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sur les frontières des Etats-Unis, de l’autre côté du Lac Mégantic.
Il avait été convenu que le R. P. Jérôme et moi nous descendrions à la Baie des Sables, où nous attendait le traineau de M. le curé de Piopolis.
Le conducteur du train nous joue une belle farce : il dépassa la Baie et nous conduisit tout bonnement aux Moulins.
Ce fut la première contrariété d'un voyage qui devait nous en procurer bien d'autres.
Inutile de dire qu'une nuit de décembre aux bords d'un grand lac n'est pas bien chaude. Lorsque nous frappâmes à la porte de M. Chartier, chef-comptable des Moulins, ma barbe avait l'air d'un énorme glacon et nous ressemblions à des prisonniers en route pour la Sibérie. Nos bonnets en peau de loutre et nos capotes fourrées disparaissant sous une couche de neige durcie par le vent.
Singulier phénomène : le froid ne m'incommodait nullement. Lorsque j'eus dégelé ma barbe et séché mes vêtements, je me sentis gai et dispos. Cependant j'étais parti avec inquiétude; depuis huit jours l'excès de fatigue me faisait beaucoup souffrir et j'avais hésité longtemps avant d'entreprendre le voyage.
Le froid sec et l'air vif des hivers canadiens fortifient les voyageurs au lieu de leur nuire.
M. Chartier et sa bonne dame nous offrirent l'hospitalité avec un empressement qui en doublait le mérite.
Après avoir réparé nos forces par un bon repas préparé à la hâte, après la pipe traditionnelle et la causerie au Coin du feu, nous payâmes le tribut à Morphée. Comme on dort bien quand le vent soufle dans les arbres et semble vouloir changer leurs branchesen lyre éolienne !
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Le matin arrive, et nous voici en route pour Piopolis,
La couche de neige s'est considérablement épaissio pendant la nuit, Bientôt la charge devient trop lourde pour la petite pouliche qui nous traine; il faut gravir à pied les nombreuses côtes que nous rencontrons, et cela n'est pas toujours chose facile, Parfois nous enfoncons dans la neige jusqu'aux genoux.
Cela ne m'empêche pas d'admirer le spectacle merveilleux qui s'offre à mes veux, lorsque nous traversons une partie de la forèt vierge où la hache du défricheur n'a pas encore tracé des éclaircies. Les sapins séculaires, couverts d'une toison blanche, semblent grelotter de froid; parfois un érable gigantesque secoue ses branches chargées de neige et provoque une avalanche qui fait craquer les jeunes arbres d'alentour. Plus loin, dans une clairière, les souches couvertes d'un immense bourrelet de neige ont l'air d'énormes champigrons, Des troncs ‘alcinés s'élèvent au milieu des champs où passa le feu l'an dernier et l'hermine qui les couvre les fait ressembler à des géants chargés de veiller surces vastes solitudes.
Nous arrivâmes sans avaries notables à Piopolis.
M. le curé, persuadé que nous avions traversé le Lac pour arriver plus vite à Channay, était parti depuis quelques heures. Fort heureusement, sa vaillante cuisinière était à son poste. Nous pûmes nous restaurer complètement pendant que notre cheval trouvait bonne litière et ratelier bien fourni.
Le voyage s'acheva sans accidents; mais le vent du nord nous euvoyait parfois une neige fine et glacée qui s'attachait à notre barbeet nous transformait en « Papas l'Hiver + du plus beau modèle,
L'obscurité était complète lorsque nous fimes notre entrée triomphale à Channay.
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