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tondez-le, comme il en parle le sourire sur les lèvres, l'éloge dans la bouche, la joie dans le cœur et le verre à la main ! Ainsi il passe la belle saison de château en château, d'amours en amours, accueilli, fété, admiré; il n'est même pas impossible qu'il aille perdre son argent aux eaux de Bristol , « bien que les nymphes de Bristol soient « |Mir trop cliques. » — Ne l'oubliez pas non plus auprès de lady Baltimore. Au milieu de ces maladies, de ces voyages, de ces plaisirs, son presbytère vient à brûler comme un tas de fagots : « Tandis que je me préparais à « revoir ma maison, ma maison était déjà brûlée.
« Il faut que je tire une maison de mon gousset. « Ce que je dis esta la lettre; car il faut que je rebâtisse
- le presbytère à mes frais, autrement l'église d'York, de ■< qui je le tiens originairement, serait obligée de le faire, ■< et, en bonne raison, cela ne doit pas être. (L'est une << perte pour moi d'environ deux cents livres, outre ma
< bibliothèque, etc.. etc. — Maintenant vous voilà tran- >< quille sur l'emploi que je pourrai faire du produit de
« mes sermons. — Quand vous me témoignâtes vos in- « quiétudes à cet égard, je vous dis que quelque diable « d'accident y mettrait bon ordre : en effet , il me pen- « dait à l'oreille celui-là. »>
Ceci est encore une scène du Vuyage sentimental, lorsqu'on partant le voyageur dit à Eugène : — J'ai bien autant d'argent qu'il m'en faut, car, dans un mois tout au plus, je serai logé et nourri aux dépens du roi de France.
En même temps, toujours à propos du presbytère incendié qu'il faut reconstruire avec le produit de ses sermons, il vient à se rappeler l'histoire du \ieux seigneur de Crazy, et, certes, cotte histoire tiendrait bien sa place
STERNE
dans le Trislram Shandy. « Donc le vieux seigneur eut un « moment de paresse orgueilleuse ; il forma le projet d'a- « voir un carrosse à la ville pour ménager ses jambes le « jour, et le voiturer le soir à Ucnclagh. Après avoir con- « suite le sellier, il mit de e«Mé cent quarante livres pour « cet objet, et m'en écrivit un mot. Trois mois après, « lors de mon arrivée à la ville, je trouve un billet de « lord Spencer, qui m'invite à dîner a\ee lui le dimanche « suivant. A peine avais-je lu ce billet, que le char pom- « peux me revint dans l'idée. Je sortis donc pour aller « m'informer de la santé de Hall, et en même temps lui « emprunter sa voiture alin de me rendre pontilicalement « à l'invitation que j'avais reçue. Je le trouvai chez lui ; '» je lui lis une ou deux questions amicales, après quoi je -< lui présentai ma requête. Il me répondit en souriant « qu'il était bien mortilié, mais que sa voiture était partie « en poste pour lÉcosse. Je le regardais tixemcnt, et il « riait, non de moi , mais de son hypotlièse , et je vais
< vous en donner l'explication.
« Il faut vous dire qu'il reçut une lettre au moment « où il donnait ses dernières instructions au sellier ; dans « cette lettre on lui apprenait que son (ils, qui était de » quartier à Edimbourg, s'était trouvé dans une terrible « dispute, et que, pour en prévenir les suites, il fallait « une somme à peu près égale à celle qu'il destinait à sa « >oiture. Ainsi les cent quarante-huit livres qui devaient « servir à l âchât d'un carrosse à Londres furent em- «« plovées à réparer les vitres, les lanternes et les tètes
< brisées à Édimbourg. — Et voici comment il soutenait, « non sans raison, que sa voiture était partie en poste •« pour l'Ecosse. » N'est-ce pas que l'histoire est jolie.
STERNE
wi
surtout racontée le lendemain d'un incendie qui vous ruine de fond en comble? Certes, il est impossible d'avoir plus de gaieté et de pliilosopbie sur les ruines de sa maison. Sterne ressemblait en ceci à deux grands orateurs de notre connaissance , à Cicéron et à M. Shandy. Les revers , qui fournissaient à l'un et à l'autre de ces grands parleurs une bonne occasion de montrer leur éloquence, lui étaient presque aussi agréables que les événements heureux qui l'obligeaient à se taire.
Une chose qui étonne, c'est qu'avec une imagination si mobile, un esprit si facile à passer tout d'un coup d'un extrême à lautrc, une si grande aptitude à saisir les moindres détails du pavsage, les moiudres nuances du cœur humain , cet homme-là n'ait pas été tout à fait ce qu'on appelle un poëte. C'est qu'en effet de la poésie il n'avait que quelques instincts; l'inspiration lui manquait. Il était poëte comme les bonnes femmes de ménage sont de grandes dames, à leurs heures, quand la maison est nette, quand la table est mise, quand le dîner est tout prêt; alors, s'il leur reste un peu de temps avant le repas , elles vont faire un bout de toilette pour recevoir leurs amis. D'ailleurs, bien que sa manière soit de son invention, il obéissait à une manière, et à ces causes il a couru toute sa vie après le naturel, mais il n'a jamais pu toucher qu'un pan de son manteau llottant au vent. Le début de l'ode à Julie, dans le Tristrant Shandy, n'est que l'impuissante boutade d'un homme d'esprit qui sait très-bien que sa poésie est un hors-d'œuvre. De toutes ses œuvres poétiques, Sterne ne se rappelle rien qu'une épitaphe et un opéra, ou ce qu'il appelle lui-même, avec tant de gaieté, une Thtcidinade lyrique. La personne qui