XXIV
STERXE.
seulement . si le modèle est copié par un grand maître, la copie écrase si fort l'original, qu'on ne s inquiète plus de savoir s'il a vécu. Toutes les vierges de Raphaël, à commencer par la Fornarina , ont été de profanes Italiennes, à qui le maître a rendu la virginité perdue. Quant à Lafleur, cet être si français, et que pas un romancier de France, même les plus grands, ne refuserait de prendre à son service, pour l'aimer et pour brosser ses habits , pour lui donner des conseils et pour tailler ses plumes; quant à Lutteur,' cet homme à tout faire, nonseulement il a vécu, le charmant compagnon, non-seulement il a été au service de maître Yorick , mais encore on a conservé les mémoires de sa vie. On sait maintenant , à n'en pas douter, que Lafleur était né en Bourgogne ; à huit ans, il avait quitté la maison paternelle, n'emportant pour tout bien que deux grands veux bien éveillés, et une honnête figure toute rebondie. Cela lui servit à vivre jusqu'à dix ans ; et comme un jour il était sur le Pont-Neuf, à Paris, il se mit a suivre un soldat qui l'engagea à s'enrôler. — Il fut tambour pendant six ans dans les armées françaises. — Il n'avait que deux ans à battre encore pour n ôtre pas un déserteur, — il déserta. La Providence le conduisit à Montrcuil-sur-Mer, et vous savez comment il entra, tout déguenillé et tout joyeux, au service de son premier maître, après le Roi. Ce fut encore le cas ou jamais d'appliquer le prov erbe français i Tel maître, tel valet. A la suite du bienveillant Yorick, Lafleur devint amoureux ; il fit pis que cela , il se maria ; et comme son maître , dans un accès de sagesse , lui voulait adresser quelques remontrances, Lafleur lui ferma la bouche en lui disant : « Ne trouvez-vous pas que ma prétendue ressemble