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LA PREMIERE LUTTE DES SLAVES CONTRE LES ALLEMANDS

Le plus grand obstacle à la consolidation du christianisme parmi les Slaves était la nationalité allemande des évêques résidant à Salzbourg et à Passau, ainsi que de leurs missionnaires. Chaque réaction contre le christianisme était considérée comme un affranchissement du joug étranger.

Saint Rupert,au vn e siècle, avait été bien inspiré en relevant à Lauriacum, en dehors de la domination directe des Allemands, le siège de saint Andronie, que les chefs avares, assez fins politiques, s'étaient empressés de détruire. La même dificulté n'existait plus au ix e siècle, puisque la rude main de Charlemagne s'était déjà appesantie sur ces horribles domi- ' nateurs. L'idée d'une hiérarchie séparée pour les peuples non allemands de l'Europe centrale fut reprise. En 806, Urolf se démit volontairement du siège épiscopal de Passau, pour se ^consacrer à la conver-

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sion des Slaves et des Avares. Encouragé par Charlemagne, il institua dans leur pays des écoles et des couvents. Grâce à l'appui de Moïmir, prince de Moravie, il établit un nouveau siège à Lauriacum : il eut sous lui quatre suffragants, dont deux pour les Avares. Cette fondation fut encouragée par le* pape Eugène II, qui, soucieux avant tout du salut des âmes, écrivit des lettres de recommandation à Moïmir et au prince avare Todun.

Urolf mourut en 829 : il est resté en odeur de sainteté dans l'Église morave.

Son œuvre ne lui survécut pas. Reginhar, évêque de Passau, invoquant sans doute l'origine de son propre siège transféré de Lauriacum, s'empara de l'archevêché de cette ville. Adelramme, de Salzbourg, protesta au nom delà décision prise par Gharlemagne, en 803. C'est alors que Louis le Débonnaire, en 829, à la diète de Ratisbonne, partagea entre les deux diocèses allemands tout le pays situé au delà du Kahleriberg : le Raab et la Spiraza formèrent la limite. La Bohême n'était pas comprise dans ce partage ; mais elle fut plus tard annexée au diocèse de Ratisbonne, comme nous Pavons vu. Ainsi toutes les contrées slaves rentraient sous la hiérarchie allemande.

L'échec de la tentative inaugurée par Urolf ne découragea pas les princes slaves de chercher à organiser un clergé indigène. Le monde slave était alors partagé entre trois princes : Rastitz qui régnait en Moravie, Kociel en Pannonie, et Sviatopluk à Nitra. Ils en-

voyèrent de concert une ambassade à l'empereur de Constantinople, Michel, pour lui demander des missionnaires capables d'instruire le peuple dans sa langue. Les deux frères, Cyrille et Méthode, originaires d«) Salonique, et qui connaissaient la langue slave parlée autour de cette ville, furent désignés. Leur premier soin, et c'est là ce qui donne à leur mission un caractère tout nouveau, fut de traduire les prières et les offices dans une langue slave. Mandés à Rome, ils y reçurent la consécration épiscopale, mais Cyrille mourut bientôt et fut enterré dans la basilique du pape Saint-Clément, dont il avait rapporté les reliques.

La mort de saint Cyrille n'interrompit pas son œuvre. Kociel, qui régnait en Pannonie, demanda au Pape de lui envoyer Métfiode. Adrien II y consentit, mais il ne voulut pas limiter la mission aux pays gouverna par Kociel. « Ce n'est pas à toi seulement, dit le pape, mais à toutes les contrées slaves, que j'envoie cet instituteur de la part de Dieu et du saint apôtre Pierre, premier évoque et porte-clef du royaume céleste. » La lettre par laquelle Adrien II accréditait Méthode est, en effet, adressée aux trois princes qui avaient écrit à l'empereur Michel, c'est-à-dire à Rastitz, Kociel et Sviatopluk. Le pape y confirme formellement l'autorisation de célébrer en langue slave. « Pénétré d'une triple joie, nous avons décidé dans notre esprit, après examen, d'envoyer dans vos contrées le prêtre Méthode, notre fils, avec des disciples, homme parfait

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d'intelligence et orthodoxe, pour qu'il vous instruisît delà manière que vous avez demandée, en interprétant en votre langue les livres sacrés, pour tous les offices ecclésiastiques entièrement et pour la messe et nominativement la liturgieetle baptême, ainsi que Constantin le savant (saint Cyrille) avait commencé à traduire le saint Evangile, avec la grâce de Dieu et à l'aide des prières du pape saint Clément. »

Ici commence une lutte terrible entre les évoques allemands et saint Méthode. Trois fois la cause fut portée à Rome, et trois fois en 873, en 880 et en 881, la papauté décida en faveur de saint Méthode.

Ainsi l'entreprise des trois princes avait réussi. Rome avait rétabli virtuellement l'antique siège de Lauriacum, bien que le nom n'en figure pas dans les titres donnés à Méthode qui résida en Carinthie. Le saint mourut dans l'exercice de son pontificat le 6 avril 885.

Vers cette époque, Sviatopluk, qui avait réuni h ses Etats ceux de Rastitz et ceux de Kociel, se réconciliait avec les Allemands : il leur sacrifia l'Eglise de son pays. Ecoutons ce que dit un vieux chroniqueur (1): « Après la mort de Méthode, la victoire resta aux Allemands : les prêtres furent persécutés et chassés. Ils furent mis aux fers et envoyés en prison... On les remit ensuite aux mains des soldats pour être conduits vers le Danube, en les condamnant à un exil perpétuel. Les confesseurs du Christ se dirigèrent vers

(1) Dans la vie de S. Clément, "disciple de Méthode.

la Bulgarie, où ils ont trouvé la paix. » D'autres gagnèrent les côtes septentrionales de l'Adriatique et la Croatie. Il existe encore aujourd'hui en Dalmatie et dans quelques îles du golfe de Quarnero cent vingt paroisses, où, avec l'approbation et le concours du Saint-Siège, qui fait imprimer leurs livres à Rome, l'office se célèbre dans la langue slave de saint Cyrille et de saint Méthode.

J'ai dit plus haut que Sviatopluk avait réuni aux siennes les possessions des autres princes. C'est le point culminant dans l'histoire de ce grand Etat, qui s'élevait sur les ruines des Avares, qui s'étendit jusques au nord des Karpathes, et auquel on a donné le nom d'empire morave, parce qu'il avait son principal appui on Moravie. Sviatopluk fut tantôt en amitié et le plus souvent en guerre avec les Allemands. Et de même que saint Méthode triomphait de l'archevêque de Salzbourg en cou^ de Rome, Sviatopluk remporta de grandes victoires sur le champ de bataille.

Le glorieux soutien de l'empire morave mourut en 894. A son nom l'imagination populaire a rattaché tout le prestige de la grandeur des Slaves au ix e siècle. Un tel héros ne meurt pas. Les paysans moraves et slovaques attendent son retour sur la terre, comme les Serbes celui de Marko, fils de roi.

On dit qu'en mourant Sviatopluk présenta à ses enfants, pour leur recommander l'union, un faisceau de baguettes qu'ils essayèrent en vain de rompre. Grâce aux menées de l'empereur Arnolf, ils ne vécurent pas

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en paix. Ils eurent aussi à combattre continuellement un nouveau venu, le peuple madgiar ou hongrois. Ces Asiatiques, qu'Arnold avait imprudemment excités à se jeter sur les Slaves, ne tardèrent pas à ravager cruellement l'Allemagne. Le fils d'Arnolf, l'empereur Louis IV, unit enfin ses forces à celles du prince morave Moïmir II, l'un des fils de Sviatopluk : il était trop tard. La grande bataille de Presbourg fut perdue par les chrétiens le 28 juillet 907. Louis IV eut grande peine à sauver sa vie. Moïmir II disparut, et l'empire morave avec lui. La bataille de Presbourg est un des désastres les plus décisifs que l'histoire ait enregistrés sur ses pages de sang.

Il ne resta pas debout une seule église chrétienne dans toute la contrée qui devenait la Hongrie.

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