POÉSIE
L'institution littéraire la plus importante est la Matitza, qui compte, dit-on, cent mille adhérents. Chaque membre donne un florin (deux francs vingt centimes) par an ; mais il y a beaucoup d'offrandes volontaires. L'association publie chaque année plus de six gros volumes : elle a été le principal artisan du réveil de la langue slovène.
Gomme tous les pays slaves, la Slovénie possède une poésie populaire. Le poëte autrichien, qui se cache sous le pseudonyme d'Anastasius Grun, donne à ce sujet des indications qui me paraissent trèsjustes. Dans ce qui va suivre, je ne ferai guère que traduire et résumer.
L'époque des luttes continuelles et acharnées contre
les Turcs est le point culminant de l'histoire du pays.
" A cette époque appartiennent tous les souvenirs d'une
existence militaire séparée, et en même temps les souvenirs poétiques, lesquels se sont traduits en une série de chants populaires d'un caractère distinct. Tantôt ces chants prennent leurs héros -parmi les combattants et les guerriers indigènes, tantôt ils confondentThistoire des Slovènes avec celle des populations voisines. C'est ainsi qu'ils ont emprunté aux Serbes Marko, le fils du roi; mais, ce qui domine dans leurs poésies, c'est le Kral Matiach, qui représente sans aucun doute le roi de Hongrie, Mathias Corvin.
Par un procédé familier à l'imagination populaire, la poésie concentre sur un personnage de son choix tous les faits qui ont frappé les esprits. Ici les actions glorieuses de Jean Huniade sont attribuées à son fils Mathias. Le peuple croit qu'il n'est pas mort : entouré de ses guerriers noirs, il est assis devant une table, sôus un grand tilleul, et décide avec son conseil tout ce qui se fait encore aujourd'hui. Tel Sviatopluk,pour les Moraves ; tel Marko le Serbe, qui s'est caché dans une grotte depuis l'invention de la poudre. Comme Orphée, le roi Mathias descend dans l'enfer pour en ramener une femme aimée : il n'est pas plus heureux que l'autre; son Eurydice n'a pu garder le silence qui avait été imposé comme condition de la délivrance.
La poésie slovène a perdu aujourd'hui son originalité, même dans la forme : on y a introduit la rime. Ce qu'on forge dans les écoles, dans les presbytères, n'arrive pas à un succès véritablement populaire. Ce
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sont des gémissements sur les impôts, sur la cherté du sel, sur les corvées, sur le malheur d'une fille dont le fiancé a été pris comme soldat. Tout cela est plus administratif que poétique. Les seules chansons encore aimées du peuple sont de petites pièces en quatre vers qui se chantent dans les veillées et dans les cabarets pour accompagner les danses.