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ÉTUDE SUR LES HYDRAIRES

DE LA

BAIE D’AMBOINE

PAR

Camille PICTET

D" ès Sciences.

Avec les planches I, Il et III.

Introduction

Les Hydraires qui forment l’objet de ce travail ont été récoltés pendant un séjour de deux mois et demi que j’ai fait avec le Dr M. Bedot dans l’île d’Amboine, du 26 juin au 3 septembre

La plupart des espèces sont littorales. Deux ou trois seulement ont été pêchées à une profondeur de 60 à 80 mètres, car bien que nous eussions les engins pour pêcher dans la profondeur, il nous fut impossible de les utiliser faute d’une embarcation suffisamment grande. Nous l’avons d’autant plus regretté que la zone profonde paraît être très riche en Hydraires, tandis que la zone littorale, au contraire, si abondante en autres Invertébrés de toutes classes, surtout en Anthozoaires, n’en renferme que très peu.

La plus grande partie des espèces a été récoltée à marée basse sur de vieux pilotis ou sur des Algues, soit dans la zone littorale proprement dite, peu étendue vu les faibles marées, soit dans la zone des Laminaires. Leur nombre total s’élève à 32 espèces, dont 7 Gymnoblastes et 25 Calyptoblastes. En voici la liste :

Rev. Suisse de Zool., T. I. 1893.

CAMILLE PXCTET.

Gymnoblastes

Dendrocjava Dohrni Weism. Pennaria Cavolinii Ehrbg. Syncorym crassa u. sp. Tubularia viridis n. sp.

Sphaerocoryne Bedoti n . gcu . n . sp . Myrionema amboinemis n. geu. Bougainvïllea ramosa Bened. n. sp.

Calyptoblastes

Halecium halecinum L. var.

» simplex n. sp.

» humile n. sp.

Obelia bidentata Clarke.

» geniculata L.

Clytia Johnstoni Aid.

» longicyatha Allm.

» serrulata Baie.

» noliformis M’C'rady.

» trigona n. sp.

» arboresœns n. sp.

Hebeïla lata n. sp.

» cylindriea Ldf.

Lytoscyphus junceus Allm.

Sertularia Vegæ Thompson d’A.

» complexa Clarke.

„ » gracilis Hassal, var.

» moluccana Pictet.

» tubitheca Allm.

Plumularia secundaria L.

» halecioides Aid.

» strictocarpa n. sp.

» plagiocampa il. sp.

Aglaophenia disjuncta n. sp.

Lytocarpus phÛippinus Kchp.

Avant de passer à la description de ces espèces, nous dirons quelques mots de leur distribution géographique, puis nous ajouterons à la fin quelques notes morphologiques et histologiques sur une des espèces nouvelles, le Myrionema amboinensisy qui s’écarte passablement du type ordinaire.

Distribution géographique

La rade d’Amboine, dont la faune est certainement une des plus riches du globe, est, comme nous l’avons dit, assez pauvre en Hydraires littoraux. En effet, des recherches minutieuses, poursuivies journellement pendant plusieurs semaines, n’ont

HYDRAIRES d’aMBOINE.

fourni qu’une récolte d’une trentaine d’espèces, dont la plupart sont de petite taille. Il est certain que ces animaux affectionnent particulièrement les eaux tempérées et même froides, car nous voyons déjà en Europe le nombre des Hydr aires s’accroître à mesure que nous nous dirigeons vers le Nord.

Ce n’est pas seulement la quantité des espèces, mais bien aussi leur taille qui diminue dans les eaux tropicales. Ce fait a déjà-été remarqué par Korotneff pour la faune d’eau douce 1 . On le voit également se reproduire dans nos mers d’Europe, où beaucoup d’espèces des mers froides, appartenant à diverses classes d’animaux, sont plus grandes que leurs congénères vivant dans les eaux tempérées. Nous citerons seulement comme exemple les Lucernaires géantes du Spitzberg qui ont été décrites dernièrement par Antipa 2 . A part une seule exception, le Lytocarprn philippmus qui atteint plusieurs pieds, les Hydraires d’Amboine sont de petite taille et chez les espèces cosmopolites qui s’y rencontrent, les dimensions sont souvent bien inférieures à celles des formes européennes. Ce fait est d’autant plus curieux que dans une autre classe de Cœlentérés, les Anthozoaires, les colonies prennent au contraire un développement extraordinaire dans les eaux tropicales.

Il est un fait qui peut, dans une certaine mesure, expliquer la rareté des Hydraires dans la baie d’Amboine, c’est le peu de développement de la végétation qu’on observe dans les zones littorales. Les Zostères n’y sont représentés que par quelques •touffes éparses et les Algues y sont aussi très rares, comparativement à l’énorme développement des Anthozoaires qui refoulent presque complètement la flore sous-marine. Comme la plu-

1 A. Korot.neff, Compte rendu d’un voyage scientifique aux Indes néerlandaises. Bull. acad.roy. Belgique (3), tome 12, n° 11, 1886.

i Gr. AntipAj Die Lucernariden der Bremer Expédition nach Ostspitzbergen imJahre 1889. Z. Jahrbücher. System. Abth., 6 Bd. 1892, p. 377-396, pl. 17

CAMILLE PICTET

part des Hydraires littoraux vivent sur des végétaux, il est certain que leur rareté n’est pas étrangère à cette cause.

Parmi les 32 espèces récoltées à Amboine, 12 sont nouvelles et deux d’entre elles, la Sphaerocoryne Bedoti et le Myrtonema amboinensis constituent des genres nouveaux. Cette dernière doit même être placée dans une nouvelle famille. Nous avons dû en outre établir le nouveau genre Lytoscyphus pour quelques espèces que l’on rangeait jusqu’à présent dans le genre Gampanularia sur l’examen du squelette, mais que la connaissance des hydranthes et des gonophores oblige à placer dans un genre distinct.

Parmi les 20 espèces déjà connues, 11 se trouvent dans les mers d’Europe, 9 existent sur les rives de l’Amérique du Nord et 7 ont été trouvées en Australie ou dans l’Océan Indien. Quelques-unes sont entièrement cosmopolites et vivent aussi bien dans les eaux chaudes que dans les eaux froides, ainsi les Obelia geniculata , Glytia Joknstoni et Bougainvillea ramosa. D’autres ne se rencontrent que dans les eaux tropicales de l’ancien et du nouveau monde et il est intéressant de retrouver dans la faune indo-australienne, des espèces habitant le golfe du Mexique, par exemple la Glytia longicyatha et les Sertularia complexa et tubüheca.

Il y a en outre deux Hydraires dont la présence dans la baie d’Amboine est d’un grand intérêt pour la distribution géographique du groupe , ce sont les Dendroclava Bohrni et Pennaria Gavolinii. Ces deux espèces vivent côte à côte sur les mêmes® rochers dans la baie de Naples et c’est un fait certainement curieux que leur présence simultanée à Amboine, où on les retrouve également toujours associées l’une à l’autre. La comparaison avec des exemplaires récoltés à Naples ne laisse aucun doute sur leur identité.

La Dendroclava Bohrni n’a été jusqu’à présent trouvée que dans la Méditerranée. Quant à la Pennaria Gavolinii, l’examen

hydrair.es d’amïîoine. 5

minutieux d’un grand nombre d’individus provenant, soit de Naples soit d’Amboine, comparés aux descriptions des autres espèces de Pennaria connues, nous ont fourni la certitude que le nombre des espèces de ce genre doit être considérablement réduit. Ainsi les Pennaria australis Baie, rosea Ldf. et symmetrlca Clarke, ne sont que des variétés à peine sensibles de la Pennaria CavoUnii Ehrbg, dont la distribution géographique s’étend ainsi, outre la Méditerranée et les Moluques, à l’Australie et à l’Amérique centrale. Il est probable qu’on retrouvera cette espèce dans la plupart des mers tropicales et il sera intéressant de voir si elle est partout accompagnée de la Dendroclava Dohrni. Cette dernière, étant très petite, peut avoir facilement échappé jusqu’ici à l’attention des observateurs.

D’après ce que nous venons de voir, le genre Pennaria paraît habiter exclusivement les mers chaudes. Sa limite septentrionale est la Méditerranée ; encore faut-il remarquer qu’on l’y observe seulement pendant les mois d’été et que dans les grandes colonies récoltées à Naples, tous les hydranthes disparaissent au commencement de la saison froide.

Nous citerons encore, comme particulier à la baie d’Amboine, le grand développement du genre Clytia , représenté par 6 espèces dont 2 sont nouvelles et dont 3 autres avaient été placées dans d’autres genres, à cause de l’absence des gonophores. La plupart de ces espèces s’écartent de la forme typique et très simple de la Clytia Johnstoni pour former des colonies plus ou moins arborescentes. Au contraire, nous ne trouvons aucun représentant du genre Campamdaria dans la baie, ce qui est assez remarquable, car dans les autres mers il est généralement beaucoup plus riche en espèces que le genre Clytia .

CAMILLE PICTET

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