‹ Voyage sentimentalChapitre 9 sur 53 · UN PRETE POUR UN RENDU · texte numérisé non relu

UN PRETE POUR UN RENDU

Je marchais dans le long corridor. Il me semblait qu'une ombre plus épaisse que la mienne en obscurcissait le passage.

C'était effectivement M. Dessein, qui,

étant revenu de vêpres, me suivait complaisamment, le chapeau sous le bras, pour me faire souvenir que je Tavais demandé. La préface que je venais de faire dans la désobligeante m'avait dégoûté de cette espèce de voiture, et M. Dessein ne m'en parla que par un haussement d'épaules, qui voulait dire qu'elle ne me convenait pas.

Je jugeai aussitôt qu'elle appartenait à quelque voyageur idiot, qui l'avait laissée à la probité de M. Dessein, pour en tirer ce qu'il pourrait. Il y avait quatre mois qu'elle éuit dans le coin de la cour. C'était le point marqué où, après avoir fait son tour d'Europe, elle avait du revenir. Lorsqu'elle en partit, elle n'avait pu sortir de la cour sans la raccommoder; elle s'était depuis brisée deux fois sur le mont Cenis.

Toutes ces aventures ne l'avaient pas améliorée, et son repos oisif dans le coin de la cour de M. Dessein ne lui avait pas été favorable. Elle ne valait pas beaucoup, mais encore valait-elle quelque chose...

Peut-être était-elle à quelque personne brouillée avec la fortune... Et, quand quelques paroles peuvent soulager la mi-

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Ce que vous dites est bien vrai, monsieur, — dit-il, — mais je ne ferais, dans ce cas-là, que changer d'inquiétude et avec perte. Figurez-vous, je vous prie, mon cher monsieur, si je vous vendais une voiture qui tombât en lambeaux avant d'être à la moitié du chemin, fîgurez-vous que j'aurais à souffrir de la mauvaise opinion que j'aurais donnée de moi à un homme d'honneur, et de m'y être exposé vis-à-vis d'un homme d'esprit. »

La dose était exactement pesée au poids que j'avais prescrit. Il fallut que je la prisse... Je rendis à M. Dessein son salut, et, sans parler davantage de cas de conscience, nous marchâmes vers sa remise pour voir son magasin de chaises.

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