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Nous traversons Sheffield et Manchester, où d'innoms brables usines remplissent l'air d'une fumée si compacte, qu'on devine les villes plutôt que de les voir, et nous arrivons enfin à Liverpool, où doit commencer la seconde étape de notre long voyage.
Comme je vous écris, non dans l'intention de vous entretenir de ma chétive personne, mais afin de rendre service aux émigrants belges, dont le nombre va aug-
menter d'année en année, je remettrai à une prochaine
lettre le récit de mon voyage et je profiterai du temps et du papier qui me restent pour commencer une série de conseils utiles.
L'émigrant doit serrer dans des coffres très solides les objets dont il n’a pas besoin pendant le voyage. Pour s'en convaincre, il suflit de voir comment les colis sont descendus à fond de cale. On en attache de quatre à huit à la fois à une chaine, on les enlève en l'air, la chaine se tend, les faibles, écrasés par les forts, éclatent et perdent leur contenu. Done, inutile d'emballer des objets trop fragiles.
Quant aux objets dont on a besoin en route, on doit les serrer dans une petite valise bien solide et munie d'une excellente serrure. On ne doit pas les quitter un seul instant, surtout dans les gares et débarcadères, car les voleurs sont nombreux et hardis.
Je conseille encore aux voyageurs de troisième classe de se munir d’une bouteille de sirop de groseille, de quelques pommes, d’un pot de confiture pas trop sucrée et d'un bon morceau de jambon.
Adieu. Je vais partir pour Sherbrooke, à 60 lieues de Québec, où je compte m'établir. En tout cas, c'est de là que je vous adresserai ma seconde lettre,