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III. — Milosch Obilltch est accusé de trahison

Lazare fête sa fête patronale

A Krouchévatz, place fortifiée.

Il fait asseoir à table ses seigneurs,

Tous les seigneurs et les fils des seigneurs.

A sa main droite est le vieux Joug Bogdan, '

Et, après lui, ses neuf fils Jougovitch.

Vouk Brankovitch est à gauche du prince;

Tous les seigneurs sont placés à leur rang.

A l'autre bout est Milosch Obilitch.

A ses côtés deux voïvodes serbes :

L'un des héros est Ivan Kosantchitch,

L'autre héros est Milan Toplitza.

Lazare prend une coupe dorée,

Et parle ainsi à tous les seigneurs serbes :

« A la santé dequi boire la coupe?

« Si je veux boire la coupe à la vieillesse^

a Je dois la boire au vieillard. Joug Bogdan;

« Si je la veux boire à la seigneurie,

« Je dois la boire à Vouk, à Brankovitch ;

« Si je veux boire la oupe à l'amitié,

« Je dois la boire aux frères de ma femme,

« Mes neuf beaux-frères, les neuf fils Jougovitch.

« Si je veux boire la coupe à la beauté, '

« Je dois la boire à Ivan Kosantchitch ;

« Si je, veux boire la coupe à la stature,

« Je dois la boire à Milan Toplitza;

« Si je veux boire la coupe à l'héroïsme,

(( Je dois la bofre à Milosch Obilitch :

« A aucune autre ici je ne veux boire

a Qu'à la santé de Milosch Obilitch :

« A ta santé, Milosch, fidèle ou traître!

« D'abord fidèle, traître au dernier moment!

« Tu vas demain trahir à Kossovo ;

« Tu vas passer au sultan turc Mourad !

a A ta santé! tu vas boire le vin, .

« Et je t'honore du présent de la coupe. »

Milosch sauta dessus ses pieds légers ;

Puis vers la terre noire il s'inclina :

« A toi merci, glorieux empereur ;

« A toi merci, prince, pour la santé,

« Pour la santé, prince, et pour ton présent.

« Je ne dis pas merci pour tes paroles.

« Un traître, moil jamais je ne le fus,

« Je ne le fus et je ne le serai.

« Demain, je pense mourir à Kossovo.

a A Kossovo pour notre foi chrétienne.

« A ton côté, il est assis, le traître,

« Sous ton manteau, lui qui boit le vin frais»

.« C'est le maudit Vouk, c'est^Vouk Brankovitch.

« De saint Vftus demain est le beau jour.

« Nous verrons bien, au champ de Kossovo,

k Quel est le traître et quel est le fidèle.

a Oui, je le jure par Dieu, le Tout- Puissant,

a J'irai demaiij au champ de Kossovo.

« Je percerai Mourad, le sultan turc, « Et sur sa gorge je poserai mon pied.

« Si le bon Dieu et la fortune donnent, ce Qu'à Krouehévatz je retourne vivant; a Je saisirai alors Vouk Brankovitch; « Je le lierai à ma lance de guerre, « Gomme une femme du lin à sa quenouille ; ce A. Kossovo je le rapporterai. »

IV. — Milosch Obilich demande où est la tente dn sultan Mourad.

« Frère adoptif, mon Ivan Kosantchitch,

« Au camp des Turcs n'as-tu pas pénétré?

<( Il y a-t-il chez eux beaucoup de troupes?

« Contre les Turcs pouvons-nous bien lutter?

« Et pouvons-nous les vaincre en combattant? »

Ivan répond à Milosch Obilitch :

a Parmi l'armée des Turcs j'ai pénétré.

« Oui, cette armée des Turcs est innombrable.

« Si nous tous, Serbes, étions changés en sel,

« Nous ne pourrions leur saler un repas !

ce Sans arrêter, pendant quinze jours pleins, ,

« J'ai cheminé le long des hordes turques,

« Sans en trouver ni la fin ni le nombre.

« Du sycomore jusqu!au chemin du pont,

« De ce chemin jusqu'aulort de Zvétchane,

« Depuis Zvétchane, frère, jusqu'à Tchétchane, .

« Et au-dessus de Tchéchane jusqu'aux pics,

« Tout par les Turcs a été occupé :

« Homme contre homme, cheval contre cheval;

(( Les lances sont comme une foret noire ; « Des étendards partout comme un nuage ; a Leurs tentes sont comme un voile de neige, « Du ciel la pluie, tombât- elle serrée, « Ne tomberait nulle part sur la terre, « Mais sur les bons chevaux et les guerriers. « Mourad commande le Lab, la Sitnitza (1); « II a fondu sur les champs de Mazguite. »

Alors Milosch Obilich lui demande : * « Frère adoptif, mon Ivan Kosantchiltch, « Où est la tente de ce puissant Mourad?

« Car j'ai promis au glorieux Lazare « Que je tuerai Morad, le sultan turc, a Et poserai sur sa gorge mon pied. »

Alors Ivan Kosantchitch lui répond :

a. Frère adoptif, est-ce que tu es fou?

« Où est la tente de ce puissant Mourad ?

« (Vest au milieu du puissant camp des Turcs.

« Quand tu aurais les ailes du faucon,

« Si tu fondais du haut du ciel serein,

« Tes ailes mêmes n'en tireraient ton corp?. »

Alors Milosch adjure Ivan ainsi :

« mon Ivan, qui n'es pas mon vrai frère,

« Mais cher à moi comme Test un vrai frère :

« Ne parle pas ainsi à notre prince,

« Car notre prince se découragerait;

« Toute l'armée aussi s'effraierait.

(1) Deux rivières.

« A notre prince voici ce qu'il faut dire :

« — Y a beaucoup de troupes chez les Turcs ,• « Mais nous pouvons bien combattre avec eux, « Et nous pouvons facilement les vaincre.

« Car ce n'est pas une troupe de guerre :

« De vieux imans et de vieux pèlerins, « Des ouvriers, et de jeunes marchands, « Qui de leur vie n'ont pas vu un combat, « Qui sont venus pour du pain à manger.

« Et leur armée, elle est toute malade « Terriblement de la dyssenterie.

« Leurs bons chevaux sont malades aussi.

« Voilà au prince ce qu'il faut raconter. »

V. — 1/ impératrice Militza veut garder nu de ses frères auprès d'elle.

Est l'empereur assis à son souper.

L'impératrice Militza près de lui.

L'impératrice parle ainsi à Lazare :

<* Prince Lazare, couronne d'or des Serbes, « Tu vas partir demain pour'Kossovo, « Et emmener serviteurs et guerriers.

« A la maison, ô empereur Lazare, « Tu ne me laisses aucun homme avec moi, « Qui puisse à toi apporter une lettre v « A Kosspvo et m'en rapporter une.

« Et tu m'emmènes mes neuf frères chéris, « Tous mes neuf frères, tous les neuf Jougovitch. « Laisse à la sœur, laisse un de ses neuf frères,

« Un seul par qui elle puisse jurer.

« Le prince serbe, Lazare dit alors :

« Impératrice, ma dame Militza, ■a De tes neuf frères', lequel préfères-tu « Que je te laisse dans la blanche maison?

« — Cil que je veux, c'est Bosko Jougovitch. »

Le prince serbe, Lazare dit alors :

« Impératrice, ma dame Militza,

« Lorsque demain le jour blanc paraîtra,

« Que le soleil demain se lèvera,

« Lorsque ouvriront les portes de la ville,

« Avance-toi : reste auprès de la porte

« Par où l'armée en ordre sortira,

(( Tous les guerriers sous leurs lances de guerre.

a Boschko sera le premier en avant :

« C'est lui qui porte l'étendard de la croix.

«. Tu lui diras, le saluant pour moi,

« Que l'étendard il donne à qui luiplait

a Et qu'avec toi il reste à la maison. »

Le lendemain, lorsque parut le jour Et que s'ouvrirent les portes de la ville, L'impératrice Militza est sortie.

Elle se tient tout auprès de la porte :

Voici venir les troupes bien rangées, Les cavaliers sous les lances de guerre, Et devant eux est Boschko Jougovitch.

Son alezan est tout couvert d'or pur.

Et l'étendard de la croix le couvrait x Oui, mes amis (1), jusque sur l'alezan.

(1) Ceci s'adresse aux auditeurs. Le texte dit : mes frères d adoption.

Sur l'étendard est une pomme d'or ; Sont accrochées des croix d'or à la pomme ; De chaque croix pendent de longs glands d'or; Les franges flottent sur le dos de Boschko.

L'impératrice Militza se rapproche ; Elle saisit l'alezan par la bride ; Joignant ses bras sur le cou de son frère, Elle commence à lui dire tout bas :

« Frère Boschko, mon frère Jougovitch.

« A moi Lazare l'empereur t'a donné, a A Kossovo pour que tu n'ailles pas.

« II te salue et par moi te fait dire ce A qui te plaît de donner l'étendard « Et de rester avec moi dans la ville, « Afin que j'aie un frère pour jurer. »

Mais à sa sœur Boschko a répondu :

« Va-t'en, ma sœur, va vers ta blanche tour.

« Je ne voudrais retourner en arrière,

« Moi, ni laisser Pétendard de la croix,

« Dût l'empereur me donner Krouchévatzl

« Pour que de moi les autres puissent dire ;

« Voyez Boschko, le lâche Jougovitch l

« II n'ose pas aller à Kossovo

« Verser son sang pour nôtre sainte croix,

« Et pour sa foi mourir à Kossovo.

Alors il pousse son cheval vers la porte.

Voici venir le vieillard Joug Bogdan. *

Derrière lui marchent sept Jougovitch.

Tous à la suite elle les arrêtait :

Aucun des sept ne veut la regarder.

Un peu de temps se passe après cela.

Voici le jeune Voïna Jougovitch.

C'est lui qui mène les destriers du prince,

Tout recouverts d'ornements en or pur.

Le cheval gris elle arrête sous lui,

Et, lui joignant les bras autour du cou,

Elle commence à lui parler ainsi :

« Mon jeune frère Voïna Jougovitch,

« A moi Lazare l'empereur t'a donné.

« Il te salue et par moi te fait dire

« A qui te plaît de donner des chevaux

« Et de rester avec moi dans la ville,

« Afin que j'aie un frère pour jurer.

Mais Voïna Jougovitch lui répond :

'« Va-t'en, ma sœur, va dans ta blanche tour.

« Je ne voudrais, moi guerrier, retourner

« Ni laisser là les destriers du prince,

« Quand je saurais que je devrai périr.

« Je vais, ma sœur, aux champs de Kossovo,

« Verser mon sang pour notre sainte croix

« Et pour la foi mourir avec mes frères. »

Alors il pousse son cheval vers la porte.

L'impératrice, quand elle vit cela,

Elle tomba dessus la pierre froide,

Elle tomba et perdit connaissance.

Voici venir le glorieux Lazare.

Quand il a vu sa dame Miiitza,

Les pleurs coulèrent le long de son visage.

Il regarda et à droite et à gauche,

Son serviteur Gobulan appela :

« Mon serviteur fidèle, Gobulan,

« Tu vas descendre de ton cheval de cygne.

« Sur tes bras blancs viens prendre ta maîtresse . :

« Et porte-la dans la tour élancée. ^

« Au nom de Dieu, c'est moi qui te pardonné

« Si tu ne vas te battre à Kossovo;

« Mais reste ici, reste à mon blanc palais. »

Quand Goluban a entendu ces mots,

Les larmes coulent le long de ses joues blanches.

Puis il descend de son cheval de cygne,

Il prend la dame, la prend sur ses bras blancs^

Et il la porte dans la tour élancée. >

Mais à son cœur il ne peut résister,

A Kossovo pour aller au combat.

Il se retourne vers son cheval de cygne,

Monte dessus et va à Kossovo.

VI. — Comment le» cor beaux annoncent la bataille à l'impératrice Uilitza.

Le lendemain quand le jour a lui,

Deux noirg corbeaux arrivent en volant

De Kossovo, cette plaine étendue.

Ils s'arrêtèrent au-dessus de tour,

La blanche tour du glorieux Lazare.

L'un d'eux croasse; le second parle ainsi : -

« Est-ce la tour du glorieux Lazare?

« Dans le palais n'y a-t-il donc personne? »

Dans le palais personne n'entendit ; Mais la princesse Militza entendit.

Elle sortit devant la blanche tour Et demanda à ces deux noirs corbeaux :

« Au nom de Dieu, ô vous deux, noirs corbeaux, a D'où ce matin ôtes-vous envolés!

« Arrivez-vous du champ de Kossovo?

« Avez-vous vu les deux fortes armées?

« Les deux armées se sont-elles choquées?

« Laquelle armée a-t-elie été vainqueur? »

Mais les deux noirs corbeaux lui répondirent : « Au nom de Dieu, princesse Militza, (( De Kossova nous venons ce matin.

« Nous avons vu les deux fortes armées.

(( Les deux armées hier se sont rencontrées.

« Il est resté quelque chose des Turcs, « Aussi des Serbes, mais de ce qu'il en reste, •t Tout est blessé, tout est ensanglanté. »

¥11. — Comment Vouk Brankovitch a trahi les chrétiens.

L'impératrice errait hors de la ville,

Sous les remparts de Krouchévatz la blanche.

Sont avec elle ses deux filles chéries,

Voukossova et la belle Marie.

Le voïvode Vladète arrive à elles,.

Sur son cheval, le bon cheval bai brun.

Il avait mis en sueur^le cheval,

Qui d'une blanche écume est tout couvert.

L'impératrice Militza lui demande :

« Au nom de Dieu, voïvode du prince, « Pourquoi as-tu tant mouillé ton cheval?

« Ne viens-tu pas des champs de Kossova.

« N'as-tu pas vu l'empereur honoré,!

« Qui est seigneur et de moi et de toi? »

Le voïvode Vladète lui répond :

« Au nom de Dieu, princesse Militza,

« Oui, moi, j'arrive des champs de Kossovo.

« Je n'ai pas vu l'empereur honoré;

« Mais j'y ai vu son cheval pommelé ;

« A Kossovo, les Turcs courent après :

<e Je pense bien que le prince a péri. »

L'impératrice, quand elle entend cela,

Ses larmes coulent le long de ses joues blanches*

Elle demande encore à Vladéta :

« Dis-moi encore, voïvode du prince,

« Quand tu étais aux champs de Kossovo,

« N'as-tu pas vu là les neuf Jougoviich,

a Et le dixième, le vieillard Joug-Bogdan? »

Le voïvode répond à Militza :

« En traversant la plaine à Kossovo,

« J'ai vu tes frères, tous les neuf Jougovitch,

« Et le dixième, le vieillard Joug-Bogdan.

« A Kossovo, dans la plaine, ils sont là!

« Jusqu'aux épaules les bras ensanglantés,

ce Et leurs épées jusques à la poignée.

« Hélas ! déjà leurs mains sont fatiguées

« De massacrer des Turcs à Kossovo. »

L'impératrice dit alors à Vladète :

a Ecoute encore,- voïvode du prince ;

(( N'as- tu pas vu aussi là mes deux gendres, <( Vouk Brankovith et Milosch Obilitch ? »

Lo voïvode Vladète lui répond :

« En traversant la plaine à Kossovo,

« J'ai vu ton gendre, voïvode Milosch ;

a A Kossovo, dans la plaine, il était ;

« Il s'appuyait sur sa lance de guerre.

« La lance était brisée en deux morceaux.

« J'ai vu les Turcs qui se jetaient sur lui :

« Je pense bien qu'il est mort maintenant,

« Mais je n'ai pas aperçu Brankovitch,

« Lazare était avec le gros des Serbes,

« Soixante-dix et sept mille guerriers,

« Qui dispersaient les Turcs à Kossovo,

« Ne laissant pas les Turcs les regarder,

« Encore moins se mesurer à eux.

« Certes, Lazare aurait vaincu les Turcs ;

« Mais Brankovitch, Dieu veuille l'écraser !

« Il a trahi Lazare à Kossovo ;

« Il est parti avec douze mille hommes,

« Douze mille hommes armés de pied en cap.

« Alors les Turcs ont pu vaincre Lazare;

« Le prince serbe alors a succombé.

« Toute l'armée aussi a succombé ;

« Soixante-dix -et sept mille guerriers.

« Tous aujourd'hui sont saints et honorés.

« Ils sont admis tous auprès du bon Dieu.

» A Kossovo, Vouk a trahi Lazare,

« 11 a trahi le prince glorieux.

« Que le soleil n'éclaire plus sa face !

SEBBIE. 101

(( Vouk a trahi son seigneur, son beau-père, u Maudit soit-il et qui l'a engendré !

« Maudites soient sa tribu et sa race ! »

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