DISCUSSION DU MODE D*UTILISATION
Comme on vient de le voir, les aérostats longs-courriers n'ont à jouer qu'un rôle secondaire en Asie en qualité d'explorateurs; aussi leur véritable rôle en Asie n'est-il pas celui-là.
Tandis qu'en Europe le rôle des aérostats longs-courriers paraît
* Voir l'oùTrage Les Aérostats et ^Exploration du continent africain, déjà dtéi
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devoif être purement militaire *, tandis qu'en Afrique il serait avant tout géographique et civilisateur'; en Asie il pourrait être, Cf oyonsnous, quoique d'une façon détournée, astronomique et météorologique en facilitant l'installation à altitude maxîma d'observatoires confortables impossibles à amener aussi haut sans leuf concours, en permettant aux observateurs de s'y rendre sans fatigue et d'ett revenir de môme après avoir franchi, dans leur fiacelle, la dhalne himalayenne par l'utilisation des vents réguliers qui portent à certaines époques directement de l'un de ses versants k l'autre.
II existe, en effet, au nord de l'Inde une gigantesque chaffld de montagnes sans égale au monde, dont quelques somniets seulement et non des plus hauts ont été difficilement gravis par de rares voyageurs et au prix de fatigues inouïes: n'est-il pas naturel de chercher à utiliser la voie si commode des airs pour atteindre rapidement et sans effort ces sommets et même ceux plus élevés qui jusqu'ici sont restés inabordés ?
Or on a vu, dans l'étude des vents à la surface de TAsie tfOpicald, que la mousson du S.-W. d'avril h octobre est constante à la surface de rinde, et que ce souffle de vents réguliers vient passer aii-dessus des cimes de l'immense chaîne de l'Himalaya pour se prolonger au delà de ces monts à travers le plateau du Thibét.
Le régime des alizés de N.-E. est aussi constant ^t permettrait également d'effectuer, d'octobre à avril, le franchissement de cette colossale barrière naturelle; mais comme, dans ce caSy le point de départ devrait être forcément choisi au pied du versant septentrional, on rencontrerait des difficultés presque insurmontables pour le transport du matériel aérostatique, en raison du manque de communications terrestres pour les charrois ou les convois d'animaux porteurs, difficultés qui se trouveraient très atténuées si Ton attaquait la chaîne himalayenne par son versant méridional, c'est-à-dire en utilisant les courants aériens du semestre d'été.
Tout en se ménageant le bénéfice de la mousson du S.-W. d'avril à octobre, il convient de chercher à se rapprocher le plus possible
' L$» commumicatioHê enlre la Francs tl la Rutsù en cas de guerre européenne * par E. Deburaox, capitaine du génie.
' Leg Aérotlats et l'Exploration du continent africain, déjà cité, et Les Aérostats et la Traversée de V Afrique austral», (Des mêmes auteors.)
du monl Gaurisankar, qui offre le plus remarquable sujet d'étude du système.
Toutefois, comme toute incursion des Européens dans le Maharadjah du Népaul est interdite, et que cette interdiction est respectée par le gouvernement des Indes, il ne peut être question d'aborder la chaîne de montagnes de THimalaya en traversant cette partie népaulienne, encore peu connue, du territoire hindou.
Le docteur Gustave Le Bon eut les plus sérieuses difficultés à obtenir une autorisation de voyager dans le Népaul. Une consigne rigoureuse interdit à tout étranger non indien, en dehors de Tam-bassadeur britannique, de pénétrer sur le territoire de cet État sans un permis spécial du Maharadjah, et ce laissez-passer est très exceptionnellement accordé. Aucun Français n'avait pénétré dans le Népaul avant le docteur Le Bon.
Comme moyens de transports animaux on n'y utilise que le cheval et Téléphant. Les bêtes féroces y abondent. Le docteur Le Bon commença son voyage en 1885* et préféra le cheminement en palanquin ou dans une sorte de hamac appelé « Dandy » porté par 4 hommes.
Pour obtenir des renseignements sur la topographie du pays, on a dû le faire lever par des pandits hindous déguisés, aussi la carte de Népaul laisse-t-elle fort à désirer.
La seule contrée d'un accès vraiment facile pour les Européens, parmi celles qui aboutissent aux contreforts voisins du Gaurisankar, est la petite province du Sikkim, dont la ville de Djardjiling est la capitale.
Cette province est soumise directement à Taulorité du vice-roi des Indes et ses troupes y tiennent garnison, elle est fréquentée par les caravanes se dirigeant vers le Thibet ou venant des hauts plateaux de l'intérieur de TAsie ; elle est donc tout indiquée comme point de départ d'une ascension aérostatique ayant pour but scientifique d'amener sur un des plus hauts sommets du Globe des observateurs, et môme, comme on le verra plus loin, un observatoire transporté de toute pièce par la voie des airs.
En admettant, ce qui est fort discutable, que d'autres chaînes du Globe puissent être gravies plus facilement par voie aérienne que les monts Himalaya, on ne pourrait néanmoins leur préférer aucune
* D' Le Bon, Voyage au iS^pauL
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d*entre elles, car aucune ne présente des sommets et surtout des lignes continues de cimes qui puissent leur être comparées comme hauteur. En Amérique, le plus haut sommet des Andes n'atteint pas 7,000 mètres d'altitude; en Afrique, le pic le plus élevé n'en dépasse . pas 6,000 et en Europe, le mont Blanc n'a que 4,810 mètres, tandis que les crêtes ininterrompues de certaines parties de l'Himalaya ne s'abaissent en aucun point au-dessous de 7,500 mètres, et que de nombreux sommets : le Gaurisankar (8,840 mètres), le Dapsang (8,625 mètres), le Kintchindjinga (8,592 mètres), le Donkiah (8,483 mètres), le Tchamalari (8,473 mètres), le Davalaghiri (8,200 mètres) et de nombreux pics du Trans-Himalaya ', y dépassent 8,000 mètres de hauteur.