‹ Voyages aériens au long coursChapitre 43 sur 82 · EXPOSÉ · texte numérisé non relu

EXPOSÉ

Le but de la présente étude n'est .point de rechercher comment se comportent, dans leur traversée de TAsie méridionale, les grands fleuves aériens qui sillonnent le Globe, cette recherche s*est trouvée comprise dans notre étude d'ensemble de ces courants généraux. En dehors de ces grands vents réguliers, alizés, contre-alizés, ou vents dérivés de ceux-ci, qui parcourent de grandes étendues de la surface de la Terre, il existe d'autres courants de moindre importance qui, pour se faire sentir entre des frontières plus restreintes, n'en méritent pas moins le nom de tleuves aériens, tant par la belle régularité de leur parcours que par retendue de ce parcours compa« rable à celle des plus grands fleuves continentaux, si elle ne l'est pas à celle des courants océaniques.

Dans notre ouvrage Les Aérostats et f Exploration du continent africain, ont été étudiés les fleuves aériens de l'Afrique; Tun d'eux en particulier, celui qui avec une direction N.-S. va de la Tripolitaine au lac Tchad, est tout à fait distinct des grands courants aériens du Globe énumérés précédemment; par son étendue restreinte il ne mérite pas de porter le môme titre qu'eux, mais néanmoins son parcours est assez notable pour que son utilisation puisse permettre la pénétration du centre africain par voie aérienne dans des conditions de navigation particulièrement favorables. Existe-t-il, à la surface de l'Asie méridionale de ces fleuves aériens secondaires, et, s'il en existe, l'un d'eux ne pourrait-il pas être préféré aux grands courants atmosphériques qui traversent l'Asie pour donner lieu : soit à une utilisation des aérostats analogue à celle à laquelle

peuvent donner lieu certains fleuves aériens de l'Afrique *, soit à une autre utilisation de ces mêmes aérostats, utilisation tenant à une particularité de la portion du continent asiatique située au S. du 45« parallèle?

Par la méthode que nous avons décrite dans l'ouvrage déjà cité, un ballon de volume cependant assez restreint pour pouvoir en tout temps être conduit par un seul aéronaute manœuvrant le lest à la main, serait en état d'entreprendre, avec de grandes chances de succès, la traversée de TAfrique suivant six itinéraires principaux. Pareilles traversées aériennes seraient à la fois possibles et d'un grand intérêt scientifique, parce que le continent africain présente deux particularités dont il a presque le monopole. En premier lieu il se trouve situé tout entier dans la région des alizés; et, nous l'avons démontré, ces vents ont à sa surface, au moins durant un semestre chaque année, une remarquable régularité de souffle et d'orientation. En second lieu, l'exploration de l'Afrique par voie aérienne présenterait un grand intérêt scientifique et même politique, parce que ce continent renferme de nombreux déserts et de vastes régions d'abords difficiles par voie terrestre, soit par suite des obstacles accumulés par la nature à leur surface, soit par suite de la barbarie et de la malveillance de leurs populations; et parcourir ces déserts et ces régions en utilisant le chemin des airs, serait éviter d'une façon complète ces obstacles et se mettre entièrement à Tabri de cette malveillance.

Si l'Afrique présente à un haut degré certaines particularités qui font d'une utilisation raisonnée des aérostats un auxiliaire précieux de la science quand il s'agit d'elle, l'Asie ne présente-t-elle pas, elle aussi de son côté, certaines particularités, soit de même sorte, soit d'autre sorte, capables de motiver également une utilisation raisonnée des navires aériens, soit dans un but analogue, soit dans un tout autre but? Telle est la question que nous nous sommes posée et dont la recherche de la solution nous a conduit à étudier plus spécialement le régime aérien de l'Asie méridionale, après que nous avons eu terminé l'étude du régime aérien semestriel de l'ensemble du Globe.

L'Asie présente, en eflet, une particularité unique bien faite pour

* Voir noire ouvrage Les AérotkUt et VSxploralion du continent africain, déjà cilé.

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attirer rattention. Comme 1* Afrique, bien qu'ft un moindre degré, elle possède des déserts et des contrées fi populations hostiles aux Européens, mais ce qui la caractérise entre toutes les autres parties du Globe est Texistence dans la fraction méridionale de son centre, d'un immense plateau d'altitude moyenne comparable à celle du mont Blanc, hérissé de chaînes de montagnes comparables aux Alpes comme puissance et qui, déjà élevées sur un socle de 4,000 h S,000 mètres de hauteur, dressent leurs sommets à des altitudes presque doubles de celle de la plus grande des cimes européennes.

La présente étude se trouve, par conséquent, divisée en deux parties : dans la première, la plus courte (elle comprend seulement le premier des chapitres qui suivent) est analysé le régime aérien semestriel de l'Asie méridionale; dans la seconde, beaucoup plus étendue, il est traité du mode d'utilisation en vue du progrès de la science auquel nous a conduit la prise en spéciale considération de cette particularité, mentionnée plus haut, du continent asiatique.

Cette application est la suivante : la météorologie et l'astronomie, d'autres branches de la science encore bien qu'à un moindre degré, ont un capital intérêt à l'installation d'observieitoires sur les sommets élevés du Globe ; aussi de nouveaux observatoires de cette nature sont-ils créés presque chaque année sur des cimes de plus en plus hautes. Ne serait-il pas possible d'en installer un sur les points de la Terre qui possèdent la plus forte altitude : l'Himalaya ou le Trans- Himalaya? Pour transporter aisément cet observatoire et conduire sans fatigue les observateurs à l'altitude la plus haute que Thomme puisse atteindre sans crainte de périr faute d'air, ne pourrait*on pas utiliser la voie aérienne en faisant porter sur l'un des sommets des chaînes thibétaines un observatoire monté de toute pièce et des observateurs qu'on ramènerait ensuite dans les vallées voisines par le même procédé, c'est-à-dire au moyen d'un aérostat?

L'étude de cette nouvelle application de Taérostation a fait l'objet des derniers chapitres qui suivent, et nous avons été amenés à analyser successivement dans ces chapitres :

L'utilisation à ce but des courants réguliers de l'atmosphère de

l'Inde; l'Inde étant le pays qui, par sa proximité des plus hauts

sommets du plateau thibélain et par les ressources et moyens de

. transports terrestres faciles qu'elle offre, se présente dans les con-

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ditions les plus favorables comme point de départ d'une semblable expédition.

Les avantages que présentent les observatoires en pays de montagne et les conditions qu'ils doivent remplir.

L'altitude la plus forte à laquelle Thomme peut vivre sans danger; analyse qu'il importait avant tout de faire afin de déterminer quels sommets de la chaîne himalayenne pouvaient servir dans les meilleures conditions à l'installation d'un observatoire habitable.

Quelle contrée, parmi les provinces septentrionales de l'Inde, serait la plus favorable à l'exécution de l'entreprise, et, cette contrée déterminée, quels avantages et quelles facilités elle présente.

Plus spécialement quels points, dans celte contrée, pourraient plus avantageusement être pris comme lieu de départ des aérostats, tant au point de vue aérostatique qu'au point de vue des facilités de transport du matériel jusqu*à ces points et au point de vue du but final à atteindre.

Quelle devrait être la constitution et le mode de navigation des aérostats destinés au transport à altitude élevée d'un observatoire tout monté, contenant des observateurs, et au rapatriement de ces observateurs;

Et enfin, quelle serait la succession la plus probable des diverses phases d'un ensemble d'expéditions conduites comme nous le pi»éconisons.

108 FLBUVES AÉRIENS.

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