‹ Voyage sentimental (volume 2)Chapitre 53 sur 57 · VOYAtiK · texte numérisé non relu

VOYAtiK

sa tète était penchée sur sa main ; un petit ruisseau eoulait au pied de l'arbre.

Je dis au postillon d'aller avec la ehaise jusqu'à Moulins; je dis à Latleur de faire préparer le souper, et que je suivrais à pied.

— Elle était habillée de blanc, et à peu près telle que mon ami me l'avait dépeinte; seulement ses cheveux , qui d'ordinaire étaient retenus par un réseau de soie, étaient alors épars et flottants. — Elle avait aussi ajouté à son corset un ruban d'un vert pâle, qui passait par dessus son épaule et descendait jusqu'à sa ceinture; à ce ruban son chalumeau était suspendu. — Sa chèvre lui avait été infidèle comme son amant ; elle l'avait remplacée par un petit chien qu'elle tenait en laisse avec une corde passée à son bras. Comme je regardais son chien, elle l'attira vers elle en disant : « Toi . Sylvio. tu ne me quitteras pas. » Je vis dans les yeux de Marie qu'elle pensait plus à son père qu'à son amant ou à sa petite chèvre , car, en proférant ces quelques mots, de grosses larmes roulaient le long de ses joues.

Je m'assis à côté d'elle; Marie, à mesure qu'elle pleurait, me laissa essuyer ses yeux avec mon

mouchoir: j'essuyai ensuite les miens, puis <l<nouveau les siens, — puis encore les miens; — j'éprouvai des émotions qu'il me serait impossible «le décrire, et qui, j'en suis bien sûr, ne provenaient d'aucune combinaison de la matière ei du mouvement.

Oh ! certes, oh ! sans doute, j'ai une âme! — Les matérialistes et tous les livres dont ils ont infecté le monde ne me prouveront jamais que l'âme ne soit qu'un mot.

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