CHAPITRE IV
Paysages. *
Bellot excelle dans la description de ces ta- .… bleauï-def régions arctiques, et nous croyons
ne pas déplaire à nos jeunes lecteurs en leur offrant encore quelques peintures de ces terres désolées qui, à certains égards, nous paraissent des modèles de description. La plume paraît
même se refuser à en reproduire les sauvages beautés.
« À deux heures, en laissant le quart , au “lieu d'aller me coucher, j je réveille M. Ken-
nedy, et nous allons courir sur la glace, pour-
l'écle
sir d
craq chaq milie pinc.
du s Péga main que
grett
vent sur quelques pools (1 } faisant retentir,au | L.
milieu de ces solitudes, leur souffle puissant
| £omme celui d’un tuyau d'orgue. Le soleil se
venge de l'éclipse d'hier et prend sa revanche À
< dore de ses reflets les montagnes de glace qui
nous entourent et brillent comme une cuirasse;
on dirait une mer de glaciers montrant leur
surface dorée conime les épis mûrs d’un champ
de blé.1l yâun charme tout particulier dans
l'éclat de cette lumière sans chaleur. Quel plai-
ces ta-. sir de courir ainsi sur cette croûte de glace qui croyons craque sous nos pas et peut s’entr'ouvrir à en leur chaque instant! 11 ÿ a là plus de poésie qu’au 28 térres milieu des’ laves brûlantes d'urvolcan! Quel raissent pinceau pourrait reproduire 1e mille beautés e paraît du soleil se jouant au mjjién des glaces! Que ; Auvages Pégase est empêché, surtout sous une pauvre main plus habituée à emboucher le porte-voix art, au que la trompette des Muses ; et que.je re- . Ken- grette Ton -impuissance de chaque jour, de.
, pour-
120 VOYAGES À LA RECHERCHE chaque instant, dans cet océan d’impressions! » £ |
Quand Bellot était à. présence d’une de ces scènes grandioses de la nature, il gémissait de n’avoir pas, pour rendre ses impressions, la plume d’un Chateaubriand ou d’un Humboldt.
Toutefois sa plume n’a point trahi son impuissance dans le morceau qu’on va lire !
«15 août, minuit. — La brumese dissipe, et, par un joli clair de lune, nous appareillons de nouveau. Une légère brise ride à peine les lacs compris entre de gros glaçons; une petite houle trace autour des grands bergs une mince couronne argentée que nous ne franchissons pas. Le navire, comme un fantôme, glisse sans bruit dans les sinueux détours d'un labyrinthe
. Le gong 1) chinois appelle les gens
de quart, et trouble seul le sommeil des rotches qui nous lancent leurs malédictions avec ce
(1) Sonnette particulièrè qui ne retentit que longtemps
% après qu'un marteau l’a frappée. Le son, d’abord sourd,
s’enfle p progressivement et Arrive à une grande intensité.
impres-
e de ces émissait ions, la
mboldt.
impuis-
sipe, et,
llons de
les lacs
> petite
e mince
hissons
sse sans yrinthe les gens srotches avec ce
ongtemps rd sourd,
piaulement criard particulier aux oiseaux de mer ; ils s’envolent par bandes, cffrayés des
sons lugubres de notre gong qui les chasse ; de
même lebourdon d’une vieille cathédrale fait
fuir les timides hiboux. La scène n'est pas
sans poésie : on respire à peine, comme si l’on
| cruise d'éveiller le génie malfaisant des
gläcés auquel sa proie va échapper... . La
neige qui sourit aux rayons du Sorel c'est
‘presque une scène méridionale : c’est l'Arabe
revêtu de son burnous éblouissant; c’est la blanche hermine qui recouvre la toilette de bal des jeunes filles; mais nous sommes trop près de ces longs jours d’une lumière qui échauffe le cœur; le contraste est trdp frappant entre la lumière dorée du soleil et la lumière argentée de la lune. Les pâles rayons de celleci se reflètent en vain sur ces masses de glaces; ce blanc mat, ce gris de plomb vous font froid au dos, et tout semble, à cette odeur de linceul, ressentir les impressions du tombeau. et du néant... »
tensité.
sg
122 VOYAGES A a RECHERCHE
Mais, suivant nous ‘le chef: d'œuvre des descriptions contenues dans le Journal de Bellot est le petit morceau suivant : |
« 41 juillet. — Le temps est magnifique, et il fait presque chaud: Nousrestons immobiles sur une mer d'huile. Ce n'est point un de ces calmes de l'Océan où il y a toujours une houle
‘qui agite le navire et où les voiles retombent pesamment le long des mâts. Il semble que tout sommeille ; l'équipage est en bas, parce
qu'il n’y a rien à faire sur le pont. Mais , grâce
à ces rayons bienfaisants qui dorent d’un gra-
cieux reflet la surface polie des ice-bergs, la |
nature n’est point morte; on sent la vie sous tette complète immobilité; c’est l'image du repos et non de la mort. De temps en temps, : une sourde détonation annonce le résultat de la décomposition amenée sans doute par la chaleur ; un roulement saccadé se fait entendre, semblable au 'fracas-du tonnerre dans nos orages d'automne, et nous voyons la tête d'un ice-berg se détacher du tronc, glisser ea mu-
des des- | » Bellot
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= DE SIR JOHN FRANKLIN. 123 gissant, et se précipiter dans l'onde au milieu des nuages d'écume qui jaillissent à une grande 4 hauteur. Le monstre oscille plusieurs fois comme pour se raffermir sur sa base, ou peut-
être en signe de salut aux autres ice-bergs. Une
longue houle va dire à plusieurs milles de distance son entrée dans le monde ; quelques minutes encore, et, naguère partie dépendante
d'un bloc plus gros, il est maintenant lui-
même membre de cette famille de géants. »
Après avoir lu ces morceaux choisis, un peu
au hasard, dans le Journal de Bellot, comment ne pas regretter amèrement, au simple point
de vue littéraire, la mort de ce jeune officier de marine !.…