CHAPITRE PREMIER
Da régime aérien de TAsle méridionale.
ÉTUDE d'ensemble.
Comme on l'a vu plus haut, dans notre étude du régime aérien du Globe, il existe de grands fleuves atmosphériques aussi bien à la surface des continents qu*à la surface des océans.
Quelqi^es-uns de ces grands fleuves de l'atmosphère traversent la moitié de l'Asie située au S. du 45* parallèle, allant dans une direction générale, N.-E., S -W., durant le semestre d*hiver, et dans une direction diamétralement opposée durant le semestre d'été. Ces courants proviennent, à n'en pas douter, d'une part des vents alizés naissants, d'autre part des contre-alizés descendus à la surface de la Terre h la suite d'un parcours, relativement restreint en certains points du Globe, dans les hautes régions de l'atmosphère situées audessus des régions tropicales.
En particulier cependant, en ce qui concerne le régime de ces derniers vents au-dessus des péninsules de TAsie méridionale et de l'Asie des hauts plateaux, il est à remarquer qu'en ces contrées leur souffle est loin d'avoir la belle régularité que possèdent les alizés audessus de l'Afrique et de certaines portions des océans; ces contrées semblent même, en quelques-uns de leurs points, faire exception au régime aérien d'ensemble de l'Asie méridionale.
Ces anomalies tiennent à des causes différentes suivant qu'il s'agit des péninsules S. asiatiques ou des hauts plateaux du Thibet.
Il est à noter que les couches d'air voisines du sol s'échauflent moins par Tefl^et de la radiation directe que par suite de la chaleur réfléchie par le sol lui-même; or les péninsules asiatiques, en raison de la chaleur torride qui les brûle, échaufl^ent l'atmosphère ambiante beaucoup plus que ne le font les mers voisines; cet air, devenu plus léger par son réchaufi'ement, s'élève vers les régions supérieures de l'atmosphère, et toutes les langues de terre qui s'avancent dans l'océan Indien constituent dès lors des foyers d'appel d'air des plus énergiques imprimant une direction souvent excentrique aux couches d'air voisines. Mais comme ces péninsules, de par leur configuration
FLEUVBR AÉRIENS. 109
géogi*aphique même, présentent une certaine exiguïté, et comme k côté de ces terres étroites il existe de profonds couloirs maritimes, sièges de condensations et d'évaporations qui régularisent leur température, il en résulte que ces contrées continentales seules affectent de modifications importantes la marche des vents normaux.
Ces couloirs maritimes, eux, tendent seulement à redresser dans la direction générale de leur axe de configuration l'itinéraire des vents qui s'y engouffrent, et comme, en Asie méridionale, ils sont dirigés sensiblement suivant l'orientation de marche des vents généraux de cette partie du Globe, il s'ensuit de leur fait de faibles perturbations dans la direction suivie par ces vents.
La mer d'Oman, le golfe du Bengale, le golfe de Siam, qui s'avancent fortement dans Tintérieur des terres, causent des perturbations de cette dernière nature.
Les mers de Chine et la mer Rouge, orientées plus excentriquement par rapport à la direction de marche des fleuves aériens asiatiques, les troublent plus profondément; et, en particulier si les mers de Chine offrent des typhons si terribles, cela tient aux luttes de venls qui se produisent à leur surface pour les raisons qui viennent d'être indiquées.
Aces causes perturbatrices viennent s'ajouter celles qui sont dues à la présence des chaînes élevées du plateau thibétain et surtout de l'Himalaya qui se dressent comme des murailles gigantesques sur le parcours des vents normaux et qui, offrant à l'air des lieux de passages obligés par les cols ou les dépressions situés entre leurs cimes, obligent les filets d'air à dévier leur route vers ces défilés et en même temps les contraignent à remonter le long de leurs pentes dans les étroits couloirs formés par leurs vallées ascendantes, autres causes déviatrices de ces courants aériens.
L'observation des directions de soulfle des vents à la surface des diverses contrées de l'Asie méridionale vient h l'appui de ce qui précède.
En Corée, à Formose*, sur les côtes du Kiang-Si*, à Canton', audessus de rile d'Hai-nan, sur les côtes d'Annam*, dans l'intérieur
* D'après de Vaulré ; Le Gras, elc.
> D'après Brault.
• D'après Meyen et divers.
ilO FLEUVES AÉRIENS.
du Siam, eu Cochinchine et en Annam, en un mot dans toute la partie de TÂsie sud-orientale que l'alizé naissant du N.-E. peut aborder sans rencontrer d'obstacles, ce vent souffle durant le semestre d'hiver, tandis que prédomine en été le vent du S.-W., contre-alizé descendu à la surface du sol et trouvant devant lui la mer largement ouverte.
En ce qui concerne le Siam en particulier, l'alternance régulière des moussons humides du S.-W. et des alizés secs du N.-E. est assez bien caractérisée. A la fin de septembre, ce sont les vents du N. et du N.-E. qui dominent jusqu'en mars, puis ils tournent au S.-E., et à ce moment, c'est-à-dire aux mois d'avril et de mai, il y a une grande instabilité des airs, et Tatmosphère est le siège de troubles fréquents. En mai commence la mousson.
En Annam, dès qu'apparaît la mousson d'avril, commencent des pluies diluviennes.
Cette tendance des vents du N.-E., refoulés par les terres, à tourner au N. à peu de distance des côtes du Pacifique est une première indication que ces vents ne doivent pas se retrouver réguliers dans l'intérieur du continent asiatique oriental, et, en effet, on constate que tandis qu'à Sansingils soufflent également du N., dans le désert de GobiS sur les plateaux de Mongolie', à Péking*, dans le bassin du Yangtsé-Kiang et aussi dans celui du Tcherchen% ils ont une tendance marquée à venir du N.-W., par suite sans doute de la déviation qu'ils éprouvent par la rencontre des hauts plateaux intérieurs de l'Asie, qui dans cette portion du continent les rejettent vers l'océan Pacifique.
Pour des raisons analogues, en ces contrées, les vents de S.-W. soufflant si régulièrement plus à l'est d'avril à octobre, font place soit à des vents locaux, soit à des vents du S.-E., déviations profondes du contre-alizé détourné de sa marche régulière par sa précédente rencontre avec l'Himalaya et bifurquant à l'orient de ces monts pour se répandre en s'épanouissant sur des contrées que la haute chaîne himalayenne protège du souffle direct des vents du S.-E.
* D'après Potanin; Pumpelly, etc.
' D'après Pumpelly; Richthofen, elc.
' Annalen det phytikalùchen cenlral Obiervalorium.
^ Indicalion due à l'orientation des dunes, d'après Kouro|)«lkiO/ Beliew et Joboseu^
FLEUVES AtolKNS. IH
Ainsi se trouve créé à l'est du continent asiatique un fleuve aérien secondaire qui, d'octobre à avril, coule du N.-W, vers le S.'E., naissant dans le désert de Gobi et traversant obliquement toute la Chine pour venir rejoindre sur les côtes le fleuve aérien principal venant du N.-E. et, se choquant contre lui, déterminer les typhons des mers de Chine.
Sur les hauts plateaux du Thibet% là qù se dressent peu de chaînes élevées, les vents normaux reprennent leurs droits, vent du N.-E. en hiver et du S.-W. en été.
Dans l'Inde, ils subissent ou ne subissent pas de perturbations dans leur direction normale de marche suivant les lieux et suivant la position de ces lieux par rapport au centre d'aspiration des airs formé par l'intérieur de la péninsule. Dans la majeure partie de l'Inde septentrionale, dans la vallée de Tlndus, dans la vallée de rirraouaddi, sur le littoral nord du golfe de Bengale, à Madras S à Ceylan, les alizés du N.-E. suivent leur cours normal durant l'hiver, tandis qu'à LahoreS fréquemment à Bombay \ à Luknow^ à Calcutta ^ ils sont déviés et soufflent du N.<W. et quelquefois du N., constituant un fleuve aérien secondaire qui balaye une partie du nord de la péninsule parallèlement à la chaîne de l'Himalaya, ce qu'explique la présence de celte chaîne dirigée de l'W.-N.-W. vers l'E.-S.-Ë., puissante cause déviatrice de ces vents.
En été, les vents semblent subir plus violemment l'action de l'appel d'air puissant formé par les parties centrales de la péninsule; cela tient à réchauffement plus grand des terres par un soleil plus voisin du zénith et aussi à ce que les contre-alizés ne se font sentir que faiblement à la surface du sol dans ces régions trop voisines de l'équateur; cependant, dans la portion nord-orientale de l'Inde surtout, ces vents ont une tendance bien marquée à remonter vers le nord ; c'est ainsi qu'ils soufflent du S. et du S.-E. dans la vallée de rindus*, de l'W. à Bombay*, du S.-W. sur la côte de Malabar, du S. et du S.-E. dans la vallée de l'Irraouaddi % du N.-W. àLuknow *, du S. à Calcutta ^ du S. et du S.-E. sur le littoral nord du golfe du Bengale, du S.-W. à Madras * et du S.-W. à Ceylan.
* D'après Boovalot; Prjevalsky, etc.
' Meleorological reporter of ihe govemment of india,
• D'après Miihry et divers.
° D'après Miibry.
il 2 FLEUVES AÉRIENS.
Les observations des stations météorologiques de Tlnde * et celles faites à bord des navires * prouvent que la mousson est due en ce pays à un prolongement de l'alizé du S.-E. et k un reflux local des airs au-dessus de la mer des Indes. Souvent une zone de calmes et de vents irréguliers sépare complètement les alizés du S.-E. et la mousson du S. Le vent tourne fréquemment du S.-W. vers le N.-E. et quelquefois du S. au N.
Dans la vallée de Tlndus, dans celle de l'Irraouaddi, le vent se dirige perpendiculairement aux côtes vers les terres qui rappellent, parfois il vient du S.-E.*. L'apparition de cette mousson méridionale amène des orages terribles chantés par les poètes hindous et qui ont fait donner, à son époque régulière d'apparition, le nom arabe de « maussim » ; cette mousson est très régulière de juin à septembre et bien connue des navigateurs dont elle avait réglé les époques d'allées et venues ainsi que celles des tribus de l'intérieur et le mouvement du commerce des côtes.
On sait' que les moussons soufflent principalement dans les alizés et rarement à plus de trois cents lieues des terres: Or, en jetant les yeux sur la carte des vents soufflant dans celte partie du globe, on s'aperçoit que toutes les côtes de l'Asie tropicale, en passant par les côtes d'Arabie, de Perse, du Beloulchistan, de Tlndoustan, du Bengale, de Birmanie, de Siam et d'Annam, sont fréquentées par les moussons d'été et des vents périodiques et généraux ; on peut en déduire que ces moussons humides qui, en somme, s'éloignent peu des terres, étant donnée l'immensité de la mer des Indes, se sont amorcées au-dessus des continents et notamment au-dessus des plaines de l'Asie et de ses hauts plateaux; aussi tendent-elles vers le nord.
L'hiver, au contraire, est caractérisé par la moindre fréquence des pluies, car alors souffle presque partout l'alizé du N.-E. plus ou moins dévié, venu des plateaux desséchés du Thibet^ les rares pluies d'hiver sont amenées par le contre-alizé supérieur.
Enfin, dans la presqu'île de Malacca ^ isolée au milieu des eaux,
* Meleorological reporter of Ihe govemmeni of India.
^ GoUalionnécs par Braalt (Carie de la direction et de rioleosilé probable des Tenls dans la mer des Indes).
* Muhry, Zeilschrift fur MeUorologie, von Karl Jelinek.
* Labrosse, Traité de navigation et d'astronomie.
* Weroicb, Geographiteh medicinitehe Sludien.
quels que soient les vents qui soufflent, ils apportent toujours de l'humidité, les pluies dans la presqu'île sont presque journalières.
Dans la mer des Indes, nous apprend Labrosse*, l'alizé du N.-Ë. se change en mousson lorsque celui du S.-Ë. souffle avec toute sa force et inversement.
Dans le golfe du Bengale, entre les méridiens de 8S<» et 90^ est, entre la côte de Calcutta et le parallèle du 20<> nord, règne l'alizé du N.-£. du 15 novembre à la fin de janvier, puis suit une lutte de moussons en février; ensuite vient la mousson du S.-W. du i«'mars au commencement de septembre; enfin une nouvelle lutte de moussons en septembre, octobre et durant la première quinzaine de novembre.
Entre les piirallèles de 20o et de 15» N., règne l'alizé du N.-E. du 1®^ novembre au commencement de février, puis suivent une lutte de moussons du i^' février au 15 mars, la mousson du S.-W. du 15 mars à la fin de septembre et une seconde lutte de moussons en octobre.
Entre les parallèles de 15® et de lO^ N. domine l'alizé du N.-E. de la fin d*octobre à la fin de mars, ensuite vient une lutte des vents de la fin de mars à la fin d'avril, une mousson du S.-W. du commencement de mai au commencement d'octobre, puis une lutte de moussons très courte vers le 15 octobre.
Entre les parallèles de 10® et de 5» N., l'alizé du N.-E. se fait sentir de la fin de décembre jusqu'en avril, puis suivent une lutte de moussons très courte en avril, une mousson régulière de S.-W. de mai à octobre et une lutte de vents contraires en octobre et novembre.
Entre le parallèle du 5» nord et Téquateur, de janvier à mars, prédomine l'alizé du N.-E.; une lutte de moussons lui succède de mars à mai, puis vient la mousson du S.-W. de mai à août, suivie d'une lutte des airs d'août à janvier.
Il résulte de ces diverses citations, que les causes perturbatrices dues aux presqu'îles asiatiques sont bien celles qui ont été plus haut indiquées; elles amènent des luttes de courants contraires souvent longues qui ont lieu entre les différentes moussons avant que l'une d'elles ait pu reprendre d'une façon nettement accusée son orien-
** Labrosse, Traité de navigation et d*a*ironnmie.
m PLBUYBS A&RIBNS.
talion conforme au déplacement de l'anneau général d'aspiration des airs.
En effet, dans Tlnde en particulier, péninsule où ce phénomène est le plus net, les chaleurs qui accompagnent l'arrivée du soleil au zénith dilatent l'atmosphère, celle-ci monte et les vents affluent de toutes parts vers les côtes de Malabar^ duKou-Kan, de Bombayietc.; le courant aérien général vient alors du S.-W. en sens inverse de l'alizé d'hiver. Il est, soit une manifestation des contre-alizés des« cendus à la surface de la Terre, soit plus vraisemblablement^ vu la proximité à cette époque de l'équateur thermique, une manifestation du prolongement des alizés méridionaux du S.-E., attirés par l'Inde et infléchis vers l'ouest par la rotation de la Terre au même titre que les contre-alizés venus, eux aussi, de l'équateur géographique»
Si, à la surface de l'Asie orientale^ de l'Asie centrale et de l'Asie méridionale, on trouve une certaine régularité dans la marche des courants aériens, cette régularité est bien moins nettement accusée dans l'Asie occidentale : bien que le régime aérien d'ensemble y soit toujours : celui des \enls du N.-E. en hiver et du Si-W. en été, en maints endroits se trouvent créés des courants secondaires tenant soit à la présence des nombreuses mers intérieures, soit au voisinage des plateaux du Pamir, soit au violent appel d'air fait par les déserts d'Arabie ; cependant, outre le grand fleuve aérien qui traverse l'Asie moyenne occidentale, on peut distinguer, durant l'hiver, un fleuve aérien secondaire venant du N.-W. et convergeant vers rinde par le golfe Persique et les côtes du Beloutchistan et en élé un courant aérien du N.-W. également, prenant naissance près de Bairam-Ali dans le Turkestan * pour aboutir sur les côtes du Beloutchistan*'' en passant par le désert de Kharanà la surface duquel des vents dominants d'ouest avec tendance au N.-W. sont nettement accusés par l'orientation générale des dunes de sable'.
En dehors de ces fleuves aériens, l'un principal, les deux autres secondaires, les vents présentent peu de similitude dans leur direction en les diflérentes contrées de l'Asie occidentale au-dessous du 43^» parallèle.
• Annalen des phyêikaltMchen central Obtervaloriuni. " D'après Labrosse.
* D'après PoUinger ; Karl Ritler.
FLBUVES AÉRIENS. 115
En hiver, des vents du N.-E. se font sentir dans le Pamir \ dans le Turkestan % à fioukhara où ils sont régnants comme l'indique Torientation de marche des dunes de sable, dans la Perse intérieure \ sur la côte caucasique de la mer Noire % à Bujuk-DeroSen Syrie^ où ils alternent avec les vents du Nord.
Aux mêmes époques, les vents du N.-W. sont les plus fréquents sur les côtes du Beloulchistan ^ ainsi que sur le littoral ara* bique du golfe Persique; enfin des vents du sud, tenant sans doute à des causes locales, se font sentir avec persistance sur certaines côles de la mer Caspienne dans le voisinage et au nord des monts Ëlbourz* ainsi que dans le Caucase à Trapezunt ' au sud de la chaîne, et à Kobi • sur son versant septentrional.
En hiver également les vents du nord prédominent en Arménie ' et les vents d'ouest et de S.-W. sur Tensemble de la Syrie.
En été des vents du S.-W., provenant du contre-alizé et formant dans l'Asie moyenne un grand fleuve aérien, se font sentir avec prédominance dans le Seïstan comme l'indique Torientation du déplacement des sables en ces contrées*% en Afghanistan; dans le Tur* kestan **; sur la frontière septentrionale du Beloutchistan ; dans le Beloutchistan méridional; dans l'intérieur de la Perse'*; sur la côte caucasique de la mer Noire"; h Bagdad.
Aux mêmes époques, des vents du S. ou du S.-Ë.5 déviations de ces contre-alizés, prédominent dans le Caucase'^ sur les deux ver* sants des monts; k Trapezunt, au sud, où ils alternent avec les vents d'est, et à Kobi, au nord, ainsi que dans l'ensemble de la Syrie.
Durant les mêmes mois, des vents venant de directions voisines du nord, se font sentir sur les côtes du Beloutchistan **, à Bairam-Ali
> Koscenko; Gordon; Koroslortzen.
* D'après Borchtchov.
* D'après Bellew; Mac-Gregor; Goldsmid.
^ D'après Statkovsky ; voo Wraogel.
" Annalen det physikaliMchen crniral Obtervatorium,
'' D'après La brosse.
* D'après Aucber Ëloy; Scbiodlcr; MelgouDOY.
" D'après Hann el divers.
•" D'après Venukoff.
** D'après Borchtebov.
•' D'après Bellew; Mac-Gregor; Goldsmid.
'- D'après Statkowsky; fon Wraogel.
'* AntMlen det physikalitchen central Obgervalorium t
** D'après Labrosse.
dans le Turkestan*% h HéraldansTAlghanistan*', sur le versant nord des monts Elbourz"; en Arménie où ils alternent avec les vents d'ouest" et à Bujuk-Dere en Syrie", les vents du N.-W. avec tendance à l'ouest soufflent aussi dans le désert de Kharan " comme on l'a vu plus haut.
Enfin les vents d'est prédominent à Koutaïs "; et ceux du S.-E. sur les côtes arabiques du golfe Persique et dans l'Yémen où ils sont créés ainsi qu'un certain nombre des vents précédents par l'appel d*air puissant formé par les déserts de l'Arabie devenus brûlants sous les feux du soleil d'été.
A l'appui de ce qui précède, nous ferons, pour ce qui concerne l'Asie occidentale au-dessous du 45« parallèle, les citations ou remarques suivantes :
Parlant du dessèchement des lacs de l'Asie centrale, M. Venukoff dit que* le Hamsum (lac de Seïstan) aurait été envahi complètement par les sables et aurait absolument disparu si les vents du S.-W. n'apportaient périodiquement assez d'humidité pour former des nuages et faire tomber quelques pluies sur le sol aride du Seïstan.
Sur la côte caucasique de la mer Noire*, les vents du S.-W. soufflent avec grande violence en automne et au printemps: quand ils régnent, la navigation devient périlleuse sur la mer Noire. En hiver, au contraire, soufflent les vents du N.-E., froids courants polaires qui viennent de parcourir les steppes de la Caspienne et de la Kouiiia. Ce vent appelé « bora )) descend en rafales et bouleverse la mer.
Le 12 janvier 1848, tous les navires qui se trouvaient dans la rade de Novo-Rossiisk furent repoussés vers la haute mer; l'un d'eux, recouvert d'embruns qui se congelaient instantanément sur ses bordages et son pont, fut coulé par le poids des glaces et disparut avec tout son équipage '.
** Annalen dit phytikalitchen central Obtervaiorium.
" D'après Karl Ritter.
" D'après Aucher Eloy; Schiadler; Melgounor.
"* D'après Hann et dirers.
" D'après Pottinger ; Karl Ritter (Indication donnée par la direction des dunes).
" D'après Statkowsky.
* Revue de Géographie (1886), article de M. VcnukofT.
' Von Wrangcl, Recueil météorologique de V Académie det seiencet ruae».
' StatkowsKy, Climatologie du Caucaxe.
Au-dessus de l'Arabie, les vents présentent de grandes diversités causées par le voisinage des mers très découpées qui en changent Toricntation et donnent naissance à un grand nombre de courants secondaires qui troublent Talizé.
Dans le Nefoud, les courants dominants et desséchants viennent de Toccident comme l'indique la forme des dunes et l'inclinaison générale des végétaux penchés vers l'orient \
Dans l'Yémen, le vent dominant et desséchant vient de Test. A Bagdacl^ au contraire, le vent dominant et desséchant vient de l'ouest.
Le fait météorologique le plus important et le plus probant en Arabie est le reploiement de la mousson du S.-W. vers le S.-E. La cause parait en être dans la forme des fosses profondes dessinées par les mers intérieures voisines, et l'orientation des chaînes de montagnes.
Dans le golfe Persique comme dans le golfe Arabique, il y a deux courants réguliers alternant en sens inverses aux mêmes époques :
Mousson méridionale de mai à septembre ;
Vents septentrionaux le reste de Tannée.
Les contrées du littoral avoisinant le golfe Persique, tant en Arabie qu'en Perse et dans le Beloutchistan, sont fréquentées par un vent de N.-W. appelé « Shemal » parles indigènes. Ce vent* commence à toute heure et généralement brusquement, il ne s'étend pas constamment sur tout le golfe. Cest toujours dans ta première partie de l'époque où il souffle qu'il est le plus à craindre. Il tombe quelquefois au commencement du jour. Le « Shemal » d'été dépasse rarement la force d'une bonne brise, soit 15 milles de 1882 mètres; mais en hiver ce vent est frais et parfois grand frais (25 milles ou 30 h 45 milles).
Le « Shemal » dure ordinairement 3 jours, quelquefois! jours; les plus forts « Shemals » ne durent souvent qu'un jour.
Ce vent souffle pendant 9 mois environ de Tannée dans la partie du golfe et les terres du littoral, et presque sans interruption en juin et durant les premières semaines de juillet, époque où il prend le nom de « Grand Shemal ».
* Hiiber, Bulletin de la Société de géographie de Parie. ^ La brosse, ouvrage cit»*.
ii8 FLEUTBS AÊRIBN8.
Avant le « Shemal », il arrive parfois que la rosée ou riiumidité de l'air disparaît, et souvent, dans la partie sud du golfe, il se forme une grosse houle du N.-W. Si le baromètre était bas, il monte dès que le vent souffle, mais, en général, pas avant, et il se tient haut pendant toute sa durée. Lorsque le « Shemal » règne, l'air est ordinairement très sec, chargé d'une poussière fine, venant des déserts, qui forme une brume épaisse et se dépose sur le pont et sur le gréement des navires, même hors de la vue des côtes. Pendant les mois d'hiver, les vents du S.-E. appelés « Koss » par les indigènes, alternent avec le « Shemal ». Le a Koss » souffle rarement pendant plus de trois jours consécutifs, et généralement en bonne brise. Mais de décembre en avril, ce vent souffle parfois grand frais ; les « Koss » les plus forts ne durent souvent qu'un jour.
Quand le vent commence à tourner au sud, le a Koss » est fini, et souvent il est remplacé immédiatement par un « Shemal » ; d'autres fois, le vent souffle fort du 8. ou du S.-W. pendant peu de temps, et tombe sans qu'il survienne de « Shemal » avant plusieurs jours. Mais, si le vent de S.-W. tourne rapidement au N.-W., on doit s'attendre à un fort « Shemal >».
Lorsque le « Koss » souffle, l'atmosphère est généralement humide, le temps sombre, orageux et les grains violents. Le baromètre baisse pendant la durée de ce vent, sinon avant.
On voit donc que le « Shemal » est l'alizé dévié par la présence des eaux du golfe, dont il prend l'orientation N.-W. Le « Koss » est le résultat de l'énorme évaporation de la mer d'Oman, et par suite de la mer des Indes elle-même. La preuve du souffle du « Shemal » de N.-N.-W., c'est-è-dire des vents de N.-E. déviés passant au-dessus des terres de l'empire Persan et de l'Arabie, est donnée par les poussières amenées des déserts qui atteignent les navires en haute mer.
Si l'on jette les yeux sur la carte des vents et des grandes routes maritimes du globe dressée par M. Labrosse*, et que l'on examine le tracé des routes suivies par les navires au départ de Calcutta dans le golfe du Bengale et au départ de Bombay dans la mer d*Oman, on voit que les navires ont vent sous vergues depuis ces ports, en se dirigeant vers l'équateur avec la mousson du N.-E. d'oc-
' Labrosse, Guide du eapilainv au long cours.
FLBUVB8 AÉRIBN8. 140
tobre à avril ; de même les vaisseaux se dirigeant de TAtlantique sud vers ces ports de Calcutta et Bombay, ont également vent sous vergues d'avril à octobre avec la mousson du S.-W. Bombay et Calcutta sont à peu de chose près situés sur le 20* parallèle nord. Or, si le souffle des moussons est le même, aux époques correspondantes pour ces deux ports, on en peut déduire que, sauf les obstacles naturels de haute altitude qui arrêtent ou changent la direction des vents locaux, telle, par exemple, que la chaîne himalayenne, l'Inde tout entière est soumise aussi aux souffles généraux de N.-£., d'octobre h avril et de 8.-W. d'avril à octobre.
James Horsburgh ' reconnaît que la cause des moussons provient de la situation des terres par rapport au mouvement du soleil, et mentionne que les côtes d'Arabie de Perse, de Tlnde étant extrêmement échauffées quand ce soleil est h leur aplomb, l'atmosphère s'y raréfie, et alors les vents de S.-W. viennent de TOcéan pour rétablir l'équilibre. Ces vents, ajoute Horsburgh, étant chargés d'une grande humidité à l'état de vapeur, celle-ci se condense et occasionne beaucoup de pluies sur les côtes de l'Inde et sur une grande partie de l'Inde intérieure elle-même. Lorsque le soleil retourne dans l'hémisphère sud, il raréfie beaucoup l'atmosphère; l'évaporation et les vents froids du nord font cesser prompteraent la chaleur des terres qui sont au nord de l'équateur; l'air y devient plus dense, et la mousson au N.-E. qui se dirige vers les parties échauffées de Tatraosphère aux environs de l'équateur se trouve produite. C'est l'époque de la saison sèche dans Tlnde et sur les côtes de l'Inde, vu que les vents qui viennent de l'intérieur y amènent le beau temps tandis que ceux qui se dirigent de l'Océan vers la terre occasionnent généralement des pluies des deux côtés des tropiques *.
En résumé, l'Asie au sud du 4S« parallèle est sillonnée en premier liftu dans sa région nord par le grand fleuve aérien issu de la Sibérie orientale durant le semestre d'hiver et aboutissant à cette même Sibérie orientale durant le semestre d'été; en second lieu certaines de ses parties sont parcourues par des fleuves aériens secondaires au au nombre de trois durant les mois compris entre octobre et avril, au nombre de un durant les mois compris entre avril et octobre.
* James Horsburgh, Instruettont nautiquet.
Les deux fleuves aériens secondaires du semestre d'hiver coulent tous trois du N.-W. vers le S.-E. : l'un, avec un parcours considérable, natt dans le désert de Gobi, peut-être même plus loin au pied des monts Altaï, et traverse toute la Chine jusqu'aux côtes de l'Océan, l'autre nait aux environs de Bagdad, descend le long du golfe Persique et vient aboutir aux côtes du Beloutchistan ; le troisième a son origine dans la vallée haute de l'Indus et court parallèlement à l'Himalaya pour se terminer à lembouchure du Gange.
L'unique fleuve aérien secondaire du semestre d'été, soufflant également vers le S.-E., prend naissance dans le Turkestan, traverse l'Afghanistan et vient aboutir en Beloutchistan.