‹ Voyages à travers le mondeChapitre 6 sur 21 · LA VILLE — LES NIBELUNGEN — LE CRÉPUSCULE DE M. WAGNER · texte numérisé non relu

LA VILLE — LES NIBELUNGEN — LE CRÉPUSCULE DE M. WAGNER

11 août 1976.

L'échéance fatale approche; à mesure que je m'avance vers le festival de Bayreuth, je deviens inquiet. Voici cinq ou six jours que je me promène avec les livrets de M. Wagner et toutes les brochures explicatives, enfin avec toute une littérature spéciale qu'un de mes amis a spirituellement appelée : Le Guide de l'étranger dans la musique de V avenir.

Aujourd'hui je voudrais bien, sans ennuyer le lecteur, si cela se peut, vous dire rapidement quelques mots sur l'épopée où M. Wagner a puisé les livrets de *<es opénus. Mais auparavant il est, je crois, utile d expliquer pourquoi l'homme dit de l'avenir, a fait

reconstruire le théâtre de Bayreuth? C'est lui-même qui l'explique dans lavant-propos du volume qui contient les quatre poèmes dont la lecture, en ce qui concerne les vers, vous procure une de ces jouissances que je ne saurais comparer qu'au plaisir que prouve un gourmet, lorsqu'un restaurateur lui sert une double semelle, sauce madère.

Ce que veut M. Wagner, le voici à peu près.

L'homme de l'avenir confesse, avec cette outrecuidance qui lui est propre, qu'aucune scène ne peul représenter son œuvre. Il ne veut pas de ce public qui, après le labeur du jour, va au théâtre pour se distraire, de ce public imbécile de tous les peuples qui va tout bonnement entendre Guillaume Tell ou le& Huguenots; il lui faut un public à part qu'il puisse entraîner dans une ville de province et à ce point détaché de l'humanité, qu'après avoir médité toute la journée sur les plaisirs du soir, il vienne au théâtre, sévère et recueilli comme on entre dans une église. Les premiers accords de l'orchestre mystique (c'est l'expression de M. Wagner), doivent envelopper l'esprit de l'auditoire, l'arracher à la vie terrestre et le transporter dans les régions pures de l'idéal. C'est pour cela que M. Wagner a ressuscité la vieille scène de Bayreuth avec l'argent des princes, et, grâce, dit-il, à une association dhommes et de femmesaimant les arts, et possédant une fortune suffisante pour lut fournir les moyens d'une première représentation modèle sur un théâtre modèle. M. Wagner engageles

princes à ne plus subventionner les théâtres immondes qai jouent ce que l'humble mortel appelle « Topera » et à réserver leurs fonds pour soutenir le théâtre modèle qui, lui, ne représentera que le « drame lyrique », créé par M. Wagner.

Voilà qui est net et clair 1 A la hotte Tœuvre de Hossini ! A la hotte Tœuvre de Meyerbeer I A la hotte les opéras de tous les temps et de tous les peuples. Voici le chiffonnier qui passe. D*un coup sûr il arrache les vieilles affiches et les lance par-dessus sa tête dan^ Ja hotte de l'avenir I A la hotte le Prophète I A la hotte Faust I A la hotte la Muette I Ils y gisent tous, pôle mêle, les anciens et les modernes, comme des grenouilles dans une mare î

Et quand je pense que Mozart mort si jeune, a composé son immortel Don Juan sans écrire la moindre brochureexplicative,niavant,ni pendant, ni après; qu'il lui asuffi d'ouvrir lesécluses de son génie pour inonder le monde de ces admirables inspirations, faites d'émotion et de bonne humeur ; que, tout bêtement, l'œuvre une fois terminée, il l'a livrée, non à un public spécial mais à cette foule de tous les pays qui, dans son ensemble, constitue l'humanité. Quand je songe à tout cela, l'homme de l'avenir, qui est un halluciné, disparait dans une trappe et l'homme du passé, qui fut tout simplement un génie, s'élève rayonnant de gloire sur le pic le plus escarpé de Tart vrai, de cet art qui vient du cœur et va droit à l'âme.

Maintenant un mot des Nibelungen.

262 MÉMOIRES D UN l'ARISIEN

Le poème du moyen-âge qui a inspiré M. Wagner, est le résultat d'un grand nombre de légendes distinctes qui, confondues en une seule épopée, forment dans leur ensemble unlivre admirable. C'est rhistoire des passions humaines se déchirant entre elles : la soif de l'or, l'amour, la haine, la vengeance, traversent celte épopée avec leur cortège, laissant sur leur passage une mer de sang. La princesse Kriemhiide. sœur du roi Gunlher, résidant à Worms, en estrimplacable héroïne. Un fils du roi, Siegfried, venu à Worms pour voir la princesse, arrive juste au moment où les Danois et les Saxons ont déclaré la guerre au frère de Kriemhiide. C'est ce Siegfried de la légende qui a conquis l'immense trésor que les Nthelungen, dans leur fuite, ont enfoui dans le Rhin ; il a pris au nain redoutable, Alberich, le casque qui rend invincible le chevalier (|ui le porte ; c'est lui encore qui a tué un monstre et s'est baigné dans son sang, qui met à l'abri du glaive et du javelot. Il demande la main de la princesse.

Hagen,le fidèle serviteur du roi, connaît seulle^ hauts faits du héros aimé. Le roi, qui est veuf, met une condition à l'union des amants ; Siegfried combattra la terrible reine Kriemhiide du Nord^ que nul n'a pu vaincre en combat singulier. Le prince part. désarme l'amazone et la force à le suivre à WormSi pour se rendre au roi. Kriemhiide ne connaît pas son véritable vainqueur, rendu invisible par le fameux casque du nain Alberich. Après les fêtes des épou-

saiUeSy Siegfried part avec sa femme aimée pour son royaume sur les confins de la Hollande.

Dix années se sont écoulées. Le roi Siegfried et la reine Kriemhilde viennent rendre visite auroi Gunlher et à la reine Brunhlelde; la querelle éclate entre les deux princesses. Kriemhilde, dans un accès décolère, déclare àson ennemie quecen'est point le roi Gunther, mais bien son époux adoré, le beau et vaillant Siegfried qui Fa vaincue, et pour preuve, elle lui montre i'anneau et la ceinture qu'elle a perdus dans le combat. Dès ce moment, la mort de Siegfried est décidée. Brunhielde charge de cette vengeance Hagen, le fidèle «erviteur de son roi. La douce Kriemhilde, tremblant pour son époux, prie ce même Hagen de veiller sur ^on Siegfried. Le sang du monstre le rend invulnérable, mais il a, entre les deux épaules, une place que le sang du dragon n'a pas mise à Tabri de l'arme. Entre les deux reines, Hagen n'hésite pas. Fidèle serviteur de sa souveraine, il tue Siegfried pendant la chasse.

Depuis la mort de Siegfried, la douce Kriemhilde -est devenue une panthère; elle ne songe plus qu'à venger son époux assassiné. Une occasion se présente. Le roi des Huns, Etzel, envoie un ambassadeur chargé de demander pour lui la main de Kriemhilde. Elle consent à là condition que ce roi puissant devienne son vengeur. Pendant sept ans, elle médite son plan. La naissance d'un fils lui fournit l'occasion tant désirée. Le roi des Huns invite le frère de Kriemhilde à

*i64 MÉMOIRES d'UN PARISIEN

venir le voir. Gunther part avec son fidèle Hagen^ accompagné de 1,000 chevaliers et de 9,000 valeU? ; ils arrivent dans le pays des Huns. A la vue de Hagen, l'assassin de Siegfried, la reine appelle les Huns au combat contre ses compatriotes et ses hôtes. C'est ici que se place le récit épique des combats. Ce n'est de part et d'autre qu'un massacre sans trêve ni merci. Il y a un passage de l'épopée terrible entre tous. Le roi Gunther, Hagen et une poignée de leurs gens se sont barricadés dans une maison à laquelle Kriemhilde fait mettre le feu ; ils se défendent contre les flammes avec leurs boucliers en acier, et comme ils sont menacés de mourir de soif dans le brasier où ils^ sont enfermés, ils boivent le sang des blessés.

Le roi Gunther et Hagen faits prisonniers sont conduits devant la reine. Ce sont les seuls qui aient survécu au combat. Kriemhilde saisit un glaive et de sa propre main elle tue Hagen d'abord, son frère ensuite. Siegfried est vengé mais à son tour la reine tombe frappée par un de ses serviteurs indigné de l'assassinisit des deux autres.

De tous ces combattants, le roi de» Huns survitseuL L'épopée ne dit pas si le. vôuf est resté inconsolable jusqu'à la fin de ses jours.

Par le rapide résumé qui précède, le lecteur jugera sans doute que ce n'est pas précisément \ei^ostillon de Longjumeau que M. Wagner a coupé en quatre morceaux pour les fepré^eQfcBitions de Bayreuth. Us se contenteront, je l'espère,' de cet aperçu géaéral.du

poème épique qui, avec une grandeur digne de Tantiquitéy dépeint les passions, les vertus et les bassesses humaines.

M. Wagner ne s'est pas contenté de mettre au théâtre les héros de cette partie purement humaine de l'épopée qui a déjà fourni tant de tragédies au théâtre allemand. Il est remonté aux premières traditions de la légende dans laquelle les dieux du Nord, jouent un rôle im portant. Sous la plume de M. Wagner, le poème héroïque est devenu une sorte de féerie dans laquelle il est assez difficile de se débrouiller.

Voilà le spectacle curieux qui m'attend àBayreuth^ sans compter que le théâtre est bâti d'après un plan de M. Wagner, avec un orchestre invisible et un luxe <le décors et de flammes de Bengale dont on nous» promet monts et merveilles.

Mais avant d'entrer dans la ville, je voudrais bien dire un mot personnel à M. Wagner.

Oui, monsieur Wagner, Paris qui a fait un boh accueil à Rienzi a été moins tendre pour le Tannhauser. Cette légende, si chère à l'Allemagne, n'eut pas le don de séduire le public de TOpéra. Mais de cette tempête le Conservatoire et les concerts populaires ont sauvé les épaves. On vous a souvent applaudi à outrance, très souvent, et dans ces derniers temps, on ^ous a parfois sifflé. Dire que dans votre œuvre on ait sifflé toute la nation, c'est une prétention que vous ne sauriez avoir, quelle que soit votre vanité I Ces sifflets étaient la réponse à une brochure nauséabonde

266 MÉMOIRES D*tN PARISIEN

dont VOUS avez essayé d accabler Paris qu*on pouvait croire à Tagonie !

Depuis les terribles événements de 1870, monsieur Wagner, je me suis tenu à Fécart des discussions ar> dentés. Le rôle d'un honnête homme comme moi, n'était pas de prendre part à la querelle entre deux pays, dont l'un fut mon berceau et dont l'autre m a tendu une mainhospitalièrequand, inconnu et pauvre, je suis venu lui demander du travail et un tout petit peu de cette renommée qu'il prodigue. L'estime de mes lecteurs a été la récompense de ce silence obstiné. Paris, Monsieur, comprend à demi mot les choses de la délicatesse et les subtilités de l'honneur.

Mais aujourd'hui. Monsieur, que je me trouve sur Ja terre allemande, en face de vous, je tiens à vous dire dans le blanc des yeux, que votre pamphlet contre Paris a été une vengeance plate et odieuse. Les cendres de Henri Heine, l'immortel poète, et de Louis Boerne, le grand satirique, en ont dû tressaillir de honte et de colère sous la terre parisienne où elles reposent.

Paris, Monsieur, n'a pas toujours été cette cité expirante, à laquelle il vous a plu de donner le coup de pied de l'avenir. La grande ville fut, dans un temp? dont il convient de se souvenir, le pays hospitalier où les plus grands esprits de l'Allemagne, chassés de leur patrie ingrate par la police, sont venus se réfugier contre une persécution abominable poursuivant ceux qui aimaient la liberté, si chère à tous les penseurs. Je crois même, monsieur Wagner, que vous

étiez du nombre, alors que, simple barricadier de Dresde, vous avez demandé à Paris un abri contre la peine de mort dont vous étiez menacé sur le so[ natal!

Regardez maintenant ce Paris que vous avez insulté. Le Toici debout avec son admirable intelligence et son magnifique instinct d'artiste : sans se préoccuper de votre indigne pamphlet, il veut savoir si vous êtes vraiment le grand musicien, qu on a dit appelé à bouleverser un art démodé. Les artistes et les journalistes parisiens arrivent en nombre à Bayreulh, non pour vous siffler mais pour vous écouter. Dites maintenant. Monsieur, si Paris ne fait que danger le cancan ?

Et maintenant, à nous deux, monsieur lartiste ! ne parlons plus du misérable pamphlétaire qui a commis une méchante action un jour que son intelligence était absente. Paris a, comme on dit, les reins si solides, qu'il peut avec une dédaigneuse hauteur, oublier qu'en un jour de démence, un musicien d'un grand talent, s'est déguisé en hercule de la foire pour essayer de tomber les tours de Notre-Dame.

13 août 1876.

Après avoir résumé Fépopée des Nibelungen, je vais faire connaître les quatre livrets philosopho-dramatico-féeriques que M. Wagner a tirés du poème original en y mêlant les dieux et toutes les vieilles légendes de> peuples du Nord et des bords du Rhin.

Je compte donc envoyer de Bayreuth, non des disgressions savantes, mais des causeries d'un Parisien en tournée. Moins j'aurai à parler de la poésie de M. Wagner, plus je pourrai m'étendre sur le côté pittoresque de ces représentations curieuses. Je prie donc très humblement le lecteur de vouloir bien lire attentivement le résumé des quatres livrets, afin que je n'aie plus à m'occuper du littérateur Wagner, à qui je dois depuis huit jours les heures les plus difficiles de ma vie.

RHEINGOLD

Au fond du Rhin est enfoui un trésor d'où le premier opéra tient son titre. Rheingold c'est l'or du Rhin

VOYAGES A TRAVERS LE MONDE ^.ô»-

que gardent les fées dans les profondeurs du fleuve. Il suffît de porter au doigt un anneau fait avec cet or, pour être le plus puissant sur la terre. Un casque fait du même métal rend invisible celui qui le porte et lui permet de vivre sous n'importe quelle forme.

Les dieux, les géants et les nains se disputent le règne du inonde. Les géants ont la force ;les nains dits Nibelungen, l'intelligence et la ruse. Quant aux dieux, ils sont tenus^ par leur haute situation, à ne point montrer les passions des mortels. Le dieu Wotan est descendu sur la terre : il craint que le& hommes ne deviennent plus puissants que son Olympe ; il croit que le moment est venu de donner aux humains une preuve matérielle de sa puissance. Pour ce faire, il s'est adressé au prince des géants, à Farfax, et il lui a promis la main de sa sœur Freija, la déesse de Téternelle jeunesse, si, en une nuit, les géants parviennent à lui bâtir sur la montagne un palais, à nul autre pareil, qu'on pourrait apercevoir des quatre coins du monde. Le lendemain matin, le palais est terminé et le prince des géants réclame son salaire» ^olan a promis, mais son confident Loge, moitiédieu, moitié homme est moins engagé ; il raconte au ^éant que la femme est le plus grand bien pour tous» excepté toutefois pour Alberich, le prince des Nibelungen, qui a renoncé à jamais à l'amour, malgré les^ séductions des sirènes, et s'est, de la sorte, rendu "îaître deTor du Rhin, qui donne la toute-puissance. ^ tes mots, le géant devient inquiet. La soif de la

■270 MÉMOIRES d'un PARISIEX

domination remporte sur Famour: il est prêt à rendre Freija, à la condition que Wotan lui livre For du Rhin. En attendant, il gardera la déesse comme otage.

La déesse de la Jeunesse étant partie, Wotan se sent vieillir ; son dos se courbe ; ses jambes fléchissent. Il lui faut donc conquérir For du Rhin pour délivrer la déesse de la Jeunesse. Avec Loge, il descend dans les flots, où ils trouvent le prince des Nibelungen en train de fabriquer Fanneau et le casque. Il répugne à Wotan d'employer la force, mais Loge n'a pas la susceptibilité d'un dieu. Il s'empare, moitié par la ruse, moitié parla force, des talismans. Le nain, trompé et vaincu, se redresse alors et s'écrie :

— Garde donc cet anneau. Qu'il soit maudit à jamais, celui qui le porte I

L'or du Rhin est livré au géant Farfax en échange de la déesse : mais à peine le géant est-il possesseur des joyaux maudits que son propre frère veut s'e/i emparer. Un combat s'engage ; le géant Farfax tue son frère. La sinistre prophétie du nain commence à se réaliser.

Cependant Wotan n'est pas tranquille. Les talismans au pouvoir des géants, sont un danger pour les dieux. De son palais, dit W^alhalla (le Temple des élus, on verra tout à l'heure pourquoi), il surveillera les mortels pour guetter le moment propice de ravir au géant For du Rhin, sans compromettre sa divinité. Wotan va se recueillir; il fait un geste, un arc-en-ciel

«e lève à Thorizon, descend d'un côté dans la plaine, et c'est sur ce pont surnaturel que le dieu se rend à son palais, tandis que du cours du Rhin les sirènes font entendre leurs plaintes et pleurent le trésor enlevé.

LA WALRURE

Wotan, voyant les dieux menacés par les mortels, est descendu sur la terre ; il se fait aimer de la divineresse Erda qui lui donne neuf filles. Ce sont les Walkures ou Amazones qui, après la bataille, choisissent les héros trépassés et les portent sur leurs coursiers à travers les airs au château de Walhalla. Ici les grands héros renaissent à la vie et forment un bataillon sacré au service des dieux.

Mais tant que Wotan n*aura pas Tor du Rhin, -c'està-dire toutes les richesses du monde, il ne sera pas le plus fort. Le dieu, engagé parsa parole envers le géant, ne peut pas lui ravir le trésor. Farfax, le géant sans intelligence, ne sait que faire de son or ; il en jouit à la façon ^de ces faux mendiants qui jouent de la clarinette sur le pont des Arts et se couchent le soir ^ur un matelas bourré de titres de rente. Le géant s'est transformé en dragon , vomissant le feu par les naseaux et s'est retiré avec son trésor dans une caverne inabordable.

Wotan commence à transiger avec sa conscience ;

272 MÉMOIRES d'uiS PARISIEN

il voudrait donner le jour à un mortel qui, sans sod secours, tuerait le dragon et s emparerait du trésor; après quoi, le dieu pourrait- à son tour s'en rendre maître sans manquer de parole au géant.

G^esl ce que nous appelons à Paris un « roublard ». Donc Wotan, sous le nom de Waelse, descend sur la terre et se marie avec une simple mortelle. Deux enfants, de sexe différent, viennent au monde; Siegmund et Sieglinde. Waelse et son fils se distinguent parmi les hommes par de grands exploits qui leur suscitent de nombreuses inimitiés. Un jour, en leur absence, les ennemis tuent la mère, enlèvent la jeune Sieglinde et mettent le feu à la maison. Waelse et son fils cherchent un refuge dans la forêt, Sieglinde. enlevée, et devenue la femme d'un homme qu'elle exècre. Pendant le repas nuptial, le dieu Wotan ou Waelse entre sous un nouveau déguisement, — c'est ce que nous appelons à Paris un rôle à tiroirs; il plonge son glaive jusqu'à la garde dans le trou d'un chêne énorme, dit que ce glaive appartiendra à l'homme assez fort pour l'en retirer. Parmi les chevaliers, nul ne le peut ; mais Sieglinde a reconnu le glaive de son père ; elle sait maintenant que quelqu'un veille sur elle; elle comprend qu'un homme viendra s'eniparer de ce glaive et que cet homme deviendra son époux. Quant au fils de Waelse, Siegmund, il a perdu la trace de son père, combat seul contre ses ennemis, perd dans un dernier combat jusqu'à, ses armes et fuit comme un homme désormais sans défense.

Cet avant-propos est nécessaire afin de faire comprendre, si c'est possible, l'action de la Walkure.

L'opéra, la Walkure, commence ce soir, Siegmund, uyant toujours, pénètre dans la maison de son beaurère Hunding. Sieglinde ne reconnaît point son frère [ui a vécu depuis une année dans la forêt comme un Btuve et porte sur son visage les traces des nomreux combats qu'il a soutenus. Il fait nuit. Siegmund, esté seul auprès du foyer mourant, se demande où il rouvera un glaive pour le combat du lendemain. iieglinde, en bonne épouse, a donné un narcotique à on mari et vient raconter à cet étranger l'histoire le l'arme plongée dans le chêne et que nul n'a encore >u en retirer. Avec un suprême effort, Siegmund empare du glaive. La pauvre Sieglinde voit alors în cet étranger l'homme que son père lui destine ; îUe tombe dans ses bras, et le frère et la sœur, sans e savoir, consomment l'amour incestueux.

Au lendemain de cette scène de famille, les ennemis ie Siegmund s'avancent, conduits parle mari outragé. ^ dieu Wotan veut assister à cette lutte avec Brunîïielde, la plus vaillante de ses amazones. Brunhielde ^ deviné le combat qui se livre dans le cœur de son ^^re. Le dieu s'avoue que le héros, né de ses œuvres ^vec une mortelle, ne remplit pas tout à fait le programme; il ne s'emparera jamais de l'or du Rliin par ses propres forces, car qui lui a donné la vie? ^ui» Wotan.^ Qui lui a fourni, dans un moment critiîiie, ce glaive redoutable? C'est \yotaH? Toutes ces

274 MÉMOIRES d'uX PARISIEX

capitulations de conscience ne lui semblent plus dignes d'un dieu ! Que Siegmund, son fils mortel, meure donc dans le combat ! Il renaîtra à la Walbalia où la Walkure emportera son corps. Brunhielde arrive au moment où Sieglinde s'arrache des bras de son amant. Alors la Walkure annonce à Siegmund sa mort prochaine et sa résurrection dans le palais des dieux.

— Et retrouverai-je ma maîtresse aimée? demande Siegmund.

— Non.

— Dans ce cas, je préfère les entrailles de la terre aux splendeurs de la vie éternelle parmi les dieux.

Et il tire son épée pour tuer l'amante d'abord et pour se tuer ensuite.

La Walkure l'en empêche? elle sait le degré de parenté qui l'unit à Siegmund, et, contrairement aux ordres de son père, entraînée elle-même vers ce beau jeune homme, elle s'écrie :

— Tu vivras et tu seras vainqueur!

L'ennemi s'avance, Siegmund, entraîné par la voix de Brunhielde, va porter un coup mortel au mari de son amante. Mais le dieu Wotanapparaît, et larme de Siegmund se brise contre l'épée de son ennemi, il tombe frappé à mort. Sieglinde s'évanouit, mais la Walkure jette la pauvre femme sur son coursier et disparait avec elle. Le dieu Wotan contemple avec une douleur grande le corps de son fils aimé, puis il lui suffit de regarder le vainqueur avec mépris pour que celui-

i tombe mort à son tour. Il a sacrifié son fils aux riûcipes de sa divinité ; mais le mortel qui a frappé iegmund au cœur doit descendre dans le néant. Voisîa est satisfait et comme dieu et comme père )iis le pseudonyme de Waelse.

La Walkure a emporté Sielginde sur une des monignes aux environs du palais des dieux. Ici la jeune îinme renaît à la vie. En apprenant la mort de on amant, elle veut mourir à son tour, mais Brunielde lui annonce que de son court amour avec iegmund elle porte déjà un enfant dans ses enpailles; elle la conjure de vivre, et afin de fuir la olère de Wotan, elle l'engage à se réfugier dans 1 forêt..

Sieglinde part. Mais voici Wotan qui apparaît pour uger la Walkure qui n'a pas obéi à ses ordres; 1 la chassera de la demeure des dieux afin que seule,* it sans protection, elle erre désormais parmi le& nortels. En vain les autres Walkures arrivent et demandent grâce poui- leur sœur. Wotan est inexorable ; il va plonger Brunhielde dans un som- "leil profond : le mortel qui, la trouvant ainsi, la réveillera, sera son époux. Le combat entre le dieu et le père se renouvelle ici. Wotan embrasse la Walkure sur sesyeux qui se ferment ;il Tétend doucement sur la terre, la contemple encore une fois, puis baisse la Visière du casquejie l'amazone ; il couvre la Walkure endormie de son bouclier en acier; puis il ordonne ^^e des flammes enveloppent la montagne afin que

cette sorte de Belle au bois dormant ne soit pas ^ À la merci du premier venu, car, seul, un chevalier «ans peur et sans reproche, osera traverser cette .montagne de feu pour délivrer et épouser Branhiel de.

Page 1