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CONTESTATION D'UNE ORIGINE

La rive gauche du Danube devient roumaine un peu au-dessous de l'île d'Ada-Kalé, occupée par les Turcs. La Roumanie fait alors face à la Serbie, Le matin du second jour, le Serbe nous montra la petite rivière Timok, qui sépare la principauté semi-indépendante d'avec la Bulgarie, province directement soumise à l'administration du Sultan, et qui n'en est ni plus fière ni plus tranquille.

On évalue le nombre des Bulgares à cinq millions. Ils occupent seuls ou à peuples seuls l'espace compris entre le Danube et la Dobroudja au nord, les Balkans au sud, les Serbes à l'ouest, la mer Noire à Test. Dans une partie de la Haute-Albanie, ils sont mêlés aux Serbes et aux Albanais. La Thrace et la Macédoine présentent la juxtaposition des Bulgares avec les Grecs.

Nous fûmes très-frappes d'entendre le Hongrois et le Serbe réclamer tous les deux les Bulgares, non pas comme des compatriotes, mais comme des congénères. Le premier s'appuyait sur Ce fait que la -population qui s'établit du vi e au vn e siècle entre le Balkan et le Danube, et qui venait de l'Asie, était cousine germaine des Madgiars ou des Ongres. Le Serbe ne niait pas le fait, mais, d'après lui, les immigrants hongro-bulgares étaient très-peu nombreux et ils ont été immédiatement noyés dans la masse slave, qui occupait déjà le pays et dont il est fait mention dans l'histoire avant l'arrivée des Asiatiques. Il donnait pour preuve de cette assertion que les Bulgares ont immédiatement perdu leur langue propre. Les savants, ajoutait-il, ont toutes les peinçs à retrouver quelque trace de cet idiome dans le dialecte slave qui est aujourd'hui pArlé dans le pays, et dont les particularités paraissent tenir plutôt à une influence roumaine.

C'est à l'Anglais que le Hongrois avait exprimé son opinion, sans avoir Pair, du reste, de se soucier plus des Bulgares que s'il se fût agi des Roumains ou des Serbes. J'avais reçu l'explication du Serbe, qui me témoignait plus de confiance qu'aux autres. Nous aurions bien voulu aboucher les deux prétendants ; mais aucun d'eux ne s'y voulut prêter. « A quoi bon, objectèrent-ils l'un et l'autre avec quelque dédain ; ne saisje pas tout ce qu'il pourra dire ? »

Rebutés de ce côté, nous prîmes le parti de nous adresser au médecin bulgare et à un instituteur, bul-

gare aussi, qui revenait de Prague. Tous les deux nous répondirent sans hésiter : « Nous sommes des Slaves. »

Le médecin allait plus loin : il niait l'origine asiatique des immigrants bulgares. « Pour étayer, dit-il, la fallacieuse théorie de l'origine asiatique, on a mis en avant certaines habitudes des premiers Bulgares, comme celles de porter des turbans, d'attacher des queues de cheval aux étendards, de s'asseoir à la turque, de boire dans les crânes des ennemis ; mais je vous démontrerai, quand vous voudrez, que toutes ces particularités appartiennent aux peuples slaves. » Je le laissai aux prises avec le médecin valaque, qui se mit à mesurer avec ses grands doigt6 la tête de son confrère, et entreprit de lui démontrer, par la conformation des crânes, que tous les Bulgares anciens et modernes sont des Asiatiques de la plus belle eau.

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