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AVANTAGES DU SIKKIM COMME RÉGION DE DÉPART

Pour les considérations énoncées précédemment, on a vu que la province de Sikkim paraissait à priori être, par sa situation et par la libre circulation qui y existe pour les étrangers, un des points méritant de fixer l'attention en vue du choix possible du lieu de départ des explorateurs.

Le Sikkim* est une vallée profonde, orientée du N. au S., dans laquelle débouchent d'étroites vallées latérales. Les monts : Djanou (7,712 mètres), le Kintchindjinga ou Kanchanjanga (8,592 mètres), le Chomiomo (6,900 mètres) et le Donkiah (8,483 mètres), font partie de la ligne de faîte. Dans les deux crêtes latérales qui se prolongent à plus de 80 kilomètres au S., il y a de nombreux sommets qui dépassent 5,000 mètres, tels que le Pandim (6,710 mètres) et le Tchola (5,280 mètres). (Voir la carte du Sikkim annexée à cet ouvrage.)

Djarjeeling, la capitale du Sikkim, quoique placée à une altitude de 2,230 mètres, est entourée de bois et de plantations de thé, c'est un des sites les plus fréquentés de l'Himalaya.

A l'E. du Sikkim sont : la vallée du Tchoumbi qui se rattache au

' K. LcYasjScur, La Chaîne de l'Himalaya.

Thibel et que domine le Tchamalari (8,473 mètres), puis les monts Edon qui s'étendent jusqu'au Dalla (7,030 mètres) et au Gamla (6,218 mètres).

La crête qui borde l'Assa, imparfaitement étudiée, conserve partout une grande hauteur, ses sommets dépassent 7,000 mètres'.

La crête et les parties les plus élevées de THimalaya sont partout rocheuses, stériles et en partie glacées, mais les contreforts inférieurs, et le bas des vallées appartiennent par leur climat et leur flore, h la zone tempérée*.

Le Sikkim est une région éminemment forestière, où le châtaignier, le cerisier, le chêne commun, le magnolia croissent à merveille à des hauteurs de 1800 et 2,400 mètres".

L'abondance des pluies dans l'Himalaya oriental rend les fleuves énormes et la végétation si puissante que la pénétration du pays y est très difficile; seul le Sikkim fait en partie exception, et les Anglais ont pu y étendre leur domination directe jusqu'au Trans-Himalaya*.

Le Sikkim est la partie haute du bassin de la rivière Trisrota (ou des 3 sources); le bassin de la Trisrota (ou Tista) est entouré de hautes montagnes. A TE. s*élève la masse puissante du Kintchindjinga, dont les assises sont de gneiss et dont les corniches sont couronnées de neige*.

La chaîne de THimalaya se continue au S. par la Koubra, qu'une profonde coupure sépare du Singalilah, entre le Népaul et le Sikkim, et les communications ne peuvent avoir lieu à ces endroits que par des cols d'au moins 2,600 mètres. Au N.-E. du Kinlchindjinga est la chaîne de l'Himalaya, proprement dite)" avec, comme sommets, le Tchomiomo, le Kinlchindjaou, le Donkiah, un peu moins élevé que le Kintchindjinga (8,483 mètres). Des monts fort élevés vont ensuite jusqu'au Tchamalari, presque aussi élevé que le Donkiah.

Au S. du Donkiah, une chaîne plus élevée que celle du Singalilah se dessine sur un socle parsemé de petits lacs et dominée par les sommets élevés du Gnariam, du Tchola, du Gipmotchi, puis le long rectangle se termine par des avant-monts de 1800 à 2000 mètres*.

* E. Levasseur, La Chaîne de VBimalaya.

*' Rêvue de Géographie, 1883.

' Sbervill, Journal of Ihe atiatie Society of Bengal,

* E. Reclus, Géographie univertelle^

FLEUVES ikÉaiENS.

Dans le Sikkim, après les averses viennent les brouillards; les vents y sont faibles, même sur les sommets; quand le ciei se

débrouille on voit cependant la neige s'élever en aigrettes sur les sommets sous l'action du vent (le contre-alizé).

£a raison de la contexture des roches argileuses, la pluie produit dans le Sikkim des boues gluantes fort pénibles aux piétons; l'humidité rend la végétation puissante, d'où des causes retardatrices dans la marche; grâce aux vents du S., les plantes tropicales s'élèvent plus haut que dans toute autre partie du Globe. Il est à remarquer qu'on trouve des palmiers et des bananiers h 2,100 mètres d'altitude. Les fougères envahissent tous les espaces laissés libres par les forêts. Au-dessus des forêts, on trouve encore des arbres isolés, puis des mousses. L'explorateur Hooker, trouva des mousses jusqu'à 5,500 mètres d'altitude sur le Bhomtso.

Pendant la mousson d'été, il pleut assez dans le Sikkim (voir notre carte des pluies dans Tlnde), mais bien moins que dans certaines parties des contrées de l'Inde voisines\

L'éléphant, chassé des plaines, s'est réfugié à 1200 mètres d'altitude moyenne sur les contreforts de l'Himalaya et dans les régions escarpées, où ce pachyderme retrouve la tranquillité qui lui plaît*; des chasseurs en ont même capturés à plus de 3,000 mètres de hauteur*. On voit, par celte citation, que ces énormes mammifères peuvent sans difficulté vivre dans des régions élevées.

Les habitants du Sikkim sont des gens très doux et d'un commerce très facile *.

Il est à remarquer que dans l'Himalaya occidental, il existe de nombreux glaciers, tous immenses, dont la longueur atteint jusqu'à 50 kilomètres, et qui, se trouvant reliés entre eux par des coulées gigantesques de glace, permettent de marcher sur cette glace et sans la quitter pendant plus de 150 kilomètres, dans les environs du Dapsang et des hauts monts qui l'entourent. On voit donc que cette partie de la chaîne himalayenne ne serait pas praticable pour une expédition.

. Il est à noter que la chaîne du Kachemir est aussi encombrée de glaciers.

En résumé, et de tout ce que l'on vient de voir, il résulte que pour tenter une ascension aérostatique de la partie de l'Himalaya dont on puisse approcher préalablement les contreforts avec les impedi-

' HuDteer, Gaxelteer of India,

* Hcrmana tod Schlagiatweit, Reiten in Indien und hoch Atien.

* Goblet d'Alviella, Inde ei BimtOaya,

d48 FLEUVES AÉRIENS.

menta destinés au matériel de l'expédition, c'est le Sikkira qui doit être choisi. D'abord, parce que celle contrée est soumise au régime des vents de S.-W. dont Taéroslat utilisera le souffle régulier ; ensuite et surtout parce que les explorateurs, libres de leurs allures, se trouveront en contact avec une population qui, nous Tavons indiqué, est de commerce facile et de caractère doux, tandis que les populations des régions himalayennes voisines sont hostiles aux étrangers; et parce qu'il est probable, dans ces conditions, que non seulement les bêtes de somme, mais encore les guides, ne feront pas défaut jusqu'au point choisi pour le gonflement de Taérostat et le départ.

De plus, les explorateurs pourront bénéficier, jusqu'à Siluguri- Djarjeeling, du chemin de fer venant de Calcutta, et gagner, à partir de Djarjeeling et par des routes convenablement choisies aux moments les plus secs de l'époque pour éviter les boues tenaces des roches argileuses, l'endroit désigné pour rétablissement du parc aérostatique.

Il convient, en effet, de pénétrer le plus possible par terre dans l'intérieur du cul-de-sac formé par les monts qui bordent le Sikkim, afin de diminuer la longueur du chemin à parcourir par voie aérienne, ainsi qu'il ressort de l'étude des aérostats faite aux paragraphes suivants.

Enfin, considération des plus importantes, la configuration des montagnes autour du Sikkim, montagnes très élevées qui, sur trois faces, au N., à l'W. et à l'E., ferment cette province d'une façon complète, rendra l'action des vents régnants du S. et du S.-W. très efficace pour la réussite de l'exploration projetée. Ces vents, en effet, pousseront fatalement l'aérostat sur l'une de ces chaînes, chaînes qui comptent parmi les plus élevées du Globe, et ainsi se trouvera réalisé presque à coup sûr le but de la tentative : atteindre par voie aérienne un sommet d'une altitude égale ou supérieure à 7,000 met.

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