasion' de • faire un semblable reproche à M, Gesenius au sujet des monnaies qu’il persiste à vouloir adjuger à Cossura et que des motifs assez puissants nous ont engagé et nous engagent à regarder comme frappées aux îles Baléares. (3)
a* inacriptiou Dans le printemps de l’année 1 838, obligé de nous arrëaÂir°T ter quelques jours dans le village de Pula, vu le mauvais temps qui nous empêchait de vaquer à nos travaux géodésiques en cette contrée , nous avons mis nos soins à visiter tous les murs modernes des maisons et des enclos , dans l’espoir de trouver encore quelque autre inscription phénicienne , et ce ne fut qu'après les recherches les plus minutieuses que nous parvînmes à découvrir une grosse pierre formant le pilier d’une grande porte d’entrée , avec une inscription composée de dix lettres qui nous ont paru d’origine phénicienne. Nous fîmes retirer cette pierre , et après en avoir enlevé avec soin la face sur la-
(i) Voye s la médaille de Sardus-patcr et d 'Atius Balbus ,
pi. xxxiv,yïg. i.
(a) Vnyci ci-après, liv. il, chap. i. .
(3) y^oye~ ci-après à la fin du volume , au sujet des monuaies représentées dans notre PI. XXXIX ,f> g. ■ 4. a-g-
CHAP. VII. — INSCRIPTIONS. PL. XXXII. 3*9 quelle était l’inscription, ndus fîmes transporter cette dernière au Musée de la Ville de Cagliari, à côté de l'inscription dont il a été parlé ci-dessus.
La fg. 2 est la réduction fidèle d'un calque que nous avons fait nous-méme de ce monument inédit; 'il est malheureux qu’il ne contienne que dix lettres; car il est bien difficile qu’on puisse en tirer quelque parti ; ces lettres sont assez bien conservées; la troisième de la première ligne nous paraît un fie. Nous offrons ce monument à la sagacité des érudits.
La fig. 3 offre le fac-similé , dans son format exact , d’une inscription découverte il y a quelques années à Sant-Antioeo , dans les ruines de l’ancienne Sutcis ; elle se trouve sur le bord extérieur d’un fragment de disque en marbre blanc , peut-être de Paros. Ce disque paraît avoir eu environ 0 mètre 15 cent, de rayon , sur 0 mètre 0* cent, de hauteur. C’était fort probablement la base de quelque statue. Déposé au Musée royal de Cagliari.
Nous n’entreprendrons pas d’expliquer celte légende, dont les caractères semblent se rapprocher de ceux qu’on trouve dans certaines inscriptions carthaginoises proprement dites; aussi pensons-nous que ce monument, de même que celui dont nous allons nous occuper, peuvent être regardés comme carthaginois, tandis que les deux premiers seraient plutôt phéniciens.
La ftg. 4 donne également, dans son format exact, un cachet que nous avons possédé, et qui est maintenant égaré ; il est en pierre dure (espèce de 'quartz agate blanc et opaque), et représente un lion ayant sur son dos un anneau destiné à la porter, probablement en guise d’amulette , comme on le voit dans plusieurs monuments égyptiens de ce genre; la base qui supporte ce lion est carrée, et sur la face inférieure sont gravées quatre lettres phéniciennes.
Inscription de Suicu. Fig . 3.
Cachet de Sulcis. Fig. 4*
350 LIVRE I. — MONUMENTS I»E LA l" PÉRIODE.
Ge cachet fui publié par M. l'abbé Gazzera, à, qui nous l’avons communiqué dans le temps (1). M. l’abbé Peyron , pensant que la troisième lettre de l’inscription est un Daleth , a cru y lire NTlï servitus cultus, en disant qu’il n’est pas probable que cette lettre soit un Jiesch avec laquelle il serait facile de la confondre , et que dans ce cas on formerait le mot N*OT , transitus. M. l’abbé Arri croit au contraire y lire celte dernière version hébraique qu’il interprète finis, terminus (î), mots employés dans le sens de sigillum. M. Gesenius a également inséré une copie de ce petit monument dans la PL XIV, fig. 15 de son atlas; il croit lire comme M. Peyron NT3J. Il regarde ce mot comme le nom propre de la personne qui se servait du cachet, et il -y trouve MT39. Cuilor ( Dei). (3)
Nous ne nous arrêterons pas sur les autres figures insérées dans la même planche; elles rentrent dans la. description que nous avons faite des idoles.
(i) Di un Décréta di Patronnlo e CUcntcla délia Colonia Giulia , Augusta, Usellis. Mém. de l’Acad. rovale des Sciences de Turio , tom. XXXV, pag. 3.
(a) Lap.fenicia di Nota, loc. cit. , pag. 65.
(û) Gesenius, loc. cit., pag. 161.