‹ Voyages au Canada [microforme]Chapitre 10 sur 26 · EL "A · texte numérisé non relu

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se débarrasser des croûles etdes planches défectueuses!.. On ne pourrait s'imaginer la quantité de bois qui se détruit ainsi. Cela me faisait mal au cœur, moi qui n'ai jamais brûlé inutilement un morceau de bois gros comme la main, mais je devais en voir bien d'autres avant la fin de mon voyage.

Aux Moulins Nantais on ne brûle pas les déchets ; on s'en sert pour combler les ornières, niveler les routes et les améliorer.

Je passai très agréablement une partie de la journée du lendemain aux Moulins Nantais. On y découpe un arbre plus vite et plus facilement qu'une ménagère ne découpe un pain. Et comme ces ouvriers canadiens sont adroits! Tenez, la chaine sans fin emmène un trone qui sort tout ruisselant du lac. Deux hommes, armés de croes, le manient comme s'il s'agissait d'un fétu de paille. Une, deux, trois... ça y est! L'arbre a marché le long de la scie qui lui a enlevé une large tranche. Il retourne en arrière, on l'avance d'un cran, une, deux, trois!.. voilà une belle planche qu'on enlève, qu'on dresse en coupant les bords, et ainsi de suite. En moins de cinq minutes, l'arbre le plus gros est débité en planches ou en madriers.

Sur le lac, un jeune homme de quinze à seize ans fait la pêche aux troncs ou aux billots, pour me servir du mot technique. Son agilité et sa vigueur m'étonnent. A chaque moment je crois qu'il va prendre un bain, car les troncs sur lesquels il court menacent de se dérober sous ses pieds; mais jamais il ne perd l'équilibre. Le billot qu'il doit conduire à la chaîne sans fin lui sert de bateau : ce jeune Canadien rendrait des points à Blondin... son compatriote,

A l'usine, pas un cri, pas un mot déplacé, Quelle différence avec beaucoup d'ateliers belges!

DE e E-tmise

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater que l'ouvrier canadien se respecte plus que l'ouvrier européen. Il jouit généralement de plus de bien-être. Je parle ici tout particulièrement de l'artisan, de l'homme de métier. Quant au campagnard, les premières années de son établissement dans la forêt il doit lutter contre de grandes difficultés, endurer des privations sans nombre. Il y trouve, cela est indiscutable, de belles compensations ; chaque arbre qu'il abat élargit son domaine, il prépare pour ses enfants un héritage magnifique, il ne dépend de personne, il sait qu’il entreprend un combat dont l'issue lui sera favorable s'il persévère jusqu'au bout. S'il n’a pas les fêtes et les réjouissances des grandes villes, il a la chasse et la pèche qui ne sont pas au Canada le plaisir réservé aux riches. Ici la chasse et la pêche sont libres et leurs produits sont souvent très utiles aux défricheurs établis loin des centres populeux.

Cependant ceci ne doit pas porter les émigrants belges à se placer dans la forêt dès leur arrivée au Canada. Sans un apprentissage d'une année au moins, ils ne sauraient s’y tirer d'affaire.

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Sherbrooke, le 25 octobre 1882,

Monsieur le Directeur,

J'ai recu, il y a hüit ou dix jours, une lettre du pays. Un ami m'écrivait que les premières neiges ont fait leur apparition dans les Ardennes belges, qu'à Bruxelles il faisait bien froid, qu'il pleuvait trop, que tout le monde était enrhumé, bref qu'on prévoyait le moment où Bruxelles ne serait plus habitable que pour les amphibies. Mon ami est poëte, ce qui me fait supposer qu'il exagère légèrement; cependant je suis persuadé qu'en ce moment il fait plus beau ici qu'en Belgique. Les gais rayons du soleil pénètrent dans mon petit cabinet de travail où le feu est éteint : je puis, pour le moment, me passer de ses services, Cette nuit, il faisait un clair de lune magnifique, on y voyait comme en plein jour; jai passé plus de deux heures dans ma cour, n’amusant à mettre en ordre ma provision de bois pour l'hiver. Le froid ne m'a pas incommodé le moins du monde.

Vous me répondez que tout cela est bel et bien, mais

que notre voyage d'un bout à l'autre du lac Mégantic

menace de se prolonger indéfiniment...

A vos ordres, mon cher Directeur, nous partons.

— À pied? me demandez-vous maintenant...

C'est vrai... J'ai oublié de vous dire qu'un minuscule bateau à vapeur nous attend. Nous passons sur un pont

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de troncs excessivement mobile, nous grimpons à bord, nous partons, trainant à la remorque une chaloupe remplie d'outils et de vivres pour la colonie de Channay. Cinq ou six ouvriers défricheurs nous accompagnent. L'un d'eux est chargé de faire sauter des blocs de rochers qui obstruent la Rivière Arnold, et il se met bravement à fumer, assis sur un petit baril de poudre bouché d'un côté à l’aide d'une poignée de paille. Il est tout étonné lorsque je le prie de fumer ailleurs ; mais il s'exécute de bonne grâce en riant de ce qu'il appelle mon exces de prudence.

Ce brave Canadien est un rude gaillard dans toute la force du terme; il a été marin (1) pendant plusieurs années, il a pêché la baleine et chassé l'ours. N’allez pas croire cependant que j'ai eu affaire à un M. de Crac quelconque. Le bon garcon ne se vante pas d'avoir fait preuve d'un courage extraordinaire en tuant chaque hiver une bonne douzaine d'ours, au temps où cet inté-

ressant quadrupède, que le fusilier Pitou appelait un insecte incommode, était plus abondant dans le pays. Jamais il n’a pu en abattre un seul à coups de fusil; l'ours évite soigneusement de se trouver nez à nez avec l’homme, et c'est à l’aide de pièges qu'on le prend. On

(1) Les marins canadiens et surtout les pêcheurs de marsouins el de baleines du Golfe Saint-Laurent n'ont plus à faire leur répulation. Dernièrement encore le gouvernement anglais en a engagé un grand nombre pour l’expédition d'Egypte.

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