CHAPITRE X
GALIGIE.
A LEOPOL. — LES RUTHENES.
Le magnat hongrois, le journaliste et sa fille, le naturaliste et le professeur serbe nous avaient quittés à Routchouk. Je laissai à Odessa mon excellent M. White après un cordial shake hand. Lorsque je quittai moi-même cette ville, j'étais seul et d'autant plus désireux de revenir à Venise, où quelques travaux me réclamaient, que j'avais hâte de retrouver le Frère Angelo pour lui communiquer mes impressions.
Un chemin de fer conduit d'Odessa à Lemberg, ou Léopol, que les Polonais appellent Lwow : c'est la capitale officielle de la Galicie autrichienne. On y parle français dans les hôtels, parce que c'est le grand passage des Roumains. Si vous n'avez l'air ni d'un Allemand, ni d'un Slave, on vous inscrit, sans crier gare, comme propriétaire en Moldavie.
Lemberg est gaie et animée. Comme toutes les villes d'Autriche, elle est dotée d'une citadelle qui la domine, pour le cas où le besoin d'un bombardement se ferait sentir : il y a peu de villes dans l'empire qui n'aient eu occasion d'éprouver l'efficacité de ce mode de persuasion. Les Dames du Sacré-Cœur ont un pensionnat à Lemberg. En revanche, il y a beaucoup de juifs.
Après une visite à l'archevêque des Arméniens unis et à celui des Ruthènes unis, j'assiste à la messe dans la cathédrale de ces derniers, laquelle est "dédiée à saint Georges. L'office est selon le rite grec, mais avec quelques usages particuliers; il n'y a pas. d'iconostase, et les prêtres sont rasés. On me dit que dans la Hongrie septentrionale, où se trouvent des Ruthènes unis, les prêtres catholiques portent la barbe et le costume oriental. Cette différence résulte. de ce que le concile provincial de Zamosc, qui a réglé en 1721 quelques points de discipline et de rite, n'est pas applicable en Hongrie.
Un chanoine me montre l'Institut national ruthène.
La Galicie compte environ cinq millions d'habitants, et à peu près autant de Polonais que de Ruthènes. La partie occidentale est toute polonaise; la partie orientale est mixte;
Les Ruthènes sont compris dans l'organisation provinciale de la Galicie polonaise. Cette population est peu connue de l'Europe, à qui elle a été masquée par les Grands-Russes et parles Polonais. Elle forme une
masse compacte qui commence aux Karpathes et qui s'étend fort loin à Test, où elle occupe les deux rives de la vallée du Dnieper sous le nom d'Ukraine.
Dans la portion de la Ruthénie qui faisait partie de la Pologne, la noblesse, grande et petite, s'est polonisôe et a passé au rite romain, tandis que le reste de la population a conservé le rite grec en langue slavonne, et, en partie, a adopté l'union catholique. Telle est notamment la condition de la Galicie orientale, où il y a une question sociale sous le couvert de l'origine et du rite. Les petits employés ruthènes, les prêtres et les enfants des prêtres de rite grec, jaloux de la noblesse polonisée, et tendant à se constituer eux-mêmes en caste héréditaire, ont levé le drapeau ruthène avec l'appui intermittent du gouvernement autrichien depuis Joseph IL Le ministre Stadion y a beaucoup poussé de nos jours.
La question ruthène est l'une des plus graves pour l'Europe orientale, mais Tune des plus compliquées.
Le Ruthène se considère comme différent du Lekh (Polonais) et du Moskal (Grand-Russe), comme formant une unité distincte entre la Pologne et la Russie. Il y a eu, du reste, pendant longtemps, en Lithuanie, une législation spéciale appelée le statut lithuanien, écrit en langue ruthène, dans le dialecte de la Russie- Blanche.
Au nombre d'environ quatre cent quarante mille,les Ruthènes habitent aussi le versant méridional des Karpathes. Ils sont catholiques de rite grec «Comme
"les Rutbènes de la Galicie, et hostiles à la centralisation madgiare.