‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 122 sur 179 · GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE

L'Egypte est située dans une des positions les plus remarquables du globe ; placée à l’une des extrémités de l'Afrique, elle joint ce continent à l'Asie, et ses ports sur la Méditerranée la font en quelque sorte toucher à l'Europe. Cette position entre 24 et 310 latitude nord, 27 et 32° longitude est, suffirait seule pour qu'on püt la ranger parmi les régions les plus chaudes , quand d’autres causes encore ne contribueraient pas à y rendre la chaleur excessive. Dans les appartements les plus frais, et même dans la Basse- Egypte, le thermomètre de Réaumur se soulient à 24 et 250 pendant les mois de juillet et d'août; mais dans la Phébaïde, il s'élève à 340 au nord et à l’ombre ; et dans les sables, sa hauteur atteint jusqu'à 540. Ce n'est pas uniquement au voisinage de l'équateur que l'on doit attribuer une température si brûlante, mais * st encore à la disposition même du sol qui, en général, peu élevé au-dessus du niveau des mers, estrecouvert en partie de sables mouvants; ces sables reçoivent, concentrent et répercutent les rayons du soleil, qui pendant les mois de l'été est presque perpendiculaire ; et cette réverbération porte sur des montagnes pe élevées et dépouillées de verdure , sur des plaines a ‘es où rien ne peut en diminuer l'ardeur, dans des Cuutrées aussi voisines de la zône torride. De là proviennent l'extrème sécheresse du climat et la rareté des pluies rafraîchissantes.

Toutefois, cette sécheresse n’est pas également continue dans toutes les parties de l'Egypte ; il pleut assez souvent dans les provinces qui avoisinent la Méditerranée , et dans les déserts situés entre les vallées du Nil et la mer Rouge. Des ravins creusés dans plusieurs endroits de la chaîne arabique attestent que ces pluies sont quelquefois assez fortes pour former des torrents. Mais une circonstance qui est un des caractères distinctifs du climat de l'Egypte, et qui est d’ailleurs commune à toute la contrée, c’est l'extrême abondance des rosées, qui ne sont peut-être pas sans influence sur la fertilité du sol, à l'époque où le Nil est au-dessous du niveau des terres. Le propre de ces rosées est surtout de rafraichir et d'épurer l’air; elles contribuent à refroidir la température ; et dans les grandes chaleurs, il en résulte des différences considérables entre le jour et la nuit. Cette variation peut aller jusqu’à trente degrés, et elle s'accomplit en sept ou huit heures seulement. C'est de là que naissent en partie les ophthalmies si fréquentes sur les bords du Nil.

IL ne pleut presque jamais dans le centre de la contrée ; les inondations du Nil ainsi que les rosées nocturnes, dont l'abondance varie suivant le cours des

(1) Déjà une expédition égyptienne conduite par un ingé nieur français, M. d’Arnaud, a pénétré tout récemment jusqu'au 4e degré de latitude nord. A. M.

vents, y sont à peu près les seuls principes fécondants. L'excessive ardeur du sol et la direction des vents, déterminée par la forme de la vallée, sont les causes de la grande sécheresse de l'atmosphère. Les nuages, formés des vapeurs des mers qui ceignent l'Egypte au nord et à l'est, sont entraînés par les courants d'air; et la force de ces courants est sensible, à quelques distances des montagnes qui bordent à l’est et à l’ouest la vallée du Nil ; près de ces montagnes, leur effet est moins puissant ; il y pleut quelquefois.

Le Nil commence à grossir vers la fin de juin et au commencement de juillet. Le volume des eaux qu'il reçoit n’est pas assujéti à des règles certaines, non plus que la progression des crues. Dans les années ordinaires, le fleuve s'élève au Caire de huit mètres ; il monte quelquefois beaucoup plus haut, et pour que l'année soit abondante, il faut que le terrain cultivé présente l'aspect d'un lac immense. Les villages , élevés sur des buttes factices, paraissent alors comme autant dilots disséminés sur la surface de ce nouvel océan ; rien ne peut égaler la majesté d’un pareil spectacle. On peut, du haut de la citadelle du Caire , embrasser une partie de ce grand tableau. Le terrain pro: pre à la culture , mais qui, trop distant des rives du fleuve, ne peut jouir des avantages de l’inondation, est fertilisé par des canaux ou à l’aide de machines d’une invention simple, connues sous le nom de roues à pots. Il est encore une qualité propre au terrain de l'Egypte, c'est d'être imprégné de substances salines, qui produisent chaque matin des efflorescences à la surface du sol. Sans doute l’action fécondante du limon du Nil est encore excitée par la présence du sel marin qui abonde partout.

La population de l'Egypte est d'environ deux millions et demi d'habitants. Nous ne comprenons point dans ce nombre les tribus arabes qui peuplent les déserts, et qui ne sauraient être assujéties à un dénombrement exact.

sn 1798, le Caire renfermait deux cent cinquante à

eux cent soixante mille individus, en y comprenant les Mameloucks et les négociants étrangers.

Sur quatre-vingt-dix-neuf mille individus mâles, on peut en compter au moins trente-six mille qui n'ont point de femmes , la plupart à raison de leur âge. Il n'est guère de famille un peu à l'aise qui n'ait au moins quelques esclaves négresses. Les Européens établis en Egypte peuvent en acheter aussi, pour les employer à leur service ; ce qui n’est pas permis dans les autres Etats du Grand-Seigneur.

Sous le gouvernement d’Ali-Bey, on comptait au Caire vingt-deux mille animaux de louage, tant ânes que chameaux , chevaux et mulets ; le nombre de ces derniers était infiniment moindre. Aujourd hui l'on peut évaluer, sans exagéralion, à plus de trente mille la quantité des ânes employés pour les courses dans la ville ou aux environs, et pour le transport des fruits ou des herbages. Les Egyptiens ne connaissent pas l'usage des voitures pour charrier leurs marchandises ; ce qui multiplie prodigieusement le nombre des animaux qui leur en tiennent lieu. Le chameau est employé pour les longs voyages. L’âne partage les travaux des jardiniers ; e! comme il ne demande pas à beaucoup près autant de soin que le cheval, il sert encore de monture à la majeure partie des habitants.

Le vieux Caire contient environ dix à onze mille âmes ; dans ce nombre, on peut compter six cents chrétiens schismatiques.

L'église offre la réunion de presque tous les cultes et toutes les sectes de la religion musulmane. Ce qui étonnera sans doute les lecteurs accoutumés à lire dans l’histoire des débats sanglants qui ont toujours suivi les schismes religieux, c'est de savoir que toutes ces sectes se tolèrent réciproquement. Point de contestation ni de rivalité, point de persécution de la part des plus forts; aucun ne songe à faire des prosélytes, ce qui démontre leur excessive modération.

Parmi les habitants de l'Egypte, la classe la plus

intéressante est sans contredit celle des Qabtes, puisqu'ils se considèrent comme les descendants des anciens Egyptiens, et que leur langage et les probabilités historiques viennent à l'appui de leur prétention.

Les Qobtes avaient des établissements religieux d'une grande magnificence, comme l'annoncent encoré beaucoup d'églises et de monastères ruinés. C’était surtout dans la Haute-Egypte qu'ils avaient élevé des temples somptueux : la Haute-Egypte parait être leur berceau ; ils ont toujours été en grand nombre, on les y retrouve encore aujourd'hui. Mais après tant de revers et de crises politiques, ils ont éprouvé le sort des autres habitants de l'Egyple; leur culle, en perdant la prééminence que lui assurait la domination des empereurs grecs, à perdu une partie de sa splendeur : cependant ils ont encore une centaine de couvents, parmi lesquels on en compte cinq destinés aux femmes. Deux de ces derniers sont situés au grand Caire, deux au vieux Caire, et le cinquième dans les environs. Celui-ci est divisé en deux parlies séfarécs : l'une est pour les hommes, l'autre pour les femmes. Les deux bâtiments sont renfermés dans la même enceinte.

Les Qobtes ne iouent qu'un bien petit rôle en Egypte; leur nation vit de son industrie. Elle a su conserver, sous les Tures, une branche administrative dont elle ne s'est jamais déparlie depuis les époques les plus reculées : c’est la tenue des registres des contributions et des revenus, la connaissance exacte des propriétés ; en un mot le cadastre de toute l'Egypte. On accuse les Qobtes de n'être pas toujours stricts observateurs des règles de la probité. On a recours à eux pour le partage des successions territoriales ; ils sont les véritables notaires de l'Egypte, comme ils en sont aussi les arpenteurs. } I

La masse de la population égyptienne se compose d'Arabes qui appartiennent essentiellement à la contrée, et qui ne diffèrent en rien dans leurs usages de ceux des Egyptiens proprement dits. Les Arabes errants, divisés en tribus nomades, promènent leurs tentes de déserts en déserts, et n'obéissent qu'à leurs cheiks.

Lorsque l'expédition française arriva en Egypte, elle y trouva les Mameloucks en possession du pouvoir, On n'ignore pas que c'étaient des étrangers venus de la Géorgie ou de la Circassie, privés des moyens nalurels de se reproduire et achetant de jennes esclaves qu'ils dressaient aux exercices militaires, el qu ils affranchissaient dans la suite. Aujourd'hui, les Mameloucks sont à peu près éteints en Egypte.

Parmi les étrangers qui concourent à la population de l'Egypte, on doit eiter les esclaves noirs des deux sexes. Chaque année les marchés du Caire sont couverts de ces malheureux; le nombre des femmes y surpasse celui des hommes. Ce commerce infâme est une des branches de l'industrie de la contrée. Les marchands du Caire expédient les esclaves dans les grandes villes de l'Asie, comme à Smyrne, Constantinople, ele.; cependant il en reste beaucoup en Egypte, où on les emploie à divers travaux. Les Egyptiens prisent surtout les jeunes négresses; un homme à.son aise en achète deux, trois, jusqu'à six pour son usage personnel.

Les chrétiens ont le privilége de posséder des esclaves en Egyple, quoiqu'ils ne puissent en jouir dans les autres Élats turcs. Mais ce privilége est encore borné, en ce qu'il leur est défendu d'avoir des mâles à leur service; ils peuvent tout au plus acheter de jeunes garcons, dont ils se débarrassent lorsque ceuxci commencent à grandir; mais on leur permet d'avoir autant de femmes qu'ils peuvent en acquérir; ainsi chaque femme en possède au moins une ou deux pour le ménage.

Les Odjagly ou Ottomans domiciliés sont en petit nombre. Leurs races s'éteignent comme celle des Mameloucks, et par les mêmes raisons. On compte plusieurs familles syriennes établies pour le commerce ;

elles n'entrent pas pour beaucoup dans la balance de la population.

Des tribus de Nubiens ou de Barabrah occupent plusieurs cantons de la Haute-Egypte et quelques villes voisines de la cataracte de Syène. Ces tribus sont misérables, et se composent de quelques familles seulement.

Enfin, nous citerons en dernier lieu les Franes et autres chrétiens étrangers. Les Francs ne se fixent que dans les places de grand commerce, comme Alexandrie, Rosette, Damiette et le Caire; mais cette classe étrangère est plus remarquable par l'importance de ses opérations commerciales que par son importance numérique.

Il en est de l'Egypte comme de la plupart des contrées de l'Orient; on y trouye en quelque sorte un mélange confus d'habitants el de mœurs qui se rattachent à des origines diverses et dérivent de: plusieurs causes. Dans les villes, on trouve, à quelques différences près, les mœurs des peuples orientaux. Ces différences ont été nécessitées par la nature du sol et du climat. Dans les campagnes et les déserts on reconnaîtrait l'homme des premiers âges du monde à la simplicité de ses goûts, si, par la dépravation de plusieurs de ses habitudes’, il ne se rapprochait pas des siècles corrompus.

Toutes ces classes de la population parlent une Jangue commune, l'arabe. Les Qobles ont généralement adopté cet idiome. Si quelques Osmanlis ont conservé l'usage de leur langue maternelle, ils s'en servent entre eux et dans leurs rapports avec les officiers du pacha qui gouverne l'Egypte au nom du Grand-Seigneur.

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