GÉOGRAPHIE ANCIENNE
Plusieurs géographes, anciens et modernes, nous ont transmis des travaux sur la- Sardaigne ancienne ; quelques autres écrivains , consacrant leur plume à l’histoire ou à la description de cette île , ont fait divers essais en ce genre : mais le défaut d’une carte exacte, qui leur permît de comparer les distances réelles avec celles que nous ont transmises les auteurs grecs et romains, a été un obstacle à ce que ces travaux, dont 'plusieurs ont été faits avec beaucoup de soin , d’érudition et de persévérance , puissent suffire aux exigences de l’époque actuelle. Les résultats géodésiques , auxquels nous sommes parvenu en dressant à neuf une carte de la Sardaigne , nous inspirant aujourd’hui une pleine confiance dans les rapports qui existent entre les différents points de l’île, et ces mêmes travaux , qui nous ont conduit dans tous les recoins de ce pays, nous ayant mis à même d’en étudier soigneusement tous les détails topographiques , de suivre les traces des voies romaines, de découvrir les inscriptions les plus importantes et de fouiller dans les ruines des villes anciennes , nous ne croyons pas encourir le reproche d’une trop grande présomption , si , en consacrant ce livre à des recherches sur la géographie ancienne , nous espérons mieux faire que nos devanciers.
Parmi ces écrivains, nous compterons certainement un homme très laborieux, partisan enthousiaste des études historiques et chorographiques de son pays natal, et qui vient de publier assez récemment, dans un ouvrage périodique
352 LIVRE II. — DEUXIÈME PÉRIODB. GÉOGRAPHIE, imprimé à Cagliari (1) , une suite d’articles sur la géographie de Ptolémée et sur l’itinéraire d'Antonin , pour
ce qui regarde la Sardaigne. Nous professons la plus haute estime pour les travaux de ce digne ecclésiastique , avec lequel nous avons eu plusieurs fois l'avantage de parcourir le pays; son travail, sur la géographie ancienne de l’île , est ce qui pouvait résulter de meilleur des laborieuses recherches de son auteur, et des données que l’on a eues j usqu’à ce jour sur la topographie de la Sardaigne ; mais les matériaux que nous possédons nous paraissant supérieurs de beaucoup, et nous trouvant depuis long-temps engagé à traiter ce sujet dans notre voyage , nous nous sommes décidé à publier le fruit de nos recherches, non par esprit de rivalité envers le P. Angius , mais dans l’intérêt de la science, et pour l’acquit d’un engagement contracté depuis plusieurs années (2). Nous devons dire , avant tout , que notre séjour à Paris nous a été d’une grande utilité pour le travail que nous osons présenter; car, grâce à l’obligeance de plusieurs savants estimables (3),- nous avons été à même de réunir une quantité de matériaux qu’il nous aurait été impossible de trouver ailleurs. .
(i) Biblinthrca Sarda paraissant tous les mois, sous la principale direction du'R. P. Angius, Préfet des e'coles pies, et employé à la Bibliothèque royale de Cagliari. Ce recueil périodique a commencé en octobre 1 858.
(a) Voyez l’introduction de notre première édition de i8a6. ' (5) Mous nous faisons un devoir de témoigner publiquement, à MM. Jomard et Valckeuaér, notre sincère reconnaissance pour la manière dout ces deux savants nous ont accueilli , en mettant à notre disposition leurs cartons et tous les documents qui pouvaient nous intéresser dans nos recherches. Nous nous déclarons également redevable d’une foule de renseignements précieux à M. D’Avezac , savant géographe , qui s’occupe d’une manière spéciale des itinéraires anciens.
CHAPITRÉ PREMIER. v
Positions anciennes dont l’identité est reconnue.
Ava«t d'entrer en "matière sur les déterminations des différentes positions qui sont indiquées par les anciens géographes., il sera convenable de notis arrêter d’abordstir les points dont l’identité est reconnue par les monuments, par la tradition , ou enfin par des particularités locales: Ces points, une fois établis, nous serviront comme autant dé jalons, et nous guideront dans la marche queU quefois incertaine et embarrassée que les éléments et la nature même de notre-travail nous forceront à tenir.
m * la * y ÿtl- I
Voici les localités sur lesquelles il ne saurait exister le moindre doute.
Karales ou Karalis , ville et municipc romain , actuellement Cagliari, est aujourd’hui, comme jadis, la capitale de l’île. Cette ville , depuis lors, n’a pas éprouvé dé changements notables dans sa position'; ses anciennes nécropoles,. que Ton voit encore, soit dans Iç faubourg. actuel de Santa-Tcnera, vers le nord-ouest', soit pres-de Bonaria , vers le sud-est , indiquent clairement les limites dp la ville romaine (1} et carthaginoise. Elle ne comprenait pas , dans son enceinte , la partie éfevjéé dite de nos jours le Chdteauj qui n’efct habitée que'depilis le moyen âge (2); mais, en revanche, elle s’^tqktjait^dans la plaine bien plus qu’plie ne le fait aujourd'hui , -surtout le long de
v> . ' ' • • Z. t-a-Vi :
Kl '
(i) On sait que Icstotnbcaijx étaient toujours placés, chez les Romain;, hors des portesdes villes.
fa) L’an ta T7 : voyez Tiosci, Annales de Fisc Masso. Stor. di. Sard vol. I Ô01. .
Knmlcs.
354 LIVRB II. — DEUXIÈME EÉUIODE. GÉOGRAPHIE.
l'étang. La description qu'eti fait le poète Claudien es! toni-à-fait exacte. ‘
* Tendilur. in tantum Caralis, tcnuemquc per ùndas Obvia dimittil fracturum Jlamtna collent.
Efficitur portas medium mare , tularfuc ventis. ,
. Omnibu.s'ingenli innn.suescunt stagna rccessu. (i)
.'Quant à son nom, il n'a sybi qu'une légère altération dans la transposition des deux lettres r et l ; il est bon d’observer, cependant, que les Romains, en' parlapt de cette ville , employaient bien souvent le pluriel (8) , et commençaient ordinairement Sou nom par un A 'plutôt que par un c (3). Son port', qui est encore îjujourd’bui un des beaux de la Méditerranée , paraît avoir eu jadis une étendue plus considérable; R comprenait une partie du grand étang actuellement interdite aux bâtiments construits pour naviguer dans la mer (4), et qui n’est maintenant'parcouru que par de petites' barques , dont le fond est tout-à-fait plat. (5)
yura. \ora ; cette ville passait, selon Pausanias, pour la plus
\l) De bello 'Gîldonico, vers. Sai.
(a) Cat.iar Uticœ -classent çonjeendit , et pas! diern-III C* raies in Sardiniam pervenit.:... ante diefn III calcnd. Qainctilis navet conscendit, et a Caralibus setundum terrant provectùs ad urbem urnit. Du bello Alïicanu, xom, pag. 5ig. Edente Lemaire.
(3) Qv*« domym kasaliius (inscription «le Wora, vqyesifi-aprèc, liv. ut, cbap. i, inscrip. n° 6o ) ; vi^u yo.n ducit urai.ii (Voye z ci-dessus inscript, n* i5.). ...i.Tvam» a aralvs ducit. (Payez inscrip. n* ta.) . • •
/(4) Eu iaâC, à l'époque du siège et de la prisé «lu çhâtean de Santa-Gilla, situé sur le bortl de l’étang, au nord-ouest de Cagliari, les galères de» l'issus y abordaient encore; il paraît que vers la même époque ou à |>en près , elles allaient aussi contre l’antre rire du même étang, sous Cafluterra. IHavso, Hist de Sard. , liv. tiii. • • '
.*7 ; : **, Ww ' t r r . . . n
(5) y oyez notre première partie , T édition, pag t 1 4.