‹ Voyage scientifique dans l'Archipel MalaisChapitre 2 sur 97 · DESCRIPTION DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES ESPÈCES

APORINA

Fam. Oculininae.

Gen. Cyathohelia.

Gyathohelia axillaris (Eli. et Sol.).

(PI. t, fig. 1 à 3).

Une colonie dendroïde (fig. 2) mesurant 7cm de hauteur et 10 X llcm de largeur, semble être formée de plusieur gros troncs réunis en une masse basale commune de 3,5 X 5om de largeur. A environ 3cm de son point d’attache, cette masse basale donne naissance à plusieurs branches de 5 à 15mm de diamètre, qui se ramifient dichotomiquement. Les calices sont placés aux points de bifurcation, soit à l’aisselle des branches et rameaux. D’après M. Edwards (1857-60, vol. 2, p. 110) « la gemmation s’opère avec beaucoup de régularité; les bourgeons naissent

M. BEDOT

deux à deux, l’un vis-à-vis de l’autre, aux côtés des calices, de façon que l’ensemble présente les caractères d’une inflorescence en cyme dichotome. » Mais il faut ajouter que, dans la plupart des cas, un des bourgeons se développe plus que l’autre qui, parfois même, peut s’atrophier. Les calices sont souvent assez éloignés les uns des autres; ils peuvent être séparés par un intervalle de 5 à 10mm. Le tronc et les branches sont daine couleur blanche et paraissent être tout à fait lisses. Mais, lorsqu’on les examine au microscope, on voit que leur surface est garnie de très fines aspérités et qu’elle présente, en outre, de faibles stries longitudinales (fig. 3) qui s’accentuent un peu au voisinage des calices où elles représentent les sillons séparant les côtes. Les jeunes calices ont une forme turbinée. Plus tard, en s’accroissant. et par suite de la compression exercée sur eux par les rameaux voisins, ils prennent la forme d’une ellipse comprimée au milieu. Leurs dimensions maximales sont alors de 10 X 6mm. Les calices (fig. 1 et 3) ont 4 cycles de septes, mais le dernier cycle est souvent incomplet. Les septes sont arrondis à leur partie supérieure et dépassent le bord de la muraille de quelques dixièmes de millimètre. Leur bord libre, qui est à peu près vertical, paraît uni, mais lorsqu’on l’examine au microscope on voit qu’il est garni de dents très fines. Les faces latérales des septes portent de très petites granulations disposées en séries qui se dirigent vers les bords libres.

Les septes des deux premiers cycles, qui ont à peu près la même taille, sont un peu plus épais et plus grands que ceux du troisième. Les septes du quatrième cycle sont plus petits et plus minces que les autres.

La columelle est formée de 8 à 15 papilles un peu allongées et arrondies à leur extrémité.

Les palis ont également la forme de papilles arrondies à leur extrémité, légèrement comprimées et s’élevant un peu plus haut que la columelle. Ils sont reliés, dans la profondeur du calice,

MADRKPORAIRES

au bord interne des septes. Il y a normalement 24 palis, mais ce nombre varie quelquefois. Lorsque les calices ne sont pas trop déformés par la compression (fig. 1), on peut voir que les palis sont disposés alternativement sur deux cercles concentriques, le cercle interne étant formé par les palis des deux premiers cycles et l’externe par ceux du troisième cycle qui sont un peu plus élevés que les autres. Le quatrième cycle n’a pas de palis.

Les côtes, très peu apparentes, ne sont indiquées, près du bord des calices, que parles sillons qui les séparent.

Fam. Pocilloporinæ (entend. Ogilvie).

Gen. Stylophora.

Stylophora digitata (Pallas).

(PI. 1, fig. 4 à 7).

Deux colonies cespiteuses de cette espèce mesurent, l’une 8 , l’autre 10cm de hauteur et toutes les deux 8 X 10cm de largeur. Leur base, de 33 X 44mm et 16 X 18 mm, s’élargit pour former une masse basale d’où partent de nombreuses branches et rameaux dont le diamètre variable atteint 16mm. Les branches, subcylindriques ou un peu comprimées, sont ramifiées (fig. 5). Elles ont de nombreuses bifurcations et, souvent aussi, se divisent en trois rameaux qui peuvent diverger ou rester dans le même plan. Dans ce dernier cas (fig. 6), lorsque les rameaux sont un peu comprimés, les branches ont Pair d’être palmées à leur extrémité. Mais les rameaux peuvent aussi être cylindriques. Us se soudent rarement les uns aux autres; cependant, cela n’est pas une règle générale.

Les calices (fig. 4 et 7), répartis sur toute la colonie, sont circulaires et mesurent 1 à lmm,5 de diamètre. Ils sont placés quelquefois côte à côte mais, le plus souvent, sont séparés par un

M. BEDOT

intervalle de 0mm,7 à lmm,5. On compte 50 à 80 calices dans un centimètre carré. Ceux qui occupent la région moyenne des branches sont placés perpendiculairement à l’axe de la branche. Vers l’extrémité des rameaux, ils se redressent souvent et leur axe forme, avec celui du rameau, un angle aigu. En outre, dans cette région distale, les calices sont souvent serrés les uns contre les autres.

Le cœnenchyme entoure complètement les calices qui ne laissent dépasser qu’une petite partie de leur bord. Cette margelle est généralement plus élevée sur le côté du calice tourné vers l’extrémité distale des branches, que sur le côté opposé où elle disparaît souvent complètement. Dans ce dernier cas, les calices paraissent être surmontés d’une saillie labiale. Mais il faut remarquer que cette disposition de la margelle n’est nullement constante car, dans certaines régions de la colonie, elle a une hauteur égale sur tout le pourtour des calices, et dans d’autres régions (près de la base) elle peut faire défaut. Les septes forment de petites proéminences sur la margelle qui porte, en outre, de fines épines souvent disposées régulièrement. Les calices ont un seul cycle de 6 septes. Ce nombre varie très rarement et nous n’avons observé que deux cas dans lesquels les calices avaient 12 septes.

Le bord des septes, sur lequel on voit quelquefois de petites épines, s’avance très peu vers l’intérieur; il descend presque verticalement et, arrivé au fond de la cavité, se recourbe pour venir aboutir à la columelle styliforme ou conique. Celle-ci porte souvent de petites aspérités à son sommet; elle a une hauteur variable.

Le cœnenchyme intercalicinal a une surface plane, hérissée de petites épines effilées et nettement séparées les unes des autres. Elles sont le plus souvent placées sans ordre apparent, mais parfois se disposent de manière à former, autour des calices, un dessin polygonal plus ou moins régulier (fig. 4). Bien que cette

MADRKPOR AIRES

disposition du eœnenchyme soit très caractéristique et se présente sur ia plus grande partie de la colonie, on observe parfois, en certains endroits, une autre structure. Les calices sont alors entourés d’un eœnenchyme formant des alvéoles polygonaux ou de formes et de dimensions diverses (fig. 7).

Il en résulte un aspect tout à fait différent de celui que l’on voit dans le reste de la colonie (Comp. fig. 4 et 7); mais, en réalité, il s’agit d’un simple stade de développement du cœnenchyme, correspondant à une période d’accroissement des calices.

La margelle ayant dépassé sa hauteur normale, il se dépose, entre les épines du eœnenchyme intercalicinal, de petites cloisons calcaires verticales qui forment les parois des alvéoles et les relient à la margelle. On peut encore distinguer, de distance en distance, sur le bord supérieur de ces cloisons, les pointes des épines. Un plancher horizontal viendra plus tard recouvrir les alvéoles et diviser les cavités calicinales. Ces planchers, bien développés, se voient facilement sur des coupes de rameaux. L1 examen des spécimens de Stylophora dïgitala et pistülata qui se trouvent au Muséum d’Histoire naturelle de Paris nous permet de croire que ces deux espèces sont synonymes. Le seul caractère qui les différencie est le fait que la saillie labiale est plus prononcée chez S. digitata que chez S. pistülata. Mais nous venons de voir que ce caractère est très variable.

Gen. Pocillopora.

Pocillopora elegans Dana.

(PL â, fig. 8 à 13).

Nous avons trouvé une seule colonie de cette espèce (fig. 8 à 10). Elle est fixée sur un vieux morceau de bois (mesurant 13cm,5 de long, 3cm,5 de large et 8mm d’épaisseur) que sa base étalée recouvre et entoure presque complètement. Aux deux extrémités

M. BEDOT

du support, cette base forme une couche très mince. Son épaisseur, de l à 3mœ, augmente ensuite progressivement pour atteindre lcm,5 au maximum. Sur cette base prennent naissance de grosses branches, très courtes, épaisses et généralement un peu comprimées. Ce sont plutôt de gros lobes que de véritables branches. Ils sont garnis d’ « éminences verruciformes » (M. Edwards) qui peuvent être considérées comme de jeunes rameaux. Une de ces branches, la plus grande, mesure au maximum 4cm de longueur, 4cm,5 de largeur, 18mm d’épaisseur à la base et lcru d’épaisseur à 5niûl du sommet. Les rameaux verruciformes dont elle est garnie font défaut sur son sommet. Les autres branches, de 2 à, 3cm de hauteur, ont une forme assez variable, quelquefois légèrement comprimée, ou ressemblant à de gros mamelons bosselés dont la base est parfois un peu rétrécie. Les rameaux verruciformes peuvent être répartis sur toute la surface de la branche (ou mamelon) ; mais souvent aussi, ils ne s’étendent pas jusqu’au sommet qui reste nu (fig. 11). On en voit également qui prennent naissance directement sur la couche basale de la colonie. Ces rameaux verruciformes (fig. 13) ont, en moyenne, 2 à 4mm de hauteur et 2 à 3mm d’épaisseur. Quelques uns d’entre eux dépassent ces dimensions et semblent destinés à se développer et à former plus tard, des branches. Us ont, en général, la forme de petits cônes, à sommet arrondi ; mais, lorsqu’ils s’accroissent, ils peuvent prendre uue forme un peu comprimée, quelquefois même se bifurquer ou donner naissance, à leur tour, à de petites éminences verruciformes.

Les rameaux verruciformes sont beaucoup moins nombreux, généralement même absents, dans les intervalles qui séparent les branches. Les calices sont petits et mesurent 0ram,5 à lram. Ils sont plus ou moins serrés les uns contre les autres de sorte que, suivant la région de la colonie que Ton examine, on en compte de 60 à 180 par centimètre carré. Leur forme et leur disposition sont très variables.

MADKKPORAIRKS

Aux deux extrémités de la colonie, dans la région où sa base s’étend en une couche mince recouvrant le support, les calices sont à peu près circulaires et entourés d’une niasse plus ou moins considérable de cœnenchyrne dans lequel ils sont complètement enfoncés (fi g. 12). Le fond de leur cavité est formé d’une masse calcaire légèrement granuleuse au centre de laquelle s’élève en général une columelle dont la forme varie beaucoup. Elle peut être plus ou moins épaisse et haute, parfois recouverte, surtout à son extrémité, de petites aspérités. Sa base est large ou étroite, circulaire ou elliptique. Mais la columelle fait souvent défaut. La paroi interne de la cavité calicinale est recouverte de très petites aspérités épineuses. Il est possible qu’elles représentent les septes, mais leur répartition n’est nullement régulière et l’on ne peut pas y reconnaître une disposition en cycles.

Dans la région centrale de la colonie et sur les branches, les calices ont un aspect différent. Ils ne sont pas entourés de cœnenchyrne, mais serrés les uns contre les autres (fi g. 11) et séparés seulement par de très minces cloisons dont le bord libre est droit ou garni de dentelures. Les calices ne sont plus circulaires mais prennent des formes polygonales variées. Leur cavité, dont les parois sont verticales, est fermée, en bas, par un plancher horizontal qui, souvent, n’est pas complètement formé et présente encore un trou au centre. On ne voit pas de columelle. Les parois sont complètement unies ou présentent de petites aspérités que l’on peut considérer comme des rudiments de septes.

Les calices des rameaux verruciformes (fig. 13) ont leur axe principal disposé un peu obliquement, c’est-à-dire formant un angle aigu avec l’axe du rameau. Ils sont très rapprochés les uns des autres, mais, cependant, pas aussi serrés que dans la région dont nous venons de parler, car la cloison qui les sépare est toujours assez épaisse. Cette cloison porte, sur son bord li-

M. BEOOT

bre, une ou deux rangées d’épines fines, souvent allongées et très rapprochées. La cavité calicinale va en se rétrécissant vers le fond où l’on voit, très rarement, une colnmelle. Ses parois peuvent être garnies de petites épines qui, quelquefois, se disposent en rangées régulières représentant les septes. On compte, le plus souvent, 12 séries d’épines. Il va sans dire que l’on observe, dans la disposition et la structure des calices, tous les états intermédiaires entre ceux que nous venons de décrire.

Le coenenchyme intercalicinal, dans la région où il est le plus abondant (fig. 12), a toujours sa surface garnie de granulations épineuses. Il forme une masse compacte.

Lorsqu’on examine une coupe longitudinale d’une branche (lig. 9), on voit que les calices, séparés par de minces cloisons, forment de longs tubes divisés par des planchers horizontaux en chambres superposées. La columelle est souvent visible dans la partie proximale du tube, où elle s’élève au milieu des premières chambres de la région inférieure en traversant les planchers. Mais son accroissement est plus lent que celui de la muraille et elle manque dans les chambres supérieures.

La colonie que nous venons de décrire correspond bien à celle qui a été figurée par Dana (1849, pi. 51, fig. 1) sous le nom de Pocillopora elegans. Gardiner (1897, p. 950) croit que les P grandis , elongata et elegans de Dana sont synonymes et il les réunit à P. eydouxi de MM. Edwards et Haime sous le nom de P. grandis.

Pocillopora acuta Lamk.

(PL 3, fig. 14 à 17).

Une colonie arborescente de cette espèce (fig. 14) a été cassée près de son point d’attache. Elle mesure, au maximum, 8cm de hauteur et 4,5 X 9cm de largeur. Le tronc commun, qui a l!mm de diamètre près de sa base, donne naissance à de nombreuses branches ramifiées. Elles sont terminées par des ra-

MADRÉPORAIRE

meaux légèrement coniques dont la longueur varie de 2 à B111111 avec un diamètre moyen de 2mm ; ils ne sont pas placés, sur les branches, d’une façon régulière. Une autre colonie (fig. 15), plus jeune, cespiteuse, mesurant 35mm de hauteur et 36 X 51mm de largeur est fixée sur une pierre par une base élargie (de 27 X 30mm) et se divise immédiatement en plusieurs branches ramifiées, sans que l’on puisse distinguer un tronc commun. On n’observe pas de soudures de rameaux dans ces colonies.

Les calices, de O11™, 5 à lmm, sont circulaires ou quelquefois elliptiques. A l’extrémité des rameaux, ils sont généralement polygonaux. On en compte 50 à 70 par centimètre carré sur les grosses branches, où ils sont placés irrégulièrement (fig. 16) et séparés les uns des autres par des intervalles de grandeur variable et atteignant au maximum lmm. A l’extrémité des rameaux, les calices sont serrés les uns contre les autres (fig. 17).

Lorsque les calices ne sont pas contigus, ils sont enfoncés dans le cœnenchyme intercalicinal où ils forment une dépression peu profonde dont les bords sont généralement arrondis; il n’y a donc pas de margelle (fig. 16).

Les septes sont représentés par de petites épines qui atteignent rarement 0mm,l de longueur et peuvent former des rangées assez régulières ; on trouve en général 12 rangées ou un nombre très voisin. Mais ces épines sont souvent disposées irrégulièrement et quelquefois même elles font défaut.

Le fond de la cavité calicinale est occupé par une masse calcaire portant de nombreuses granulations, ou de très petites épines. On voit quelquefois, au centre, une granulation plus grosse que les autres, mais sans forme bien définie, qui représente la columelle.

Le cœnenchyme intercalicinal forme une surface unie, garnie de petites épines disposées parfois avec une certaine régularité ; elles sont bien distinctes et séparées les unes des autres.

A la surface du tronc et des grosses branches, ces épines sont

M. REDOT

très petites et ressemblent plutôt à de simples granulations. Mais dans la région distale des branches, elles sont plus grandes et nettement visibles.

Vers l’extrémité des rameaux (fig. 17), les calices étant très rapprochés les uns des autres, le cœnenchyme est peu abondant. Il peut même faire défaut, les calices voisins n’étant plus séparés que par une mince lame, garnie d’épines à son bord supérieur, et qui représente les murailles accolées.

Gen. Seriatopora.

Seriatopora hystrix Dana.

(PI: 3, fig. 18 à 22).

Cette espèce est représentée dans notre collection par plusieurs colonies cespiteuses plus ou moins complètes. Celle qui, d’après la grosseur, paraît être la plus âgée est très incomplète (fig. 19). Ses plus grandes branches, cylindriques ou subcylindriques mesurent 10 à llcm de longueur et 6mm de diamètre. Elle est caractérisée surtout par le fait que ses branches se ramifient très irrégulièrement, se soudent fréquemment et donnent naissance à des rameaux droits ou recourbés, coniques ou effilés, dirigés dans tous les sens et dont la longueur est variable.

Les calices sont généralement disposés en séries longitudinales assez régulières sur les rameaux et dans la région distale des branches, mais très irrégulières dans leur région proximale. Le nombre de ces séries varie de 4 à 10, mais on en trouve le plus souvent 6, 7 ou 8.

Les calices, circulaires, mesurent 0mm,4 à 0mm,7 de diamètre. Ils sont implantés dans le cœnenchyme dont ils dépassent légèrement la surface de façon à former une petite margelle garnie d’épines très fines. Dans certains cas, la partie de cette margelle qui est tournée du côté distal des branches est très déve-

MADHÉPORAUltS

loppée, tandis que la partie opposée l’est beaucoup moins ou même manque complètement. Le calice paraît alors être surmonté d’une lèvre saillante (M. Edwards). Mais ce caractère qui est quelquefois très marqué sur certaines branches, peut aussi manquer complètement sur d’autres branches de la même colonie où les calices ont une margelle d’égale hauteur sur tout son pourtour. (Comp. fig. 20, 21 et 22 représentant 3 rameaux de la même colonie).

La cavité calicinale, dont les parois sont souvent à peu près verticales, a une profondeur variable, suivant l’état de développement du dépôt calcaire qui se forme au fond. La columelle plus ou moins élevée et en forme d’épine comprimée, a une base allongée dans le sens de l’axe de la branche. Quant à la disposition des septes, elle présente des variations considérables. Quelques calices en sont absolument dépourvus. D’autres ont des rangées verticales de très petites épines, qui peuvent être soudées et former des lames plus ou moins régulières, très peu proéminentes et représentant les septes. On compte souvent 6 rangées d’épines ou 6 septes, — c’est-à-dire un seul cycle. — mais souvent aussi, il vient s’en intercaler d’autres en nombre variable. Les septes placés aux extrémités de la base de la columelle sont parfois plus grands que les autres. Enfin, certains calices ont souvent, sur leur paroi, de petites épines ou aspérités dont le nombre et la disposition n’ont rien de fixe.

Les calices d’une même série sont très rapprochés les uns des autres. Ils sont souvent contigus. Lorsqu’il existe un espace entre eux, il atteint rarement une longueur égale à celle du diamètre d’un calice. Quant aux séries elles-mêmes, elles sont plus ou moins rapprochées suivant leur nombre. Il est rare que l’intervalle qui les sépare dépasse 15mm.

Le cœnenchyme intercalicinal a, sur les grosses branches, une surface plane couverte de petites épines, minces et pointues, bien distinctes et nettement séparées les unes des autres. Ces

M. BKI)OT

épines peuvent être placées sans ordre apparent ou, au contraire se disposer dans certaines parties de la colonie — surtout dans la région distale — avec une certaine régularité. Dans ce cas, on voit souvent une rangée d’épines occuper la ligne médiane de l’espace qui sépare deux séries de calices (fig. 21). Lorsque ces séries sont très rapprochées, les épines de la rangée médiane s’unissent souvent de façon à former une crête dentelée. Enfin, à l’extrémité des rameaux, les calices sont si rapprochés les uns des autres qu’il n’y a plus de place entre eux pour des épines du cœnenchyme.

L’accroissement du cœnenchyme peut amener des modifications de la structure externe et donner aux branches et rameaux un aspect bien différent de celui que nous venons de décrire. Des dépôts calcaires viennent s’accumuler entre les épines du cœnenchyme et des calices. Lorsqu’ils sont assez abondants (fig. 22), les épines du cœnenchyme ne paraissent plus être que de très petites proéminences de la surface, et celles qui se trouvaient sur les calices sont soudées de façon à former une lame circulaire cannelée, dont le bord libre est très légèrement dentelé et souvent même tout à fait droit.

La colonie que nous venons d’étudier nous a montré de nombreuses variations dans la forme et les dimensions des rameaux, dans l’inclinaison du plan de l’ouverture des calices, et, dans la structure externe du cœnenchyme. Or, ce sont là les caractères principaux sur lesquels on s’est basé, jusqu’à présent, pour la détermination des espèces. D’autre part, Dana (1849, pi. 49) a montré par de bonnes figures (fig. 3 et 3a) que la disposition générale des branches et rameaux pouvait être très différente à l’intérieur et à l’extérieur d’une colonie. Il est donc fort probable que le nombre des espèces de Seriatopores devra être fortement réduit lorsqu’on aura étudié avec plus de soins qu’on ne l’a fait jusqu’à présent, les variations qui peuvent s’observer dans une seule et même colonie. Les matériaux que nous avons à

MA DREPORAIRES

notre disposition ne^sont malheureusement pas suffisants pour nous permettre d’entreprendre une discussion des espèces. Nous nous bornerons à faire remarquer que Seriatopora subulata, et cervina présentent une très grande ressemblance avec S. hystrix et en sont probablement synonymes.

Dans notre collection se trouve une colonie (fig. 18) qui, à première vue, nous avait semblé devoir appartenir à une autre espèce que S. hystrix . Elle forme un petit buisson large de 5cm,5 X 8em et haut de 6cm. Les plus grosses branches ont 4mm de diamètre et leurs rameaux forment, avec les branches, des angles de diverses grandeurs, mais généralement aigus. Les calices ont un diamètre maximal de 0nim,8. On compte, le plus souvent, 5 ou 6 séries de calices, assez régulières. Le plan de l’ouverture des calices est quelquefois un peu incliné de sorte que la margelle est plus élevée du côté supérieur. La columelle est bien développée et les septes présentent les mêmes variations que nous avons décrites plus haut. Les épines des calices et du cœnenchyme sont toujours très bien développées.

En somme, bien que l’aspect général de cette colonie soit un peu différent de celui des autres Seriatopores récoltés à Amboine, nous ne trouvons, dans sa structure, aucun caractère qui nous empêche de la rapporter à S. hystrix. La différence d’aspect est due probablement au fait qu’il s’agit d’une très jeune colonie.

Faim Astræinæ.

Gen. Euphyllia.

Euphyllia rugosa Dana.

(PI. 4, fig. 23 à 27).

Nous avons récolté plusieurs spécimens de cette espèce. La plus grande colonie (fig. 2,3 et 24) mesure 10cm X 7om,5 de lar-

M. BKDOT

geur et 5cm de hauteur. Sa forme générale^ est à peu près hémisphérique. La surface par laquelle elle était fixée mesure environ 28 X 35mm, tandis que, dans les autres spécimens, elle est beaucoup plus petite. La hauteur de la masse commune basale ne dépasse guère 2 à 3cra.

Les individus de la colonie se reproduisant par fissiparité peuvent être libres sur une plus ou moins grande longueur de leur région distale ou être unis par le bord de leur calice en chaînes droites, sinueuses ou ramifiées. Le nombre des centres calicinaux que Ton peut distinguer dans ces chaînes, ne dépasse pas 4 ou 5.

Les calices sont généralement évasés. Leur ouverture mesure 10 à 25nun de largeur; elle a une forme très variable et, le plus souvent, sinueuse. Lorsqu’on les regarde de profil (fig. 24), leur bord paraît irrégulier et l’on peut voir la partie supérieure des grands septes. Mais ceux-ci ne s’élèvent guère à plus d’lmm audessus du bord des calices et souvent même ils ne le dépassent pas.

La muraille est très mince ; elle ne semble pas atteindre plus de 0miu, 5 d’épaisseur. Sa paroi externe porte des côtes très étroites et de hauteurs inégales. Celles qui correspondent aux premiers cycles de septes sont bien développées et généralement visibles jusqu’à la base du polypier, mais elles n’ont pas une hauteur régulière. Leur sommet peut s’élever à 0mm,8, puis s’abaisser pour s’élever de nouveau plus loin. Les sommets des côtes voisines sont souvent placés sur une même ligne transversale. En outre, les points d’élévation minimale des côtes voisines peuvent se trouver également sur une même ligne transversale et correspondre à une légère dépression de la muraille. On a alors de véritables sillons transversaux. Mais cette disposition est moins accentuée sur nos colonies que sur celle qui a été figurée par Dana (1849, pl. 6, fig. 3 b). Examinée au microscope, la paroi externe de la muraille ne paraît pas lisse, mais recouverte, ainsi que les côtes, de très petites granulations disposées irrégulièrement.

MADRÉ POR AIRES

Les calices ont 5 cycles de septes (fig. 26), le dernier cycle est souvent incomplet. Les septes des deux premiers cycles sont à peu près de même grandeur ; ils s’étendent jusqu’à une très petite distance du centre du calice. La forme des septes n’est pas très régulière; leur bord supérieur est plus ou moins arrondi et le bord interne à peu près vertical. Ils sont rarement tout à fait droits : les grands septes, surtout, se recourbent d’un côté ou de l’autre et leur bord interne est souvent replié.

Les septes sont très minces ; leur épaisseur maximale dépasse rarement ümm,5. On en compte 12 à 19 sur une longueur de lcm. Quelquefois leur bord interne est un peu épaissi. Les parois latérales portent généralement des granulations très petites qui sont surtout nombreuses près du bord libre. Elles peuvent aussi se placer sur le bord même qui. dans ce cas, a l’air d’être très finement dentelé; mais il est souvent tout à fait droit.

On voit quelquefois sur les septes de légères stries parallèles au bord libre.

Il n’y a pas de columelle. La cavité calicinale a une profondeur qui est généralement plus grande que la largeur du calice.

Les dissépiments, ou traverses endothécales, sont bien développés dans la région interseptale (fig. 25). Ce sont de minces lames légèrement recourbées, disposées obliquement et avec des inclinaisons diverses de sorte qu’en se recouvrant elles laissent entre elles un petit espace libre. Elles forment ainsi un tissu vésiculeux qui occupe le fond du calice (fig. 27) et s’élève, en diminuant progressivement d’épaisseur, le long de la paroi interne de la muraille. Il s’arrête à une distance plus ou moins grande du bord du calice.

En général les Euphyllies n’ont pas d’épitlièque. Cependant, on voit quelquefois, surtout dans la région proximale de la colonie, des places irrégulières qui semblent être recouvertes d’un très mince enduit épitbécal .

Voyage. Vol. 2.

M. BJCDOÏ

Euphyllia striata ressemble beaucoup à E. rugosa. Il est possible que ces deux espèces soient synonymes.

Euphyllia fimhriata (Spengler).

(PI. 5, fi g. 28 à 34).

Un bel échantillon de cette espèce (fig. 28, 30 et 31) a une forme subcirculaire et convexe. Il atteint 25cm de largeur et 12cm de hauteur.

De sa base, mesurant au maximum 40 X 57mm, s’élève une grosse lame qui, en s’accroissant, forme de nombreux plis ramifiés. Elle est constituée par l’ensemble des calices qui restent tous unis, et dont les ouvertures forment une longue série ou vallée sinueuse et ramifiée. La largeur de cette vallée est au maximum de 31mm et au minimum de 13“™.

Les faces de la lame commune sont à peu près parallèles. Elles ne s’évasent pas, près du bord des calices, sauf dans les endroits ou de nouveaux plis commencent à se former.

La paroi externe de cette lame, c’est-à-dire de la muraille, examinée au microscope, montre une structure granuleuse. On y voit également des côtes longitudinales à peine saillantes qui sont un peu mieux marquées dans la région voisine du bord des calices (fig. 29) où elles ont une hauteur irrégulière, mais ne dépassant guère 0mm,5.

Le bord libre de la muraille est quelquefois à peu près droit. Le plus souvent, il paraît irrégulièrement dentelé. Cet aspect est dû au fait que les septes dépassent le bord de la muraille de 2 ou 3 dixièmes de millimètres. Les septes, qui forment deux séries parallèles, ont leur bord supérieur très peu incliné vers le centre. Quant au bord interne, il descend à peu près verticalement au fond du calice. La hauteur comprise entre l’angle formé par les bords supérieurs et les bords internes des septes et le niveau du bord supérieur de la muraille est au maximum de 8mm.

MÀDRÉP0RAIRE9

Lesseptes s’accroissant beaucoup, leur longueur devient bientôt plus grande que la distance comprise entre la muraille et le milieu de la vallée calicinale. Ils sont alors obligés de se recourber, souvent même très brusquement (fig. 32 et 34). Leur partie interne qui s’étend dans une direction parallèle à la muraille est, quelquefois, chez les septes des premiers cycles, aussi longue que la partie externe. Elle se dirige, en général, vers le centre du calice auquel appartient le septe.

Les bords libres des septes ne sont pas dentelés ; ils forment une courbe assez régulière mais qui, cependant, présente parfois quelques sinuosités. Quant aux parois latérales, lorsqu’on les examine à l’œil nu, elles semblent avoir une surface lisse mais, sous le microscope, on voit qu’elles sont recouvertes de petites granulations qui se disposent généralement en rangées parallèles au bord libre.

Les septes sont minces ; ils dépassent rarement 0mm,5 d’épaisseur. Ils sont assez rapprochés les uns des autres ; on en compte 12 à 14 sur une longueur de lcm.

Dans la plupart des cas, on peut déterminer l’emplacement des centres calicinaux d’après la direction des replis internes des septes; mais il arrive quelquefois que les replis des septes de deux rangées opposées soient dirigées en sens inverse (fig. 32); il est peu probable, cependant, que des septes placés vis-à-vis les uns des autres appartiennent à des centres calicinaux différents.

Le nombre des cycles paraît être de 4 à 6.

Les traverses endothécales (fig. 33) sont bien développées et disposées à peu près de la même façon que chez E. rugosa.

Euphyïlia picteti n. sp.

(PI. 6, fig. 35 à 38).

Le spécimen que nous décrirons sous ce nom (fig. 35 et 36) mesure 9cm,5 de hauteur. Sa largeur atteint, au maximum, 15cm

M. BEDOT

X 10cni. La partie inférieure de la colonie présente une sorte de pédoncule en forme de cône renversé et séparé du reste de la colonie par un sillon transversal (fig. 35). Il est haut d’environ 3cm et sa partie inférieure, très amincie et recourbée, mesure à son extrémité 10X5mm; il est probable qu’il n’était plus fixé au substratum. De ce pédoncule, formé vraisemblablement par le zoïde primitif de la colonie, s’élève une lame qui, en s’accroissant, s’élargit et se replie, mais sans se ramifier. Son bord libre forme une longue vallée calicinale qui s’est repliée trois fois sur elle-même (fig. 36). La face supérieure de la colonie est convexe. Si l’on projette la vallée calicinale sur un plan, on obtient une figure que l’on peut ramener au schéma A. On y remarque que la vallée calicinale n’est pas absolument continue. Un centre calicinal s’est isolé (à droite). Mais il s’est séparé de ses voisins à une époque récente et si l’on avait fait une coupe

horizontale de la colonie 10 ou 15mm au-dessous de sa face supérieure, on aurait obtenu une vallée calicinale continue et telle que l’indique la ligne pointillée du schéma.

La vallée calicinale est sinueuse; elle mesure de 20 à 36mm de largeur. Les replis qu’elle forme sont très rapprochés les uns des autres ; l’intervalle qui les sépare peut avoir de 3 à 2 O11110 de largeur. La muraille, garnie de fines granulations, porte des côtes longitudinales généralement bien visibles de la base au sommet de la colonie. Elles sont souvent très développées et épaisses près du bord libre de la vallée calicinale (fig. 37) où elles peuvent atteindre 2mm de hauteur et 2mm,5 d’épaisseur. Mais

Schéma A.

MADRÉPOR AIRES

leurs dimensions sont beaucoup plus faibles dans les autres régions.

Les septes dépassent toujours la muraille et peuvent s’élever, au maximum, de 4mm au-dessus d’elle. Leur partie supérieure décrit une courbe arrondie se continuant, sans transition brusque, pour former le bord interne, qui est droit ou un peu sinueux. Ces sinuosités peuvent accidentellement être anguleuses (fi g. 38), mais cependant il n’y a pas de véritables dents. Le bord interne n’est jamais vertical, mais plus ou moins incliné. L’inclinaison est souvent très forte; dans ce cas, on voit facilement le fond de la cavité calicinale qui est profonde et paraît très évasée (fig. 35 à droite).

Le bord libre des septes est mince, mais leur région centrale a une épaisseur qui peut atteindre 2ram.

Dans la partie supérieure des calices, les septes ne sont pas habituellement repliés. En revanche, dans la profondeur, leur bord libre forme de nombreux petits replis, souvent déchiquetés, dirigés dans tous les sens, de forme et de grandeur variables. Ces replis s’unissent les uns aux autres et arrivent à combler le fond de la cavité calicinale en formant une sorte de pseudocol umel le (fig. 38).

Les faces latérales des septes sont recouvertes de fines granulations, parfois disposées en lignes parallèles au bord libre près duquel elles sont très développées et nombreuses.

Les zoïdes composant la colonie sont intimément unis. Le bord libre de la lame forme donc une vallée calicinale dans laquelle il est assez difficile de distinguer les centres calicinaux. Il paraît y avoir 5 ou fi cycles de septes. Ceux des 2 ou 3 premiers cycles, plus grandes que les autres, s’étendent jusqu’au fond de la cavité et se replient comme on vient de le voir. Les autres, plus petits ne s’étendent pas jusqu’au fond de la cavité ; ils s’unissent souvent par leur partie inférieure aux septes voisins. On compte 9 à 13 septes sur une longueur de lcm.

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