PAR LA MER NOIRE A ODESSA
Nous avions admiré la partie du Danube comprise entre Baziasch et les Portes-de-Fer ; le bateau traverse ensuite une région moins accidentée, avec la Bulgarie au sud et la Valachie au nord.
Bientôt nous avons parcouru les rives plates du Delta, et l'obscurité étaft survenue lorsque nous sortîmes du Danube par une belle nuit. Nous apercevons longtemps le phare de l'embouchure et celui de l'île des Serpents, petit îlot situé dans la mer Noire.
Au petit jour, je commence à distinguer la côte russe, qui devient plus apparente de moment en moment; c'est une simple berge uniformément élevée. Je cherche à découvrir le cran qui doit marquer la large embouchure du Dniester. Sur la rive droite de ce fleuve est Akerman, et sur la rive gauche, Ovi-
diopol, élevé en l'honneur du gracieux poëte qui y fut exilé pour avoir eu la langue trop longue à la cour d'Auguste. Obligé de parler les idiomes du pays, il avait peur de perdre son latin :
Ipse mihi videor jam, dedidicisse Latine, Quum didici Geticè^ Sarmaiiceque loqui.
Puisqu'il avait appris le gète et le sarmate, que n'a-t-il eu l'idée de nous en laisser un échantillon, ne fût-ce que pour faire diversion à des pleurnicheries un peu bien prolongées !
Au renflement de la côte qui dessine le golfe d'Odessa, deux tours apparaissent; l'une est le phare et l'autre une machine à faire monter l'eau. Entre les tours, deux églises blanches font un effet charmant avec leurs coupoles peintes en vert. Le bateau rase maintenant la côte d'assez près pour laisser apercevoir sur le sommet et à mi-côte des^ maisons de campagne qui se suivent jusqu'à Odessa, et dont quelquesunes sont très-élégantes.
La police et la douane ne méritent pas leur mauvaise réputation.
La première impression, en grimpant pour gagner le haut de la ville, n'est pas favorable. Bientôt vous entrez dans des rues larges et ornées de constructions un peu théâtrales. Le plus bel endroit est une terrasse donnant sur la mer. Les plantations sont chétives et rabougries, à cause de la poussière et du manque
d'eau (on achevait alors l'aqueduc qui allait amener les eaux du Dniester). Au' centre de la terrasse, je m'apprêtais à saluer avec respect la statue du duc de Richelieu, le fondateur d'Odessa. Que vois-je?on l'a habillé ou plutôt déshabillé en Romain !