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est rigoureusement suivie. Les matelots surtout m'ont étonné; je n'ai pas retrouvé en eux les loups de mer sauvages et rageurs mis en scène par les romanciers ; ils sont polis, toujours prêts à rendre service, surtout aux petits enfants dont les jeux et les cris joyeux semblent les amuser beaucoup.
Je me permettrai cependant de signaler une lacune regrettable : aucun employé du Polynesian ne parle le francais ou le flamand. Seuls deux stewards connaissent quelques mots allemands. Presque tous les jours j'ai dû servir d'interprète à de pauvres diables que je ne comprenais moi-même qu'à moitié. Donc un bon interprête, s. v. p. messieurs de l’Allan-Line; cet employé ne vous coûtera pas cher, puisqu'il pourra s'occuper d'autre chose que de ses traductions orales, et il rendra de grands services à tout le monde.
Les passagers de seconde classe, des cabines intermédiaires et de l'entrepont font trois repas par jour. Pour
les deux premiers la table est une excellente cuisine :
bourgeoise. Les derniers recoivent le matin du thé et du pain frais avec du beurre à discrétion; à midi, de la soupe, du bœuf ou du lard et des pommes de terre en robe de chambre. Vers 5 heures du soir, du pain frais, du beurre et du thé. On le voit, les mets offerts aux colons ne sont pas très recherchés mais il sont sains et abondants, et, après tout, meilleurs que ceux dont doivent se contenter nos ouvriers et grand nombre de petits fermiers. |
Quant aux passagers des premières cabines, on leur offre tout ce qui peut charmer les palais les plus délicats, depuis les poulets de froment jusqu'aux conserves les plus fines. Ils ont à leur service des cuisiniers de talent et des pâtissiers dont les pièces montées mériteraient une place dans nos expositions nationales, Cependant, je
h'envie pas leur sort : il y a au salon un piano que certaines dames changent souvent pour leurs compagnons de voyage en instrument de torture.
Somme toute, avec un peu de bonne volonté, du courage et quelques petites douceurs dans sa malle, on s'en tire parfaitement et le temps ne parait pas trop long.
Dans l’intérèt des émigrants, je me permettrai encore quelques observations qui seront peut-être écoutées. Généralement les bateaux affectés au transport des colons embarquent trop de passagers. L'espace manque et l’air est bientôt tellement vicié que cela seul suflit pour rendre malades les plus robustes, On devrait embarquer inoins de monde, et exiger pour le trajet un prix plus élevé. Puis, pourquoi n'établit-on pas sur chaque bateau une bonne cantine où les passagers d’entrepont pourraient acheter à un prix raisonnable des aliments, des fruits, du sucre, du café, etc.? Ce serait une grande douceur pour les pauvres voyageurs et la Compagnie n'y perdrait rien.
Je pourrais maintenant, comme beaucoup d'auteurs qui éditent leurs mémoires sans quitter le coin du feu, raconter des histoires terribles, décrire des tempêtes, exagerer les dangers et les fatigues de la traversée. Je me contenterai de copier quelques notes prises au jour le jour et qui ne seront pas, j'espère, sans intérêt pour vos lecteurs, parmi lesquels j'ai le bonheur de compter: beaucmp d'amis. |
Vendredi, 25 août. — Nous nous trouvons entre l'Ecosse et l'Irlarde. Le temps est assez beau, mais le vent contraire; nous naviguons sans un pouce de voiles. Vers 10 1/2 heures, on jette l'ancre à Londonderry, au nord de l'Irlande. Nous nous trouvons au milieu d'un bassin magnifique dont les bords, abruptes d'un côté, sont, de l’autre, couverts d'habitations coquettes, entou-
rées de jolis jardins dont malheureusement la rigueur du climat exclut les arbres fruitiers et les plus belles fleurs.
D'innombrables mouettes voltigent autour du steamer ou jouent à la surface de l'eau qui est, qu'or me permette l'expression classique, calme et unie comme un miroir. De petits groupes se forment sur le pont. On cause, on rit, on fume, on chante. Les Allemands surtout se distinguent ; ils sont peu nombreux, car la plupart des voyageurs viennent de l'Ecosse, de la Suède, de la Norwège et du Danemarck. Il n'y a qu'une seule famille belge, la mienne. Seulement, comme nous portons, mon fils et moi, d'énormes toques en Astrakan et des paletots qui balaient le pont, on nous prend pour des Russes et notre langage flamand passe pour le patois des fidèles sujets du Czar.
Un jeune Prussien obtient beaucoup de succès. Sa voix est belle, il s'accompagne sur une guitare pas trop criarde ‘t semble sentir parfaitement ce qu'il exprime. Je traduis sa romance :
Voici le mois de mai; les arbres se couvrent de bourgeons ; Qu'il reste chez lui, celui qui veut vivre au milieu des soucis ; Mais, comme les nues voyagent dans la plaine azurée,
Mon cœur aspire après les grandes plaines du monde.
Cher père, bonne mère, que Dieu vous protège!
Qui sait si là-bas, au loin, le bonheur ne m'attend pas ?
Il y a tant de sentiers sur lesquels je ne mis jamais les pieds. Il y a tant de vin que je ne goûtai jamais.
En avant donc, gaiment en avant, à la joyeuse clarté du soleil, En avant! par monts et par vaux.
Les sources jaillissent, les arbres murmurent mélodieusement, Et mon cœur, comme l’alouette, bondit dans ma poitrine,
Et mêle son chant à l'hymne de la nature.
Et le soir, à l'entrée de la ville, je frappe à la première porte, Holà! patron, servez-moi de bon vin?
Et vous, gai ménétrier, accordez votre violon :
Je veux chanter...
ft si je ne rencontre pas d'auberge, quand tombe la nuit,
Je dors sous la voûte du ciel ; les étoiles me gardent.
Secoués par le vent, les arbres me bercent doucement et m'endor- Et le souffle caressant du zéphir m'éveille à l'aube. [ment,
Ah! se promener à travers les bois où l’air est libre et pur!
Je sens là le souffle du Créateur qui pénètre dans ma poitrine; Mon cœur jubile et chante, tout entier à la joie...
Ah! que vous êtes beau, 6 grand monde du bon Dieu! .
Le chanteur s'arrête. On appiaudit à tout rompre. Même les passagers de 1° classe franchissent les barrières qui les défendent contre les invasions de leurs compagnons de voyage moins fortunés, et viennent prier le barde tudesque de chanter encore. Il s'exécute de bonne grâce et chante les gloires de l'armée qui battit si bien les troupes de Napoléon IIT. Heureusement il n’y a que deux Français à bord du Polynesian et ils sont assez bons enfants pour ne pas se fâcher.
Mais que signifie ce coup de sifflet? Un petit bateau à vapeur aborde, s’amarre à côté de son gigantesque confrère et nous donne pour compagnons de voyage une soixantaine d’Irlandais et d'Irlandaises. On parvient à grand'peine à caser les nouveaux arrivés; l’ancre est levée, le Polynesian fait demi-tour et nous voguons vers l'Océan.
Samedi, 26 août. — Je constate de grand matin le retour d'un hôte à qui personne ne souhaite la bienvenue : le mal de mer. Ils n’en meurent pas tous, il n’en meurt même personne, mais tous en sont frappés... Je me trompe, un Anglais, fort comme un hercule,se promène sur le pont où je me traîne péniblement. Il se moque de ceux qui payent leur tribut à Neptune, déclare que la force du caractère seule suffit pour préserver des atteintes de ce mal désagréable au suprême degré, et rit au nez à ceux qui se plaignent, Tout à coup il jette son cigare,
court au bastingage et... paie comme les autres, capital et intérêts largement comptés. On ne le plaint pas, cela va sans dire, et les plus malades trouvent la force de l'accabler de lazzis. Oh ! l'horrible mal que le mal de mer! Je puis en parler, moi qui ai souffert plus que les autres et qui ai cru un instant que tout allait me passer par le gosier, tout, jusqu'aux clous de mes semelles !
Le vent est toujours contraire, quoique moins violent. Nous ne voyons plus que le ciel et l'eau, c'est-à-dire fort peu de chose, car cette immensité qui frappe le voyageur, d'après ceux qui n'ont pas voyagé, n'est pas visible à l'œil nu. L'horizon est au contraire très limité ; on dirait que le navire occupe le centre, le point le plus élevé d'une immense boule, sur laquelle s'abaisse, sous forme d'un globe à melons, la voûte azurée ou tachetée par les nuages. C'est en pleine mer qu'on comprend bien la forme sphérique de la terre. Quand un navire se montre au loin, on en voit les mâts longtemps avant de voir la coque.
Pas un oiseau, pas la moindre barque à l'horizon! Beaucoup de passagers se réunissent dans l'espace vide devant les cabines intermédiaires. On lit, on cause, on joue aux cartes, on chante, on fume, on entame les provisions de bouche. Bref, on fait ce que l'on peut pour tuer le temps.
Le soir, le vent devient violent el queiques vagues passent sur le pont. L'une d'elles me trempe des pieds à la tête, Deux voyageurs rient de ma mésaventure et sont sur le point de la raconter à leurs amis, lorsqu'une seconde vague, cinq fois plus forte que... la mienne, leur procure une douche gratuite qui leur fait perdre l'équilibre et l'envie de s'amuser à mes dépens. En moins de cinq minutes le pont est désert.
A l'entrepont la chaleur est étouffante et le roulis si
violent que beaucoup de passagers sont forcés de sortir de leur lit, Les femmes se lamentent et les enfants pleurent.
Dans les male steerages, dortoirs des hommes, les hamacs sont changés en escarpolettes. Je veux écrire à la lumière d'une lanterne gigantesque, mais le tangage est si fort que je juge utile de me glisser dans mes draps. Le hamac de mon compagnon de dortoir se défait ; le bonhomme roule sous une table, se relève, retombe, parvient une seconde fois à se redresser, tombe encore, et je finis par le revoir, au bout de la salle, pâle de colère, se cramponnant à tout ce qu'il trouve sous la main, envoyant au diable les voyageurs qui lui conseillent le même voyage et finissant, après des efforts inouïs, par retrouver son nid où je l’aide à remonter
après avoir, au milieu des déplacements les plus désa-
gréables, réparé les avaries du hamac.
Les vagues battent les hublots avec une violence inouïe, mais le navire est solide, la machine à vapeur marche avec sa régularité habituelle, Je m'endors en invoquant l'Etoile de la mer.
Dimanche, 27 août. — Quelle nuit!.. Un de mes voisins à crié au secours sans se reposer un instant. Un autre voulait absolument s'en aller. Où?....1lne me l'a pas dit. A l'aube, le pont se remplit de malades qui S'abritent le mieux possible contre le vent,
Le règlement du navire prie tous les passagers de s'habiller le plus proprement possible le dimanche et les jours de fête. Ce n'est pas aujourd'hui qu'il sera fait selon ce désir, Il est impossible de dire combien le mal de mer vous enlève la force et l'énergie. Pour ma part, je n'ai pas le courage de me trainer jusqu'à la cabine où se trouvent ma femmeet mes petits enfants, ou plutôt, les forces me manquent, Je me lève, je veux marcher, mais
Je titube comme un homme ivre. J'ai beau m'accrocher à tout ce que je rencontre, je me vois forcé de retourner à mon lit. Il me semble que je n'atteindrai jamais la fin de la journée.
Lundi, 28 août. — Le temps est meilleur, mais le vent est toujours contraire. Je grimpe sur le pont, ce qui me coûte des peines inouïes. Les promeneurs sont rares, Car il y a encore beaucoup de malades; puis, le vent soufflant du Norc, il fait froid comme en plein hiver. Aussi bien, après avoir passé quelques instants avec ma petite famille, je retourne à mon escarpolette.
Mardi, 29 août. -- Le navire va toujours bon train, malgré le vent contraire. Le nombre des malades diminue sensiblement. Moi qui n'ai rien pris depuis samedi, je sens l'appétit qui revient. Vers midi je me porte tout à fait bien, le mal de mer m'a quitté pour ne plus revenir, Il en est de même pour tous les membres de ma famille ; j'ajouterai que les plus jeunes de mes enfants ont été simplement indisposés, mais jamais sérieusement malades. J'en dirai autant des innombrables mioches de toute nationalité, qui jouaient et mangeaient gaiment pendant que leurs parents criaient miséricorde.
Le mal de mer est un vilain mal, mais, heureusement, on n’en meurt pas. Puis, il ne dure pas longtemps : pour les uns quelques heures, pour d’autres un ou deux jours, rarement trois. Il y a des exceptions : quelques voyageurs ne sont pas malades, d’autres le sont pendant toute la traversée. Après tout, je puis dire que c’est un mal... qui fait du bien. Ne riez pas, lecteur. Je compare le mal de mer à un remède très violent; il extirpe jusqu'au dernier atome tout ce qu'on a de mauvais dans le corps, et lorsqu'il vous quitte, il cède la place au plus dévorant des appétits. Pour ma part, je me sentais de force à
dévorer un dragon, y compris son cheval, ses éporons et la bretelle de sa carabine.
Un oiseau gros comme un pigeon rase la surface de l'eau. Je songe à la colombe de l'arche et je veux connaitre l'heure à laquelle ce brave messager m'apparait, Il est 1 1/2 heure.
— 11 1/2 heures, me dit un passager.
— Pardon, monsieur, ma montre a plutôt le défaut de retarder que d'avancer.
— C'est possible, reprend mon interlocuteur, mais nous ne sommes pas ici à Bruxelles, Voyez...
Et il déroule une carte sur laquelle il m'indique le point où nous nous trouvons. Dans deux jours nous serons en vue de New-Foundl'and (Terre-Neuve), et nous apercevrons probablement des montagnes de glace.
En voilà assez pour aujourd'hui, J'ai beaucoup voyagé cette semaine, comme j'espère vous le raconter plus tard, chers lecteurs, et je suis très fatigué. Au Canada comme en Belgique le sommeil réclame ses droits et je vais prendre un peu de repos,
Sherbrooke, 6 octobre 1882,
Il fait toujours Lrès beau, J'ai vraiment de la peine à croire que bientôt commencera un hiver tellement rigoureux qu'on ne peut s'en faire une idée sans en avoir senti les morsures.
Quoiqu'il en soit, nous l'atlendons de pied ferme, ma famille et moi.
Ma femme et mes enfants se portent admirablement bien; l'air vif du Canada a surtout fortifié les plus jeunes.
Je tâcherai de terminer, dans la présente lettre, le récit de mon voyage de Liverpool à Québec. Voilà d'ailleurs assez longtemps que nous sommes en route, mes lecteurs pourraient trouver le voyage trop fatiguant. J'ai d'ailleurs tant de choses à dire au sujet de mes excursions dans les différentes provinces du Canada! Mais, comme on ne saurait brider le cheval par la queue ni com- Inencer une maison par le toit, nous allons achever de passer l'Océan le plus rapidement possible. Après cela, nous nous promènerons au Canada. Ainsi que je l'ai fait dans ma dernière lettre, je copie par ordre de date les feuillets de mon carnet.
Mercredi, 30 août. — "Temps couvert mais doux, et, à la fin des fins, vent favorable. Nous naviguons toutes voiles dehors, et le Polynesian fend l'onde comme une flèche. Tout à coup un brouillard épais entoure le navire; on ne voit pas à cinquante pas. Cela dure environ trente
minules, puis le soleil apparait, brillant d'un éclat extraordinaire, et dissipe le brouillard, Ce phénomène se renouvelle d'heure en heure jusque vers midi.
A dix heures un pelit oiseau, ressemblant assez bien au pinson, vient se percher sur un rouleau de cordes à l'avant du navire, La pauvre petite bète est toute frileuse ; c'est sans doute le vent qui l'empèche de retourner à terre,
Jeudi, 31 août. — Temps couvert et vent contraire. Nous n'avançons pas très vite, mais il n’y a presque pas de tangage; il vaut mieux avoir le vent en face que de côté; car, dans ce dernier cas, il faut avoir le pied marin pour s'aventurer sur le pont où même pour aller, à l'intérieur du navire, d’un endroit à un autre, On a beau se soutenir à droite et à gauche, on avance à peu près comme un bébé qui risque ses premiers pas.
Nous verrons bientôt les côtes de Terre-Neuve et celles du Labrador. Après quoi nous aurons encore environ 600 milles à parcourir pour arriver à Québec.
Vers trois heures, plus de vingt petils oiseaux parmi lesquels une bécassine viennent se reposer sur le pont et becqueter les miettes qu'on leur jette.
Tout à coup le cri : Une baleine ! une baleine! attire tout le monde vers l'avant. En effet une baleine passait lentement à quelques encâblures du navire. Elle n'ét£ L pas très grande et laissait voir à peine une partie de son dos ; elle ne daigna pas même faire « jouer les eaux. Plus tard nous en vimes encore trois, aussi petites et aussi modestes que la première.
Quelques minutes après, un autre cri reteniit, plus agréable, celui-là : « Terre! terre! +
Au loin se dessinait une ligne d'un bleu noirâtre, aux arêtes aiguës, immobiles.
Nous constatons que nos yeux ne nous trompent pas,
Ce n'est pas une nuée, ce n'est pas le mirage, c'est bien la terre ferme, À mesure que nous avançons, les contours deviennent plus nets; nous apercevons bientôt très distinctement un cap qui s’avance assez loin dans la mer! Sur un rocher s'élève un petit fort; nous approchons toujours. Une petite colonne de fumée couronne le fort et un coup de canon retentit, On nous salue. Le Polynesian répond de son mieux à cette politesse, en faisant fonctionner le sifflet de sa puissante machine. Trois hommes sortent du fort, arborent un drapeau : notre steamer s'empresse d'en faire autant. Les hommes montent dans une petite embarcation et se dirigent de notre côté, Le steamer ralentit sa marche, jette une corde au bateau qui se range, faible coquille de noix, à côté du colosse. Un pilote monte à bord et ses deux compagnons s'en vont après avoir embarqué une tonne de lard, quelques sacs de biscuits, une demi-douzaine de fines bouteilles et pas mal d’autres bonnes choses dont la nomenclature serait trop longue, comme disent les notaires.
Vers quaire heures nous voyons flotter, à une assez grande dstance, d'immenses montagnes de glace. Si nous tournions à droite, nous serions bientôt au Groenland; comme nous n'avons nuile envie de faire la concurrence à Nordenskiold, nous sommes bien heureux de savoir que nous allons tourner à gauche et entrer dans le golfe Saint-Laurent. Au bout de quelques heures, c'est-à-dire au commencement de la nuit, nous nous apercevons très bien que nous voguons vers le Sud. Il fait moins froid. La mer est aussi beaucoup plus calme. Notre voyage n'est plus qu’une promenade. Tout le monde est gai et le steward chargé de la vente des petites bouteilles de pale-ale a beaucoup de besogne. Quoique la bière anglaise ne vaille pas notre bon uwt{zet flamand
et pas mème le faro de Bruxelles, j'en achète une demidouzaine de bouteilles que nous vidons en famille à la santé de nos amis du « vieux pays » et, après avoir causé bien long'=mps, le dos appuyé contre les revêtements de la machine qui nous abritent et nous réchauffent, nous allons demander à un sommeil réparateur des forces pour les fatigues et les émotions du lendemain.
Vendredi, 1° seplembre. — Nous sommes sur le pont au lever de l'aurore. Le ciel est bleu, le vent à peine sensible et le golfe n'a pas une ride, Les petits oiseaux nous reviennent plus nombreux que la veille; ils semblent nous souhaiter la bienvenue. Hélas! leur joie n'est pas de longue durée. Quatre éperviers fondent sur eux et les tiennent bientôt dans leurs serres puissantes. Les brigands! Ils dévorent leur proie sous nos yeux, à cinq pas de nous. Jamais je n'ai vu chose pareille en Belgique, où les éperviers se cachent, sachant bien qu'il leur en cuirait s'ils se mettaient à portée de fusil d'un campagnard, surtout depuis que les sociétés colombophiles ont mis leur tête à prix. Nous crions, nous lançons aux voraces bandits tout ce qui nous tombe sous la main; un Irlandais en atteint mème un avec sa pipe sacrifiée dans un moment d'indignation, mais rien n'effraie ces gaillards qui nt sans doute jeûné pendant plusieurs jours. Ils achèvent paisiblement leur repas sanglant et s'en vont tout à l'aise. Savent-ils peut-être qu'à bord des navires l'usage des armes à feu est rigoureusement interdit ?..
Voici maintenant l'ile d'Anticosti. Pendant que nous l'examinons avec nos longues vues, le navire traverse une armée innombrable de marsouins. Il y en a des milliers et des milliers qui, tout étonnés de sentir la plaine liquide tout-à-coup troublée par l'hélice du steamer, font
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des bonds prodigieux et se livrent au milieu des vagues
| à une espèce de handicap qui nous amuse beaucoup. 1e Le soir, nous sommes en plein fleuve Saint-Laurent. À Quel magnifique cours d'eau! Consultez la carte, et vous | verrez que Québec est déjà fort avant dans les terres, Eh | bien! Montréal, bâti comme Québec sur le Saint-Laurent, est situé à soixante lieues plus loin, et près de cette ville
| ie fleuve a encore deux milles de large et les navires du li plus fort tonnage y circulent à l'aise.
| à A Rimouski, un petit vapeur vient prendre la malle | F el quelques voyageurs. L'énorme tas de sacs remplis de ‘K 4 lettres et de journaux prouve que les relations entre |
l'ancien et le nouveau monde sont très suivies.
Samedi, 2 septembre. — Le soleil du Canada nous ti souhaite la bienvenue, Le temps est superbe, l'air est D. tiède et nous admirons le superbe panorama qui se déroule sous nos yeux. ie Saint-Laurent pourrait s'ap- } peler une fabrique à poissons. Plus on en prend, plus il
en vient. On fait des milliers de tonnes d'huile avee la graisse des marsouins, des loups de mer et des baleines be qu'on va pêcher au large. Il y à mème des cultivateurs lE qui fument leurs champs de pommes de terre avec des | Poissons, Cela peut paraitre invraisemblable, mais c'est ainsi.
ne: Voici au surplus quelques délails que je trouve dans “ la brochure d'un explorateur francais, M. Paul de “1 Cazes :
« Chacun sait que les pècheries canadiennes sont des plus considérables et des plus productives qui soient au monde. |
+ La longueur des côtes maritimes des provinces de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle- Ecosse, sans tenir compte des anfractuosités qu rivage, est 6valuée à 2,879 milles où 4,632 kilomètres, et le privilège exclusif de la pèche sur ces cûtes, sauf les concessions établies par les traités, s'exerce pour les pècheurs canadiens sur environ 9,947 milles carrés.
+ On apprécie, en outre, la superficie collective de 1 partie canadienne des grands lacs Supérieur, Michigan, Huron, Erié et Ontario à au moins 121,951 milles CAITÉS,
+ [1 y a encore, dans le Nord-Ouest, les Ines Winnipeg, Manitoba, Winnépégosis(1) qui représentent collec tivement une superficie de 12,336 milles carrés,
+ Comme on le voit, le cham est suffisamment vaste pour permettre aux pêcheurs canadiens de retirer de beaux bénéfices d'une industrie à laquelle se livrent, à l'exclusion de presque tous autres, les habitants descôtes qui, au nombre d'au moins 200,000, vivent uniquement du produit de leur pêche. «
Les pêcheurs canadiens sont généralement loin d'ètre riches; ceux du Labrador sont même en ce moinent dans la misère, Et cela n'est pas étonnant. Comme les fabricants belges, les pêcheurs canadiens ne sauraient se
(1) M. de Cazes ne cite pas le lac Saint-Jean, le Mégantic et d'autres lacs qui ne paraissent pas dignes de mention dans ces pays des grands lacs, mais que j'ai admirés à cause de leur étendue ct de leur utilité. Les cultivateurs vont y prendre leur provision de poissons comme dans un réservoir qui ne s'épuise
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débarrasser dans de bonnes conditions de leurs marchandises qui, présentées en trop grande quantité, ne tentent pas assez l'acheteur. Le hareng du Labrador est délicieux, mais on en prend trop; quant aux huitres, pour quelques centins (sous) on s'en procure un régal pour toute une famille, J'ai acheté du saumon à cinquante centimes la livre!... Les pêcheurs de ce pays, en pêchant trop, péchent contre les règles de l'économie. Ils devraient apprendre un seeond métier et s'occuper davantage du premier de tous, de l'agriculture, Seulement, cela ne changera pas encore de si tôt : ie Canadien est généralement trop routinier. Ce que son père a fait, il le fait aussi. Vouloir changer ses habitudes, c'est entreprendre une chose bien difficile.
Pour en finir avec la pêche canadienne, je vous dirai que ce pays a exporté en 1881 :
Morue et merlan, pour 3,176,844 piastres
Maquereau, ” 801,586 »
Hareng, 429,782 oo»
Saumon, 470,502 »
La pèche de l'alose, des huitres et du homard a produit des sommes énormes. On a exporté du homard en conserves pour une somme de 1,317,901 piastres.
Mais, laissons-là, pour le moment, les pêcheurs et les poissons et poursuivons notre voyage, ou plutôt, arrivons à Québec, car il n'y a plus rien de bien remarquable à mentionner. Nous abordons le dimanche 3 septembre vers sept heures du matin à Lévis, petite ville bâtie en face de Québec, sur la rive droite du fleuve, On débarque les colis ; une nuée de propriétaires où d'employés d'hôtel s'apprêtent à faire la cour aux voyageurs; tout le monde se rassemble sur le pont, chacun se montre heureux de mettre pied âterre et de quitter enfin la maison
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flottante où l'on s'est trouvé trop à l'étroit, Les bébés surtout battent des mains et une de mes fillettes me demande si, dans le nouveau pays, nous aurons ungrand jardin. Cela ne sera pas bien difficile : ici on appelle petite exploitation une ferme de 100 acres ou 40 hectares et quelques ares.
Enfin nous voici sur la terre ferme! Mais tout n'est pas fini, comme vous verrez dans ma prochaine lettre.
Un bon conseil — comme toujours — avant de finir.
eux qui veulent émigrer doivent surtout se procurer de bons coffres, munis d'excellentes charnières et de solides serrures; ils doivent aussi emballer soigneusement leurs objets fragiles et en emporter le moins possible. Je crois l'avoir déjà dit : pour descendre !es colis à fond de cale et pour les remonter, on en attache cinq ou six ensemble à la chaîne d'une grue à vapeur. Cette machine marche avec une rapidité brutale : en moins d'une heure, on monte ou on descend un bon millier de coffres et de caisses. Malheur aux faibles !..
Nous jouissons ici d’un temps superbe. Presque toutes les nuits, nous avons une petite gelée blanche; le jour. la chaleur est assez forte, On en profite pour sécher el rentrer les derniers fourrages. Par ci, par là, on couvuence les défrichements, qui se font ordinairement en hiver. La saison des neiges est ici le temps de la plus grande activité; c'est alors que se transportent le bois et les céréales. |
Le brave ouvrier qui m'a loué une partie de sa maison, possède une vache à laquelle il ne manque vraiment que l& parole. Le matin, vers sept heures, un petit vacher ouvre la barrière du pacage où elle a passé la nuit en compagnie d'une vingtaine de consœurs, et Brunetle vient se faire traire. Elle traverse sans guide une longue rue très peuplée, où il y a parfois une grande circula-
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tion, et jamais elle n'arrive trop tard à son poste. Quand elle a donné la dernière goutte de son lait, elle retourne
au pacage d'où elle revient à six heures du soir. Dès que mes filles la voient venir, elles courent à sa rencontre, li caressent et lui offrent des épluchures de pommes de terre ou une croûte de pain. Brunette les connait et elle a l'air triste quand elle ne voit pas ses petites amies.
Cette bonne vache rend à son maitre des services immenses; sa nourriture coûte peu de chose et le lait se vend très bien : nous le payons à raison de vingt-cinq centimes le litre... sans crème.
Vous voyez, que l’on se crée ici des ressources sérieuses sans trop de peine et de risques.
Ce qui rapporte aussi beaucoup dans cette contrée, c'est le jardinage. Concombres, carottes et navets sont très recherchés ici et se vendent assez cher. Ce qu'il y a de meilleur marché, c'est la viande, le beurre et le pain.
Nous parlerons de tout cela prochainement.
Sherbrovke, le 13 octobre 188.
Mon cher Directeur,
Je vous l'ai déjà dit, mon but n'est pas de produire une œuvre littéraire, mais bien d'être utile à Ines Compatriotes, surtout aux cultivateurs, mes confrères, qui ont plus ou moins l’idée de suivre mon exemple et «le venir chercher, dans l'une ou l'autre contrée du Nouveau-Monde, au Canada ou ailleurs, une existence plus paisible et un travail plus productif.
Done, les bons conseils avant tout.
J'ai déjà parlé, en racontant les incidents de mon départ, de a nécessité pour les Colons de serrer leurs bagages dans des caisses solides et S'ouvrant cependant avec facilité pour les visites de In douane, Permettezmoi de revenir sur ce Sujet qui est de la plus grande importance,
L'émigrant part de chez lui. Je suppose qu'il habite un Village et qu'il a une ou deux lieues à faire pour arriver à la gare la plus proche, Ses colis sont chargés sur
la charrette d'un voisin complaisant et vont au chemin
de fer par toutes sortes de chemins. Première épreuve, La mise en wagon ne se fait pas ioujours avec tous les soins voulus. Seconde épreuve. Faut-il transborder d'un fourgon dans l’autre: nouvelle épreuve. Voilà les colis à Anvers. Ceux qui ont visité nos gares connaissent la
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prudence, la modération et la patience proverbiales de messieurs les ouvriers chargeurs. On dirait vraiment que les caisses et les paquets les ont mortellement offensés, et qu'ils éprouvent le besoin irrésistible de les traiter en vaincus,
J'ai vu chez un agent d'émigration à Anvers, de nombreux colis parmi lesquels une partie des miens, qui se trouvaient dans un état pitoyable, Ce bon monsieur faisait de son mieux pour réparer les dégats; un de ses employés clouait les caisses disjointes, refaisait les paquets, ajoutait ici une corde, là un morceau d'emballage, tout en critiquant les gens qui ne prennent pas mieux leurs mesures. À Anvers, on conduit les colis au port, on les dépose sur le quai, puis on les descend à fond de cale; à Grimsby, à Hull ou à Harwich, les pauvres colis, pour la plupart plus ou moins avariés, sont retirés de la cale, jetés sur le quai, ouverts et visités par la douane, qui a toujours l'air d'ètre très pressée, et confiés au chemin de fer qui les conduit à Liverpool. Là, on les met à bord de petits bateaux à vapeur qui les conduisent au grand steamer. On le voit, je n'ai pas tort äe dire et de répéter : Faites-vous des coffres bien solid-set emballez soigneusement vos objets.
Je recommande tout spécialement aux cultivateurs de se procurer du bon linge en grande quantité, des chemises de laine ou de demi-laine, des bas et des chaussettes, le plus de vêtements possible et quelques outils de menuisier. À ceux qui veulent s'occuper ici de jardinage — et ce travail rapporte gros — je dirai de ne pas oublier des semences.
A Québec, les bagages de plus de 700 voyageurs furent déposés pèle-mêle dans un immense hangar en planches. L'ancien magasin et la station avaient été détruits peu de temps avant par un incendie, Il me fallut
plus d'une heure pour retrouver mon butin (c'est ainsl qu'on appelle ici les bagages) et celui de la dame allemande qui m'était recommandée. En manches de chemise, le front ruisselant de sueur, j'avais plutôt l'air d'un fort des halles que d'un modeste colon.
Un jeune Canadien français vint nous offrir du lait, du bon lait non baptisé, à 25 centimes le litre. J'en achetai pour ma petite famille qui avait été privée de cette douceur pendant le voyage, el je courus m'enquérir d'un hôtel.
Pour cela, je n'avais que l'embarras du choix; dix, douze patrons ou garcons d'hôtels s'empressaient autour des voyageurs, chacun d'eux prétendant diriger le seul établissement où l'on soit véritablement bien.
Pour dire la vérité, le meilleur ne vaut pas nos hôtels de trcisième ordre. Qu'on y fasse un repas, snit; mais le colon doit éviter d'y loger. Il 5eut partir le même jour, s'il connait sa destination: de cette manière ses colis sont mis immédiatement en chemin de fer, ce qui est un grand avantage, comme on verra plus loin.
Après avoir fait mon choix, je r'etournai rejoindre mes deux familles, que je trouvai tout en pleurs. Pendant mon absence, on avait enlevé tous nos bagages pour les transporter dans un autre hangar. Il pleuvait à verse, l'eau passait à grands flots à travers la toiture inachevée, et tout mon butin, femmes, enfants, coffres et paquets, était trempé comme une soupe.
Il fa''ait recommencer la corvée, c'est-à-dire les manœuvres de force, doublées cette fois-ci d’une chasse à courre à travers les ballots pour réunir une seconde fois mes coffres vagabonds. Les deux dames me suivaient, la mienne trainant après elle ses objets les plus précieux, M"° Boller pleurant comme ure Madeleine. De temps en temps nous repassons devant le groupe
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humide des enfants qui demandent de s'en aller le plus tôt possible,
Vous voyez bien qu'avec tous ces embarras à la fois sur les bras, je n'étais pas à la noce,
Enfin la victoire est complète où à peu près, Il ne manque plus que les chapeaux d'été de ma femme et de mes filles, Me Boller réclame encore un bassin en fer blanc qui vaut bien trois sous, mais, pour la première fois depuis le jour du départ, je ne trouve pas une parole de consolation pour une si grande douleur.
J'ai raconté cette scène à un personnage haut placé, Il a ri de bon cœur, supposant peut-être que j'exagérais légérement. Cependant je n'avais pas tout dit. Promesse n'a été faite de rémédier à ce triste état de choses; j'espère que je n'aurai plus, à mon prochain voyage, à À renouveler pareille plainte.
Que les coions, à leur arrivée à Québec, demandent l'adresse de l'Agent de Colonisation. Ce monsieur est chargé de donner gratuitement aux voyageurs tous les renseignements désirables, et il le fait avec beaucoup de politesse et d'empressement. Mais il s'agit de savoir | qu'on peut le rencontrer à Québec, voilà pourquoi je con- 1 signe la chose dans ma lettre.
yaseurs. Québec k
C'est à Lévis que débarquent les vor est de l’autre côté de la rade, C'est une ville très belle, vue de loin; sa citadelle bàlie sur un rocher et les collines verdoyantes qui l'entourent charment les feux. Mais les rues, mal pavées, sont d'une malpropreté repoussante. La couche épaisse de boue qui les couvre engendrerait certainement toutes sortes de maladies si le climat le plus sain du monde n'empèéchait la contagion, Est-ce pour prouver l'excellence du climat que les édiles de Québec tolérent cel état de choses? Alors c’est bien, mais ils devraient le dire,
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Je fus admirablement recu au ministère d'agriculture, L'honorable M. Le Sage, assistant commissaire, (comme qui dirait. sous-ministre) était absent; mais il avait chargé de le remplacer un gentleman dont je ne saurais jamais dire assez de bien, le diune M. E. Gagnon. Doué d'une mémoire prodigieuse, connaissant à fond son pays, il me donna, avee une politesse exquise, tous les renseignements désirables. Il voyait en moi non le pauvre émigrant qui vient demander à gagner par le travail de ses mains le pain de ses enfants, mais l'ami qui a droit à la protection d'un gouvernement vraiment paternel, Qui que vous soyez, savant où ignorant, riche où pauvre, émigrant belge, ne craignez pas, si vous avez l'intenticn de vous fixer au Canada, ne craignez pas, dis-je, d'aller demander une audience au ministère d'agriculture à Québec. Vous en sortirez bien convaincu du désir sincère qui anime tous les représentants du souvernement canadien de protéger eflicacement ceux qui viennent ici pour gagner honnètement leur vie.
M. E. Gagnon répondit avec beaucoup de patience à nes nombreuses questions. Sans vouloir peser le moins du monde sur mes décisions, il me dit cependant qu'il n'est pas bon pour les Belges de s’aventurer dans Îles terres nouvelles, et qu'il vaut mieux pour eux acheter une petite ferme avec des terres en partie défrichées. Pour le reste, il me conseilla de voir par moi-même, de juger et de comparer avant de me fixer définitivement,
Le lendemain je partis pour Sherbrooke, avec ma petite famille.
Pourquoi pour Sherbrooke?
Je ne saurais le dire, j'hésitais entre cinq ou six localités; j'ai choisi Sherbrouke, parce que... eh bien! oui, je répondrai comme les petits enfants :
’arce que !.…