GOLBERRY
d'arbres. Adanson trouva à Podor un degré de chæ- Jeur dé plus qu’il n'avait eu sur l'île du Sénégal; le thermomètre marquait depuis 30 jusqu’à 310. Il revint le 45 juillet au Sénégal, pendant les pluies qui durent ordinairement trois mois, de juin à septembre, tandis que Ja saison sèche est beaucoup plus longue.
Adanson retourna le 9 août à l'île de Sor. Les habitants le menèrent à la chasse des gazelles; mais il ne pensa plus à chasser dès qu'il eut aperçu un arbre dont la grosseur prodigieuse attira toute son attention; c'était un calebassier, autrement appelé pain de singe où baobab, et que les Jalofs nomment goui. 1] n'avait guère qu'environ soixante pieds de hauteur; mais son tronc était d’une grosseur démesurée , puisque sa circonférence était de soixante-cinq pieds, ce qui. par conséquent, lui donnait un diamètre de près de vingtdeux pieds. Du tronc de vingt-deux pieds de diamètre sur huit à douze pieds de hauteur, partaient plusieurs branches dont quelques-unes s’étendaient horizontalement et touchaient la terre par leurs extrémités. Elles avaient depuis quarante-cinq jusqu'à cinquante cinq p'eds de longueur. Chacune de ces branches aurait pu égaler en grosseur un des arbres monstrueux de l'Europe. Enfin ce baobab ou pain de singe paraissait moins former un seul arbre qu’une forêt. Un peu plus loin Adanson vit un second baobab qui avait aussi soixante-cinq pieds de circonférence, mais une racine
ui, découverte pour la plus grande partie par les eaux
‘une rivière voisine , comptait jusqu'à cent dix pieds de longueur sans y comprendre la partie cachée sous les eaux de cette rivière. Les nègres assurèrent au voyageur qu'il existait beaucoup d'arbres du même volume dans le voisinage.
Les eaux du Sénégal, parvenues à leur plus haut
oint d'accroissement, inondaient tous les environs de Saint-Louis. Adanson ne pouvant dès lors employer en ce lieu le long intervalle de temps que devait durer linondation, partit le #7 août 1749 pour l'île de Gorée et le cap Vert. Les rochers de Gorée et leurs coquillages occupèrent un moment le voyageur, qui se rendit ensuite à Portudale, escale que les nègres appellent Sali, et qui se trouve à neuf lieues au sud de l'île de Gorée. Adanson y recueillit une multitude d'oiseaux remarquables et delimaçons. Les Français n’ont pas de comptoir à Portudale , mais lorsqu'ils vont en traite ils descendent chez l'alquier ou le gouverneur du village, qui possède un grand nombre de cases. L'est dans l'une d'elles que logea notre voyageur, lequel, après différentes excursions, revint au Sénégal le 12 octobre, afin de retourner à Podor.
Cette fois, Adanson, qui n'avait encore vu de crocodiles qu’à l'île du Sénégal, commença à en apercevoir au-dessus de l'escale des Maringouins. 11 vit des hip- Popotames où chevaux marins, l'animal le plus grand des amphibies, qui hennit d'une manière peu différente du cheval, mais avec une si grande force qu'on l'entend à la distance d'un bon quart de lieue. Adanson vit aussi des éléphants, en approchant de Podor, et il faillit tomber sous le bond d'un tigre en traversant une petite forêt.
A Podor ou Galam , au lieu d’une plaine sèche et stérile, comme il l'avait vue la première fois, il trouva une campagne agréable entrecoupée de marais entre lesquels le riz croissait naturellement sans avoir été semé. 1! découvrit dans le voisinage beaucoup d'arbres nouveaux et d'une grande beauté. 11 repartit de Podor le 47 décembre, et au bout de cinq jours il fut de retour à l'île du Sénégal, tandis qu'il en avait employé dix-neuf à monter de cette île à Podor.
Adanson, tournant ses regards vers la Gambie, se rendit au comptoir français d'Albreda situé sur ce fleuve, à sept lieues de son embouchure età cinquante lieues de l'île de Gorée. IL eut occasion d'admirer les mangliers si abondants sur les rives de la Gambie, et d'y voir les huîtres des rochers suspendues aux branches des arbres, lorsque partout ailleurs on les détache des rochers. Le voyageur eut aussi occasion de con-
naître ici les ravages que causent les sauterelles. Le troisième jour de son arrivée, un nuage épais obscurcit l'air et intercepta tout-à-coup les rayons du soleil ; ce nuage, qui ne pouvait être causé par l'atmosphère puisque dans cette saison elle est si rarement chargée de nuages, provenail d’une nuée de sauterelles élevées d'environ vingt ou trente toises au-dessus de Ja terre, et couvrant un espace de plusieurs heues de pays, où elles répandaient comme une pluie de ces insectes qui y passaient en se reposant, puis reprenaient leur vol. Ce nuage était apporté par un vent d'est assez fort qui heureusement le poussa dans la mer. Les sauterelles avaient consumé toute la végétation el même jusqu'aux roseaux secs des couvertures des cases. Cependant la sève des arbres répara bientôt les pertes qu’ils avaient faites. Ce qui ne fut pas un moindre sujet d'étonnement pour le voyageur , il apprit que les naturels se nourrissaient parfois de cet insecte ravageur. :
Les circonstances et les embarras du comptoir d’Albreda empêchèrent Adanson de prolonger son voyage sur la Gambie. Il revint à Gorée, et de Gorée au Sénégal. On était en 1750. Il visita Rufisque, village situé à trois lieues en ligne directe de Gorée, et qui passe pour avoir été le premier endroit où les Européens aient débarqué vers le xrve siècle. Dans le voisinage, il rencontra des loups et des lions et même des tigres, avec lesquels il ne se soucia point de faire connaissance, Car il revint promptement au Sénégal pour faire de nouvelles promenades dans les environs de cette Île, promenades qui durèrent encore près d’une année.
En 1752, il alla visiter le quartier de la Chaux, lieu auquel on a donné ce nom à cause de la chaux qu'on y fait avec des coquilles qui y sont en grande abondance. Ce lieu est situé sur le bord d'une petite rivière qui communique avec le Sénégal; on y va facilement par eau en partant de l’îe Saint-Louis. Ce canton se compose de grandes plaines, d’agréables vallées, de pâturages excellents pour le gros et le menu bétail, et de petites rivières dont les bords sont couverts de manglicrs et d’autres arbres toujours verts.
La principale de ces rivières, le marigot de la Chaux, abonde en grosses anguilles, et en machoirans, dernier poisson qui a sur la nageoire du dos un dard pointu et venimeux qu'il faut avoir soin d'éviter quand on pêche ce poisson, car les blessures qu'il fait guérissent difficilement. Adauson ne resla que peu de jours à la Chaux; ilrentra dans son quartier-général de l'île Saint-Louis pour assister à la fête du Tabaské, célébrée par les nègres sectateurs de la religion de Mahomet, et qui eonsiste en un grand bal où tout le monde se livre à la gaîté et à la danse.
Après quelques autres promenades aux mêmes lieux qu'il avait déjà vus, Adanson s’occupa enfin de son retour en France. Il partit en effet de la rade du Sénégal le 5 septembre 1753, et après une relâche aux îles Açores, il reutra à Brest le & janvier 1754, rapportant avec lui ces riches collections d'histoire naturelle qui allaient agrandir le domaine de la science dont il s'était le plus spécialement occupé , au détriment peutde la géographie proprement dite.
GOLBERR Y.