LES INSIGNES IMPÉRIAUX
Les deux manteaux du couronnement de Leurs Majestés sont pareils : en brocart d'or, garni d'hermine; les traînes ont près de trois mètres et l'aigle impérial, brodé en noir sur le fond de ces manteaux, a plus d'un mètre de hauteur.
La couronne de Sa Majesté TEmpereur est faite de deux mille quatre cents diamants, enchâssés de telle sorte que nulle part on ne voit Tor dans lequel ils sont incrustés; cette couronne n'est pas une des vieilles couronnes des Tzars qu'on voit au musée des couronnes et qui sont beaucoup trop lourdes; elle remonte au règne de Catherine II; une croix en diamants la surmonte, cette croix a pour socle un rubis de la grosseur moyenne d'un œuf.
Le globe est en or; une guirlande de brillants et de perles l'entoure ; sur ce globe, également une croix en diamants dont le centre est un saphir de trois cen* timètre» environ.
Le sceptre est fort simple -et très léger de forme ; il est en or, pas- très grand et la main de justice tient un des plus gros diamants du monde, le Lazare ff vendu à Catherine II par un Arménien qui l'avait apporté des Indes. La légende qui se tait sur la façon dont l'Arménien s'appropria le brillant, ' ajoute que, pour plus de sécurité, l'Arménien se fît une incision dans le mollet et y cacha la pierre précieuse ; la plaie
fermée, il se mit en route avec son trésor que les I chirurgiens ont ensuite extrait à Moscou.
1 Les grands colliers de Tordre de Saint-André de
Leurs Majestés sont entièrement en diamants ; rËm- [ pereur a, de plus, TÉtoile de Tordre en brillants.
i La couronne de S. M. TImpératrice est petite, une
\ véritable couronne de femme, destinée à être portée
sur la coiffure ; comme celle de TEmpereur, elle est entièrement en diamant^; la croix repose sur un brillant énorme.
Tous ces insignes sont éblouissants de luxe, et je dois ajouter aussi qu'ils sont d'une forme élégante.
Les autres insignes impériaux sont le grand sceau de TÉtat et le glaive de TEmpire, un grand glaive, que le colonel des chevaliers-gardes tient pendant la cérémonie religieuse et enfin l'étendard de TEmpire. Ces insignes ont été transportés la veille au palais et seront tenus maintenant dans le cortège par de hauts fonctionnaires. Les couronnes et les colliers, le sceptre et le globe reposent sur des coussins en velours rouge garnis de bandes d'or.- Je n'essaye même pas de donner le titre officiel de chaque fonctionnaire qui prend part au cortège ; les grades ici sont si nombreux, si variés et se décomposent ensuite n une infinité de sous-grades dans lesquels on seperd.
DU TRONE A L'aUTEL
La famille impériale, dès huit heures et demie, est doac assemblée dans les appartements de Catherine, tandis qu'à côté d'elle se réunissent les personnes qui figurent dans le cortège. Le corps diplomatique s'est réuni ce matin à sept heures chez son doyen, M. de Schweinitz, ambassadeur d'Allemagne, et s'est rendu en corps à la cathédrale; des centaines de carossesgala escortés de cavaliers, des milliers de voitures particulières ont conduit les invités soit dans les tribunes extérieures, soit sur. tous les points d'où Ton peut apercevoir le cortège. Les cloches sonnent, le canon tonne. Sur. la galerie qui mène du vestibule sacré à l'escalier" des Lions apparaissent des hérauts d'armes qui, à son de trompe et au roulement des timbales, annoncent que l'heure solennelle approche. Comme curiosité, et afin de donner la note exacte des préoccupations de cette journée, je dirai que, pour pénétrer dans la cathédrale, les membres du corps diplomatique ainsi que les missions extraordinaires doivent exhiber leurs cartes d'invitation, pour rendre impossible la venue d'un intrus déguisé en ambassadeur.
Le temps est froid et couvert.
Vers neuf heures, la famille impériale, en grande cérémonie quitte son centre et,précédée des grands chambellans, chambellans, archi-ministre, grand maître
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et mattres des cérémonies, se dirige vers la salle du trône au milieu d*un enthousiasme que Taustéritéde la situation ne peut même pas contenir. Ah ! que n'ai-je la science particulière d'Étincelle pour décrire en détail les costumes! Pourquoi ne suis-je qu'un simple ignare en pareille matière? c'est tout au plus si je sais distinguer le velours de la peluche ; la traîne de l'Impératrice, soutenue par les pages, a quatre niètres de longueur, et est en drap d'argent. S'il y a des diamants, des diadèmes, des colliers de perles incroyables, ne me le demandez même pas. Tout ce luxe extérieur du cortège impérial a été fourni, en ce qui concerne les soieries et les velours, par la ville de Lyon ; j ai vu l'un des fournisseurs : la plus modeste des robes est de trois cents francs le mètre. C'est incroyable, ahurissant, aveuglant de luxe, de* goût et de richesse.
Leurs Majestés prennent place sur le trône dans la salle Saint- André, dont le mobilier a les couleurs de l'ordre. Elles ont traversé quelques petits salons et la salle des gardes, puis la salle Saint-Georges, la plus belle du Kremlin, bien plus belle que la salle duTrône ; elle est longue de soixante-un mètres, large de vingtun et a dix-sept mètres d'élévation ; dix-huit colonnes où courent des ornements d'or sur le marbre supportent le plafond ; sur les murs, en lettres d'or incrustées dans le marbre, les noms des régiments qui se sont distingués en campagne ainsi que les noms des officiers décorés de l'ordre de Saint-Georges, la plus
élevée des décorations militaires, et qui ne s'accorde que pour faits de guerre.
La salle Alexandre, qui vient ensuite, est rouge et or ; elle porte son nom de Tordre d'Alexandre Newsky, le grand patron russe. C'est dans la salle Saint-André que s'élève le trône. Comme je ne suis pas venu en Russie pour tout acclamer dans un même enthousiasme, je dirai que, malgré les richesses de ces salles, elles ne soutiennent aucune comparaison avec Versailles ou même avec ce que furent les Tuileries. Il manque généralement à la décoration des salles du Palais le style, le goût des détails dans l'ornementation .
Ensuite le ministre de la cour s'avance vers Leurs Majestés et annonce qu'un premier Te Deum a été chanté, que les Heures ont été dites et que le moment du couronnement approche. Précédé de toute sa maison et suivi de tous les membres de la famille impériale et des princes étrangers, le Czarewitch devance ses augustes parents à la cathédrale. La maison impériale y est reçue par le clergé et conduite aux places qui lui sont réservées sur l'estrade où va avoir lieu le couronnement.