‹ Voyages aériens au long coursChapitre 45 sur 82 · HIMALAYA · texte numérisé non relu

HIMALAYA

Pour l'étude qui suit du gravissement des hauts sommets de l'Himalaya par voie aérienne, il importe de savoir si, dans la partie de cette chaîne qui avoisine l'Inde, il existe, tout au moins à certaines époques, des courants aériens réguliers capables de porter l'aérostat sur ces sommets et ensuite de lui permettre de revenir dans des vallées d'où le rapatriement des aéronautes ne présente pas de trop grandes difficultés. Après l'étude qui précède du régime aérien d'ensemble de l'Asie méridionale, une étude plus spéciale des vents himalayens s'impose donc, et cette étude s'impose d'autant plus qu'aucun des fleuves aériens principaux ou secondaires qui régnent en Asie ne traverse cette chaîne, circonstance qui évidemment eût été des plus favorables à la réussite d'une entreprise de la nature de celle que nous préconisons, surtout si le fleuve aérien qui l'eût traversée avait eu une direction favorable, c'est-à-dire eût soufflé du S. vers le N.; car la régularité de ce vent aurait permis d'avoir l'assurance de ne pas attendre en vain l'arrivée d'un souffle favorable capricieux, tant au départ pour le gravissement, que lors du rapatriement, et de plus, si ce fleuve aérien avait porté vers le N., il aurait rendu aisé le voyage en permettant de partir de l'Inde, c'est-à-dire d'une contrée civilisée présentant certaines ressources, et ensuite, après avoir franchi la chaîne, d'aboutir dans les vallées qui la séparent du Trans- Himalaya.

Ce fleuve aérien n'existant pas, on doit chercher si cependant les

FLEUVES AÉRIENS. i2l

vents soufflant k certaines époques, en certains points de l*Hiinalaya ne présentent pas des avantages analogues.

Durant l'hiver, les vents généraux de l'Inde septentrionale et du Thibet, soufflent de directions voisines du N.; ils sont donc défavo* râbles.

Durant Tété, au contraire, leur direction de souffle est voisine du S.; dans la haute vallée de l'Indus ils soufflent du S. et du S.-£.*, et à Calcutta*, ainsi que dans la vallée de l'IrraouaddiS ils viennent du S.-W., du S. et du S.-£., tandis qu'à Lahore' ils viennent de TE. et qu'à Luknow' ils soufflent de TE. encore, mais aussi du N.-W.

Ainsi donc, aux extrémités seulement de THimalaya indien, régnent, et durant Tété seiilement, des courants favorables à une expédition de franchissement des monts par voie aérienne, et ces courants subsistent encore de l'autre côté des montagnes, car sur les plateaux du Thibet, les vents du S.-W. sont les plus fréquents en été».

Ces vents du S.-W. se trouvent seulement oblitérés d'une façon locale par la masse de l'Inde, au centre de la chaîne himalayenne, et là, laissent place à des vents de direction excentrique; car d'après les citations très autorisées qui ont été faites à la fin du paragraphe précédent, il appert nettement que les pluies en la saison humide de rinde, c'est-à-dire d'avril à octobre, sont une conséquence des vents du S.-W. qui amènent de la mer des nuées qui viennent crever sur les terres de l'Asie tropicale et en particulier au moment où ces vents, se heurtant à la barrière des monts Himalaya, sont obligés pour la franchir de s'élever, et par suite, en se détendant, de se refroidir.

Ici, ces vents tendent vers le zénith pour passer pardessus la chaîne, là ils s'engouffrent dans les vallées et les cols, et c*est suivant le mode de franchissement adopté par eux que Ton constate réellement leur existence à la surface des vallées voisines de la chaîne, ou qu'ils laissent place dans ces vallées pour d'autres vents locaux quand ils se sont élevés avant de les atteindre, chassés vers les hautes régions de l'atmosphère par l'inertie de la masse d'air appuyée aux monts et immobile devant eux.

* D'après Miihry et divers.

* Meîêorologieal reporter ofthe govBvnme.nl of India. ' D'après Prjeyalsky.

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Quoi qu'il en soit, ces vents venant du 8, et chargés d'humidité régnent incontestablement à la surface de l'Inde orientale en été, soit à upe certaine hauteur au-dessus du sol, soit k son contact même, car on constate partout que les neiges* permanentes ne persistent dans THimalaya occidental et en particulier dans le Cachemire qu'à des altitudes supérieures à 5,600 mètres, tandis que dans l'Himalaya oriental on les rencontre vers 4,800 mètres, quoique la latitude soit plus basse; c*est que les vapeurs qui viennent plus abondantes du golfe du Bengale facilitent la formation de la neige dans cette dernière région. C'est pour la luéme raison qu'on trouve plus de neige sur le versant méridional que sur le versant septentrional de la chaîne. Sous le climat de l'Inde, à Katmandou, par une altitude de 8,300 mètres, il ne neige pas, môme en hiver.

Mais le vent de 8.-W., après avoir déposé sur le versant méridional de la chaîne himalayenne, une notable partie des vapeurs dont il est chargé, franchit en s'élevant verticalement la cime des monts, et se rabattant, une fois leur barrière dépassée, se répand sur les hauts plateaux du Thibel. Kn effet, dans son voyage au Thibet, le docteur russe Prjevalsky, dit : « Les vapeurs d'eau apportées de l'Inde par le vent du S.-W. (contre-alizé), sont si abondantes que, en été, tout le Thibet du N. se transforme presque complètement en marécages*. »

Il est à remarquer qu'avant d'atteindre les contreforts de la chaîne himalayenne, le vent du S.-W. si pleinement chargé d'éléments aqueux au moment où il arrive sur le littoral en venant du large, se débarrasse progressivement sur les terres de l'intérieur des principes humides qu'il charrie. Les filets d'air inférieurs se ralentissent peu à peu, au fur et à mesure qu'ils progressent au milieu des continents, dont la surface tend de plus en plus à augmenter en remontant vers le N. A un moment même, ces filets d'air perdent toute translation nettement vive : c'est lors de leur approche des contreforts inférieurs et des vallées profondes de l'Himalaya. Au contraire, les filets supérieurs persistent dans la grande vitesse acquise, et, dès qu'ils se heurtent aux flancs de la zone élevée de l'Himalaya, aug-

* Elirait de l'ouvrage La Chaîne de VHimalaya, de E. Levasseur, membre de l'Institut.

* Télégramme envoyé par le D' Prjevalsky, à Saint-Pétersbourg, au couri dp son voyage au Thibet (8 août i884).

mentant encore de rapidité, comprimés les uns sur les autres et s*élevant, ils franchissent enfin les obstacles naturels qui leur sont opposés; à ce moment ils reprennent de la vitesse ainsi que le prouvent les aigrettes de poussière de neige qui s'élèvent au sommet des monts Himalaya sous l'action du contre-alizé du S.-W.

Ainsi, et comme conséquence naturelle, la crête' et les parties les plus élevées de l'Himalaya sont partout i^ocheuses, stériles, partiellement glacées, mais les contreforts inférieurs des monts et les basses vallées appartiennent par leur climat et leur flore à la zone tempérée.

Ce phénomène est tellement caractéristique au point de vue du ralentissement des filets d'air des couches inférieures du vent de S.-W. que, dans le Sikkim notamment, la ville de Djarjiling, sur le versant méridional, et malgré son altitude de 3,830 mètres, est entourée de bois et de plantations de thé et constitue un site des plus fréquentés par les convalescents européens.

Dans Le mande physique*, Guillemin dit : que la limite des neiges persistantes est plus élevée sur le versant nord de THimalaya que sur ses pentes méridionales. La raison en est que ces dernières reçoivent d'énormes quantités d'eau qui, se condensant en neige grâce aux vents qui soufflent de la mer du Bengale, amènent sur les flancs escarpés du midi de la chaîne des masses de vapeurs provenant du refroidissement des airs dilatés par leur ascension. Aussi, les glaciers sont-ils plus nombreux et plus étendus sur ce dernier versant.

On peut donc affirmer que la mousson du N.-E., avec ses dériva^» tiens en vents locaux du N. et du N.-W., est bien le courant prédominant du régime des vents d'hiver pour les terres et les péninsules de l'Asie tropicale, et que le régime des vents d'été avec l'apport, pour ces terres et péninsules, des pluies vivifiantes venant des océans, est le souffle des vents de S.-W., passant, pour les vents locaux, par l'W., le S. et môme le 8.-E.

' E. Levasseur, membre de l'Institut de France, La Chaîne de VHimalaya. ' Guillemin, Le monde phytique.

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