DES OBSERVATOIRES EN PAYS DE MONTAGNES
Les observatoires en pays de montagnes ont une importance des plus grandes, en ce sens qu'aux hautes altitudes on trouve un ciel parfaitement débarrassé des poussières continuellement en suspension dans l'atmosphère des régions basses, et que cette limpidité de l'air sur les hauts sommets et sa moindre densité facilitent singulièrement la vision des astres. On se rend compte aisément des difficultés considérables qu'éprouvent les astronomes quand, à travers les buées nocturnes qui flottent au-dessus d'une grande ville, il leur faut viser les astres.
C'est seulement pendant les nuits hivernales, où le vent du nord, ou préférablement du N.-E., a balayé les effluves de nos villes, et qu'un froid sec s'est substitué aux souffles lourds du vent de S.-W., que leur tâche devient moins difficile.
C'est à tort qu'on avait cru, jusqu'à ce jour, que les objets placés au sommet des hautes montagnes devaient infailliblement être rejetés dès que la tourmente viendrait les battre furieusement.
Les dernières expériences d'établissement permanent d'un observatoire sur la crête du mont Blanc prouvent le contraire et montrent la possibilité de conserver dans d'excellentes conditions de stabilité une construction sans fondations proprement dites, mais simplement encastrée dans une rainure pratiquée dans la neige tassée,
* Montgomcric, Journal of Ihe Geographieal Society of London.
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Parmi les observatoireg situés h grande altitude, il y a lieu, en effet, de citer celui qu*a installé M. Janssen au sommet du mont Blanc. Si cet observatoire est remarquable par le confort qu'il présente à une aussi forte altitude, il n'est pas le plus élevé du monde. Les Américains, en eSet, ont établi au Pérou, en 1893, une station météorologique qui le dépasse de plusieurs centaines de mètres en altitude. Cette station est loin d'avoir l'aménagement et la solidité de celle du mont Blanc ; elle se compose uniquement de deux baraques : l'une destinée aux instruments enregistreurs et Tautre au météorologiste qui, tous les dix jours, vient en relever les observations, ce qui est rendu possible par la moindre rigueur du climat sous cette latitude. En effet, Aréquipa, ville la plus voisine de cet observatoire, situé lui-même à 5,300 mètres sur les pentes du mont. Charchani, est déjà h une hauteur de 2,800 mètres et jouit en permanence d'un temps printanier; tandis que Chamounix, au pied du géant des Alpes, est enfouie sous les neiges durant cinq mois chaque année, bien que son altitude ne dépasse pas un millier de mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est certain que, pendant la saison hivernale, au sommet du mont Blanc, comme le thermomètre descend à — 30<> au maximum, la situation d'un observateur relégué, sans communications possibles, dans l'observatoire, serait, même avec du chauffage, excessivement pénible. On ne peut donc habiter le sommet du mont Blanc que pendant la saison estivale, et c*est précisément dans ce but qu'il vient d'être construit, pour M. Janssen, une série d'instruments enregistreurs mus par une horloge marchant huit mois, et essayée, ainsi que tout le système, dans une enceinte dont la température avait été portée à 80° centigrades au-dessous de zéro, point auquel le froid n'arrivera jamais. Pendant Thiver, on peut dire que les températures des hauts sommets peuvent varier, sous la bise, entre — 30** et -— 50*. A ce propos, nous citerons une curieuse découverte, qui a été faite au sommet du mont Ararat, par des officiers qui, ayant entrepris l'ascension de la montagne, trouvèrent h son sommet, par 5,150 mètres de hauteur, un thermomètre à minima, laissé en 1888 par un excursionniste, M. Markow. Ce thermomètre était descendu h — 50"", dans le courant des cinq années écoulées depuis sou installation. Souhaitons, en passant, que l'exemple de M. Markow trouve des imitateurs, car ces précieux renseignements seraient des plus utiles à la science ; en effet, ces
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observatoires placés sur les hautes montagnes sont encore peu nombreux.
Pour les observateurs, le séjour sur les cimes doit pouvoir être supporté de iiuil et de jour, et il convient de chercher à les mettre à l'abri des troubles atmosphériques et notamment de la rigueur de la température. Dans le projet qui nous occupe, il est constant qu on ne saurait penser à chercher à élever de toutes pièces un observa* toire en charpente d'une capacité telle que l'observatoire du sommet du mont Blanc» car pour des montagnes d'une hauteur moyenne de 7,000 mètres, le transport des pièces démontées, même réduites à un poids ne dépassant pas 3S kilogr. l'une, serait une charge probablement au-dessus des forces d'un montagnard exercé, et l'emploi des treuils h neige doit être abandonné pour le genre d'ascension exigé par la nature des versants de la chaîne himalayenne.
Il faut donc rechercher un procédé spécial et amener tout monté Tabri protecteur destiné aux astronomes météorologistes. On V6n*a que cette question a été résolue par l'adoption d'une nacelle pouvant, après qu'on aura atteint la cime des monts himalayens, se transformer en logis de sûreté pour les aéronautes déposés sur la crête de la montagne gravie par la voie aérienne.
La nacelle de l'aérostat devra être confectionnée de façon à pouvoir être transformée en véritable abri au moment de l'atlerrissage. Néanmoins, cette nacelle devra présenter des qualités essentielles de légèreté et de résistance, tant au point de vue de la diminution la plus grande possible du poids mort destiné h être enlevé par Taérostat, que pour opposer aux vents et à la neige, qui peuvent survenir sur les cimes, un effort suffisant pour éviter, de ce côté, toute chance de péril pour les observateurs.
De plus, la nacelle-observatoire devra être à parois étanches calorifuges pour donner aux explorateurs placés k l'intérieur un asile k peu près tempéré pendant les nuits où le rayonnement nocturne atteint son maximum et où le thermomètre peut descendre à— 50"" centigrades.
Il ne sera pas nécessaire, pour asseoir la nacelle*abri, de rechercher un sol dur, rochers par exemple. On peut parfaitement la placer à même la neige, qui, à ces hauteurs, offre toujours une surface suffisamment résistante pour éviter un enfoncement possible du poids dont on charge la croûte glacée.
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Un édicule d'essai, placé dans ces conditions» a parfaitement tenu pendant tout un hiver au sommet du mont Blanc, et cette montagne se trouve aujourd'hui munie d'un observatoire parfaitement organisé.
Les Américains avaient déjà recherché les crêtes des hautes montagnes pour y faire des observations météorologiques. C'est dans ce but que turent primitivement établies les stations de Lick au mont Hamilton, en Californie, et d'Âréquipa dans les Andes du Pérou.
Avec l'observatoire du pic du Midi et celui récemment créé au mont Blanc, ce sont donc les stations d'altitudes les plus élevées vraiment dignes de ce nom. Toutefois, au mont Blanc et au pic du Midi, on ne fait guère que des observations météorologiques; aussi, pour favoriser à leur tour les astronomes, le directeur de l'observatoire de Nice vient-il d'établir une succursale de cet établissement scientifique au mont Mounier (2,818 mètres), dans les Alpes-Maritimes. Le mont Mounier est isolé et domine toute la chaîne des Alpes franco-italiennes. Un équatorial de 14 pouces vient d'y être monté et y fonctionne parfaitement. Il est à remarquer que les différentes pièces de l'instrument et les matériaux des habitations ont dû être divisés en morceaux ne dépassant pas 100 kilogr., pour en permettre le transport à dos de mulet.
On verra plus loin que la vie, à des altitudes atteignant 7,000 à 7,500 mètres, est possible, et que l'économie humaine ou animale s*accommode aisément de ces hauteurs, surtout si les fatigues de l'ascension pour atteindre ces points élevés sont nulles, ou encore si l'accoutumance a réagi sur le système physique des ascensionnistes.
Nous n'anticiperons pas sur les multiples exemples que nous allons citer de la vie aux grandes altitudes, mais nous mentionnerons ici que M. Conway et ses compagnons, lors de leur expédition en août 1892, dans l'Himalaya et le Karakoram, grimpèrent au sommet d'un pic qu'ils appelèrent le Crystal Peak, mont de 6,090 mètres, situé au nord du glacier de Baltoro ; puis atteignirent une autre cime de la même région, que M. Conway appela le Golden Throne, qui mesure 7,700 mètres. Bien qu'ayant couché durant plusieurs nuits à 6,000 mètres d'altitude, les explorateurs souffrirent peu du mal de montagne i.
* Tour du Monde, novembrp 180iâ.