‹ Voyages au Canada [microforme]Chapitre 6 sur 26 · EN PUS OT · texte numérisé non relu

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comme s'ils l'eûssent habitée pendant plusieurs années. Cependant ils y venaient pour la première fois ainsi que nous, Ils s'orientaient parfaitement et parcouraient sans hésitation les innombrables rues du plus grand port de mer européen.

Liverpool a une population de plus de 600,000 âmes, et jamais je n'ai vu de ville plus animée. A certaines places, par exemple près des docks, il n ‘st pas rare de voir cinq ou six voitures du tramway et autant d'omnibus se montrant sur un espace de moins de cent mètres, Les Docks eux-mêmes sont une merveille; ils sont construits en bois et s'abaissent ou s'élèvent avec la marée. Leur étendue est immense, et l'on peut les comparer sans exagération à une ville flottante.

Je ne ferai pas la description de Liverpool; cela me mènerait trop loin. Quelques lignes seulement, afin qu'on ne me prenne pas pour un indifférent :

Les musées de Liverpool sont d'une richesse inouïe, surtout le musée d'histoire naturelle. J'ai remarqué tout particulièrement un gorille de dimensions si colossales et auquel le préparateur a fait prendre une pose si menaçante qu'on nesaurait songer sans frayeur à la position critique du voyageur attaqué par cet habitant terrible des forêts tropicales.

Les mustes sont entourés d'un grand nombre de monuments remarquables; cet endroit de la ville pourrait bien s'appeler le musée des monuments : statues équestres de la reine Victoria et du prince Albert, monument de Wellington, Palais de justice, squares, hôtels, fontaines gigantesques... en un mot, de quoi orner pour le moins une douzaine de petites villes.

Liverpool est la cité des grandes réclames commerciales. Sur les ponts, les passerelles et les salles-abris des docks, sur toutes les voitures des tramways, sur les

— 18 — | omnibus, sur tous les murs où il y a des places à louer, 1 | partout où il est possible de coller une réclame, on lit, L | Î en lettres colnssales, un nom qui finit malgré vous par fi vous rester continuellement devant les yeux : Lewis. | Nous n'avons pas encore fait cent pas sans avoir recu

| plusieurs cartes sur lesquelles nous lisons : Lewis's in Ranelagh st, — Sells the best articles at the most reasonable prices.

3 La maison Lewis possède assez de statues et de man- ( nequins pour faire la concurrence au musée Castan. Le premier jour, nous y avons vu, devant une vitrine haute | comme un second étage, au milieu de vêtements pour dames et d'ombrelles perfectionnées, ARABI-PACHA, le Ï | grand rebelle. Le lendemain, toute la famille royale, et | le troisième jour, une collection de bébés, frais et roses, à qui se portent si bien — d'après certaine circulaire — parce que leurs mamans les ont fait habiller chez Lewis ! +1 Dans cette maison immense, on peut se procurer tout ÿ ce qui est nécessaire, utile ou agréable. Vêtements, chaussures, articles de ménage, de chasse, de pêche, etc., etc., des ef cœtera jusqu'à demain matin. Tout se fabrique le plus possible dans la maison même. Les

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% ouvriers cordonniers, au nombre de deux cents, occupent

l de vastes ateliers dans une galerie ouverte où tout le

dl monde a accès. Tout s'y fait à la machine : on coupe

: pour le moins vingt semelles, pendant qu'un de nos

1 ouvriers en tracerait une seule. Bref je vous dirai ce que 4 ‘4 me crient vingt commissionnaires munis de placards 1 ‘1 immenses, et je répèterai ce que je lis sur les innombrables Le #1 cartes et circulaires qui me sont offertes : « Allez chez il Lewis, et vous serez émerveillé!.. »

J'en ai assez, je suis ébloui, étourdi, assommé. Je me 4 sauve dans un bar pour m'y payer un verre de pale-ale, i. | me reposer et fumer une pipe. Mais il est écrit que Lewis

me poursuivra partout... Je cherche une allumette... On me montre, dans un vase en cuivre, des espèces de copeaux, de cinq pouces de long, sur lesquels je lis d'un côté l'annonce d'un théâtre et de l'autre : « Allez chez Lewis!., »

Nous ne trouvons à Liverpool aucune église catholique. (1) Nos compagnons de voyage protestants sont plus heureux que nous. On est venu leur offrir, à l'hôtel mème, de petits recueils dans lesquels sont indiqués l'adresse des différents temples et l'heure des oflices. Dans nos visites aux monuments de la ville, nous en trouvons beaucoup pieusement agenouillés, IIS demandent aide et protection à Celui qui commande aux vents el aux flots.

Dans une prochaine lettre, je commencerai le récit de la traversée qui n’a pas été tout à fait ce qu'on appelle un voyage de plaisir.

Avant de terminer celle-ci, j'ajouterai quelques bons conseils pour les émigrants.

Ne quittez pas Anvers sans vous être procuré, chez un changeur, un peu de monnaie anglaise, afin que vous ne soyez pas forcés de recourir à l'obliseance des cabaretiers anglais, parmi lesquels il s'en trouve qui vous donnent de 15 à 16 francs pour un louis de 20 francs. Pour le reste de votre argent, vous prendrez dans une bonne maison de banque, à Bruxelles ou ailleurs, un chèque sur la Banque Nationale de Montreal; ce chèque sera payable dans toutes les succursales de cette banque, au Canada.

() Dans mes voyages subséquents, j'ai eu l'honneur d'être pré: senté à M. le Chanoine Vanhee, belge, qui dessert une église catholique dans un faubourg de Liverpool. Ce révérend Monsieur est la Providence des Irlandais catholiques domiciliés dans sa paroisse.

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Je fais en ce moment un voyage d'exploration dans les Cantons de l'Est.

Ce voyage fera le sujet d'une de mes prochaines lettres.

Dès maintenant je puis dire en toute vérité : Ah! que certains cultivateurs belges ont tort de s'échiner pour un salaire dérisoire, tandis qu'ici il suflit de posséder quelques milliers de francs, deux bons bras, du zèle et de l'ordre pour conquérir en peu d'années, sinon la fortune, du moins une honnète aisance que connaissent de nos jours bien peu de fermiers belges.

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