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SECOND VOYAGE
Voyage dans le pays des petits et grands Namaquois.
J'étais de retour au cap de Bonne-Espérance , et déjà je méditais un autre voyage. Seize mois de courses et de chasses continuelles dans l’intérieur ‘de l'Afrique méridionale n'avaient pu ralentir mon zèle ni combler tous mes souhaits : celte passion, toujours plus impérieuse, d'accroître mes connaissances en histoire naturelle, naissait de la multitude même de celles que je venais d'amasser.
L'amitié obtint avant tout mes hommages. Je revis,
j'embrassai, je serrai contre mon cœur ce respectable Bœrs, dont la santé m'avait causé tant d’alarmes, lorsque j'étais encore à cent cinquante lieues du Cap el campé sur les bords du Kriga. C'est à lui, c'est au soin qu'il prit de m'ailirer dans sa maison après mon désastre dans la baie de Saldanha , que je devais tous les trésors d'un voyage aussi curieux. Il mit beaucoup d'empressement à vérifier l'état des caisses que jerapportais avec moi; déjà même il avait employéles plus grandes précaulions à débarrasser celles que je lui avais adressées d'avance. Un zèle ingénieux lui avait suggéré des moyens de conservalion dont j'étais étonné; il s'était fait naturaliste pour m'obliger.
* Le bruit de mon retour fut bientôt répandu dans le Cap. Une foule d'oisifs accourut de toutes parts, pour demander à voir ce qu'on appelait mes nouvelles curiosités. Presque toute la maison de Bœrs se métamorphosa en un cabinet d'histoire naturelle; ce genre de décoration, aussi brillant que nouveau, attira bientôt tant de monde, qu'on eût dit que celte maison élait le rendez-vous général de toute la ville, elle ne désemplissait pas.
Mes journées € (trouvaient utilement et presque entièrement remplies à classer, à entretenir mon cabinet, à méditer sur les moyens d'en remplir les lacunes, à former un système suivi qui pût un jour, au-sein de la vieillesse, me dédomma:er de l'impuissance d'en aller chercher les éléments à leur source, et ne vint mêler aucun regret au souvenir d'une épreuve qu'on ne peut recommencer qu'en recommencant sa vie. Je me promettais en idée, dans ce second voyage, de plus grandes jouissances que dans le premier. La boussole de l'expérience devait cette fois guider ma marche, et m'aplanir de terribles obstacles, On verra jusqu'où peut sétendre notre prévoyance, et si un nouveau précipice n’est pas souvent voisin du précipice auquel on échappe. #4)
J'avais en partie disposé tout ce qui m'était nécessaire pour partir; le moment de sortir du Cap n'arrivait pas assez tôt à mon gré. Un homme que j'attendais avec une mortelle impatience, que je n'avais point va depuis mon retour, sans lequel je ne me promettais ni plaisir ni sûreté, lout-à-coup se présente À mes yeux : C'était Klaas. Il y avait alors chez le fiscal compagnie nombreuse et choisie. Klaas jouissait partout d'une grande renommée. Associé à mes travaux, el chargé plus particulièrement d'en exécuter les plans,
je n'avais point lari d'éloges sur ce conseiller fidèle: son arrivée subite excita la plus vive curiosité dansla maison de Bœærs.
Klaas resta peu de temps auprès de moi; son trésor déjà commençait à. l’'embarrasser. La femme que jelu: avais donnée occupait en ce moment son esprit ; il se montrait empressé de déposer dans ses mains sa richesse. Lorsque je me fus assuré que mes autres compagnons de voyage, cèet là dispersésdans le voisinage de sa horde, vivaient heureux et tranquilles ; que mes bestiaux étaienten bon état, mes charriots et mes ustensiles à couvert et bien soignés ; que toute ma caravane, en un mot, n'attendait qu’un signal pour se mettre en route, j'embrassai mon fidèle adjudant et Le laissai partir.
Il fallut encore une fois se séparer des bons et incomparables Slaber : je promis à ces âmes célestes de venir plus d'une fois me réunir à elles dans mes diverses promenades aux environs du Cap, j'ai tenu parole. Cette demeure auguste et silencieuse, comme un aimant indomptable , m'attirait souvent de fort loin ; je n'éprouvais pas un sujet de plaisir ou de joie que je n'accourusse aussitôt le déposer dans le sein de cette famille chérie.
Le vieux Swanepoel était un des hommes qui m'étaient le plus attachés et qui m'avaient rendu le plus de services au sein des dangers : j'avais dépêché vers lui un de mes camarades pour lui dire de me venir trouver au Cap; il y était accouru, Je plaçais au rang des premiers devoirs le soin de récompenser son amitié pour moi, et j'allais lui donner une grande preuve dela mienne en lui annonçant que nousallions repartir.
Lorsque Swanepoel eut un peu calmé ses sens et qu'il fut en état de m’entendre, je lui confiai mes projets, et lui promis de l'emmener avec moi. A la vérité, son grand âge et la fatigue du premier voyage, l'incertitude même et les difficultés de celui que j'allais entreprendre, ne me permettaient guère de le conduire aussi loin ; mais la colonie m'offrait un assez vaste champ pour que je me montrasse empressé d'user encore une fois de ses bons offices.
Je pris ma route par la Hollande-Hottentote; de là je me proposais de parcourir tous les points de la colonie jusqu'aux Vingt-quatre Rivières, de revenir ensuite au Cap par le Swart-Land, où je me serais encore une fois reposé chez mon incomparable ami Slaber.
En visitant le Fransche-Hoeck, je ne revis pas non plus sans intérêt celle race de réfugiés français , naguère persécutés dans leur idjus'e patrie, dépouillés, proscrits, avilis, chassés par elle comme des hordes de misérables; victimes du fanatisme ct de l'intolérance , et n'ayant d'autre refuge, au sein de cet abandon affreux, que la pitié de quelques gouvernements voisins quileur permirent d'aller arracher aux côtes de l'Afrique une subsistance qu'on eût craint même de leur donner dans une terre trop voisine des lieux témoins deleur désastre Eloignés de Ja France, qui a rejeté ses enfants, ils ont presque oublié son langage, helas! et n’ont pas perdu son souvenir : leurs usages même se sont fondus dans les usages hollandais ; ils ne difèrent plus guère des autres colons; la trace originelle est perdue; On ne les reconnaîtrait à rien, s'ils n'avaient conservé, pour la plupart, des cheveux noirs, qui contrastent avec la chevelure presque toujours blonde des habitants de la colonie hollandaise.
Du Rooye-Zand, je passai dans le canton dés Vingtquatre Rivières, le plus agréable, sans contredit, de toute la Compagnie hollandaise : il doit son nom à la multiplicité des ruisseaux dont il est arrosé; on juge aisément, à l'abondance de ses eaux, à quel point ce terrain est productif et riant. Bien plus, les canaux principaux, par des saignées adroitement ménagées, portent l'abondance et la fécondité jusque dans les terres labourées de toutes les fermes environnantes ;
va