L. fcinn» du nouice «»« une
peiirc
pour iviier un ou»g>n, iiigea i
~J-lraL.,-d].-U,-auli...,
, X dit
Or, il n'y avail qu'un lit da.i
l'jppmtment, pircc que ce n'est
pask
ne se souciait pas de coucher avec une femme qui venait de l'envoyer au diable, et qui, un peu plus échauffée, n'aurait peut-être pas même fait de façon pour l'envoyer autre part, prit son chapeau, sa canne et son manchon, et sortit de la maison.
La nuit était pluvieuse et venteuse, et il marchait mal à son aise vers le pont Neuf.
De tous les ponts qui ont jamais été faits, ceux qui passent sur le pont Neuf doivent avouer que c'est le pont le plus beau, le plus noble, le plus magnifique, le mieux éclairé, le plus long, le plus large, qui ait jamais joint deux côtés de rivière sur la surface du globe.
(Je ne sais si je me trompe; à ce trait, on dirait que l'auteur du fragment n'était pas français. Mais continuons, cela vaut mieux qu'une mauvaise réflexion.)
Le seul reproche que les théologiens, les docteurs de Sorbonne, et tous les casuistes, fassent à ce pont, c'est que, s'il fait du vent à Paris, il n'y a point d'endroit où l'on blasphème plus souvent la nature à l'occasion de ce météore... Et
cela est vrai, mes bons amis. Il y soufHe si vigoureusement, il vous y houspille avec des bouffées si subites et si fortes, que, de cinquante personnes qui le passent, il n'y en a pas une qui ne coure le risque de se voir enlever ou de montrer quelque chose.
Le pauvre notaire, qui avait à garantir son chapeau d'accident, appuya dessus le bout de sa canne; mais, comme il passait en ce moment auprès de la sentinelle, le bout de sa canne, en la levant, attrapa la corne du chapeau de la sentinelle, et le vent, qui n'avait presque plus rien à faire, emporta le chapeau dans la rivière.
« C'est un coup de vent, » dit en l'attrapant un bachoteur qui se trouva là.
La sentinelle était un Gascon. Il devint furieux, releva sa moustache, et mit son arquebuse en joue.
Dans ce temps-là, on ne faisait partir les arquebuses que par le secours d'une mèche. Le vent, qui fait des choses bien plus étranges, avait éteint la lanterne de papier d'une vieille femme, et la vieille femme avait emprunté la mèche de la sentinelle pour la rallumer...
2l6 VOYAGE SENTIMENTAL
Cela donna le temps au sang du Gascon de se refroidir, et de faire tourner l'aventure plus avantageusement pour lui...
Il courut après le notaire, et se saisit de son castor.
« C'est un coup de vent, — dit-il, »
pour rendre sa capture aussi légitime que celle du bachoteur.
Le pauvre notaire passa le pont sans rien dire ; mais, arrivé dans la rue Dauphine, il se mit à déplorer son sort.
« Que je suis malheureux! — disaitil. » Serai-je donc toute ma vie le jouet des orages, des tempêtes et du vent?
Etais-je né pour entendre toutes les injures, les imprécations qu'on vomit sans cesse contre mes confrères et contre moi ?
Ma destinée était-elle donc de me voir forcé par les foudres de l'Eglise à contracter un mariage avec une femme qui était si douce avant qu'elles se mêlassent de cette affaire, et qui est à présent pire qu'une furie? d'être chassé de chez moi par des vents domestiques et dépouillé de mon castor par ceux du pont? Me voilà tête nue et à la merci des bourrasques
VOYAGE SENTIMENTAL ZIJ
d'une nuit pluvieuse et orageuse, et du flux et reflux des accidents qui l'accompagnent. Où aller? où passer la nuit?
Quel vent, au moins, dans les trentedeux points du compas, poussera chez moi les pratiques de mes confrères? »
Le notaire se plaignait ainsi, lorsqu'il .entendit, du fond d'une allée obscure, une voix qui criait à quelqu'un d'aller chercher le notaire le plus proche.
Or, le notaire qui était là se crut le notaire désigné...
C'est ainsi que l'occasion fait le larron.
Il entra dans l'allée et s'y enfonça, jusqu'à ce qu'il trouva une petite porte ouverte. Là, il entra dans une grande salle, et une vieille servante l'introduisit dans une chambre encore plus grande, où il y avait pour tous meubles une longue pertuisane, une cuirasse, une vieille épée fouillée et une bandoulière, qui étaient suspendues à des clous, à quatre endroits différents le long du mur.
Un vieux personnage, autrefois gentilhomme et qui l'était encore, en supposant que l'adversité et la misère ne flétrissent pas la noblesse, était couché dans
2l8 VOYAGE SENTIMENTAL
un lit à moitié entouré de rideaux, la tête appuyée sur sa main en guise de chevet. Il y avait une petite table tout auprès du lit, et sur la petite table une chandelle qui éclairait tout l'appartement.
On avait placé la seule chaise qu'il y eût près de la table, et le notaire s'assit sur la chaise. Il tira de sa poche une écritoire et une feuille ou deux de papier qu'il mit sur la table... Il exprima, du coton de son cornet, un peu d'encre avec sa plume, et, la tête baissée au-dessus de son papier, il attendait d'une oreille attentive que le gentilhomme lui dictât son testament.
« Hélas! monsieur le notaire, — dit le gentilhomme, — je n'ai rien adonner qui puisse seulement payer les frais de mon testament, si ce n'est mon histoire... Et je vous avoue que je ne mourrais pas tranquillement si je ne l'avais pas léguée axi public... Je vous lègue, à vous, qui allez l'écrire, les profits qui pourront vous en revenir... Mais prenez garde que le libraire ne vous les écorne... C'est une histoire si extraordinaire que tout le genre humain la lira avec avidité... Elle fera la fortune de votre maison. Mais, encore
une fois, prenez garde au libraire...»
Le notaire, <lont l'encre était séchée, en puisa encore comme il put...
«c Puissant directeur de tous les événements de ma vie ! » s'écria le vieux gentilhomme en levant les yeux et les mains vers le ciel j — ô toi, dont la main m'a conduit, à travers ce labjnrinthe d'aventures étranges, jusqu'à cette scène de désolation, aide la mémoire fautive d'un homme infirme et afâigé... Dirige ma langue par l'esprit de ta vérité éternelle, et que cet étranger n'écrive rien qui ne soit déjà écrit dans ce livre invisible qui doit me condamner ou m'absoudre. »
Le notaire, qui avait ouï dire que les romans n'étaient que des mensonges, était enchanté d'en avoir un à écrire qui ne serait que des vérités... Il éleva sa plume entre ses yeux et la chandelle, pour voir si rien ne s'opposerait à la netteté de son écriture, et il n'avait jamais été si bien préparé.
« Cette histoire, monsieur le notaire, — ajouta le ràoribond, — réveillera toutes les sensations de la nature... Elle affligera les cœurs humains-... Les âmes les
plus dures, les plus cruelles en seront émues de compassion. »
Le notaire brûlait d'impatience de la commencer, et l'on soupçonne même qu'il conçut le projet, dès ce moment, de la donner au public, comme si elle était de lui...
Il s'imaginait qu'on regarderait comme un prodige qu'un notaire eût su écrire quelque chose en français...
Il reprit donc de l'encre pour la troisième fois, et le malade, en se tournant de son côté, lui dit :
« Écrivez, monsieur le notaire, — et le notaire écrivit ce qui suit...
— Où est le reste? — dis- je à La Fleur, qui entra en ce moment dans ma chambre.