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Et ensuite ils commencèrent à entrer dans l’eau.
Ensuite on voyait, au milieu des équipages du roi et du ras, un homme portant la peau empaillée du malheureux Woosheka au bout d'un grand bâton. Après cela, cette peau fut pendue aux branches d’un arbre qui est devant le palais du roi, et qui sert à ces sortes d’exécutions.
Comme je puis dire que j'ai été bien établi dans ce pays-là , et que j'ai eu occasion d’en connaître l’état, les mœurs et le gouvernement, je vais présenter les détails qui m'ont paru les plus dignes d'attention.
Tableau géographique de l’Abyssinie, divisée en provinces.
À Masuah, sur la côte de la mer Rouge, commence une division imaginaire de l’Abyssinie en deux parties, division qui est bien plutôt dans le langage que dans le vaste territoire de cet empire. La première partie se nomme /e Tigré, et comprend tout ce qui se trouve entre la mer Rouge et le Tacazzé (1); la seconde va de ce. même fleuve aux bords du Nil: elle borne à l'occident le pays des Gallas, et porte dans toute son étendue le nom d'Amhara.
Quelque avantage que puisse avoir cette manière de diviser l’Abyssinie, elle manque d’une précision géo-
(4) L'ancien fleuve Siris. - A. M.
IT, Paris. — Impr. Lacour &r C®, rue Soufflot, 16. [A
graphique. 11 y a plusieurs petites provinces renfermées dans la première, et pourtant indépendantes du Tigré ; et l'Amhara, qui donne son nom à toute la seconde moitié de l'empire, n’en fait que la plus petite partie.
D'ailleurs en Amhara on parle une infinité de différents idiomes, indépendamment de l'amharic ; ce n’est qu’en Tigré, où la division du langage est certaine, parce qu'on ne s'y sert que du géez, c’est-à-dire de l’ancienne langue des pasteurs.
Masuah était jadis un des lieux principaux où le baharnagash faisait sa résidence ; et quand ce chef s’en absentait, il était loujours remplacé par un de ses lieutenants. L'été il allait passer plusieurs mois à Dahalac , île voisine qui se trouvait comprise dans son territoire. Le baharnagash était alors, après le roi et le betwudet, la personne la plus considérée de l'empire ; il avait le sendick et le nagaréet, c'est-à-dire l’étendard et les timbales, marques d’un commandement suprême.
Indépendamment des honneurs attachés à cet em ploi, c'était un des plus lucratifs d’Abyssinie : l’encens, la myrrhe, la cannelle, un nombre considérable de gommes et de couleurs, objets précieux qu’on trouve depuis le cap Gardafui jusqu'à la baie de Bilur, dépendaient du baharnagash. Mais le territoire de ce gouvernement comprend une grande étendue des côtes,
FE 4 w masses mn . FA
et a peu de profondeur, car du midi d'Hadea jusqu'à Masuah il forme une espèce de lisière qui n'a guère plus de quarante milles de large, et qui est bornée d'un bout à l’autre par une haute chaîne de monlagnes qui s'étendent parallèlement avec l'océan Indien et le golfe d'Arabie. !
Après Azab on trouve le commencement des mines de sel fossile, qu'on coupe en carrés d'environ un pied de long, et qui en Abyssinie remplacent l'argent et servent de monnaie courante. Ce sel et une espèce de menthe qui croît dans les mêmes contrées donnent un revenu considérable.
La même lisière de lerre continue de Masuah à Suakem , et les montagnes vont jusqu'à l'isthme de Suez, quoique les pluies du tropique ne tombent pas aussi loin. Cette province méridionale du Baharnagash est appelé /’Aabab (la terre des Agaazis ou des Pasteurs). La seule langue qu'on y parle ést le géez ou la langue des Agaazis, Dès les premiers âges ces pasteurs ont eu des caractères, une écriture enfin qui est encore la seule que l'on connaisse en Abyssinie.
Depuis que les Turcs ont éié chassés de Dobarwa et des côtes d’Abyssinie, l’île de Masuah est gouvernée par un nayb de la race des pasteurs, mais mahométan,
La province d'Abyssinie, qui vient ensuite, etqu'on peut appeler la seconde, tant pour l'étendue, les richesses, la puissance que pour le voisinage de Masuah, c'est le Tigré; elle est limitrophe du pays du Baharnagash , bornée par le fleuve Mareb au levant, et le Tacazzé, au couchant; elle a environ cent vingt milles de l'est à l'ouest, et deux cents milles du nord au sud; mais elle s'est beaucoup accrue. Un pouvoir usurpateur a aboli toute distinction sur la rive occcidentale du Tacazzé, el en oulre plusieurs gouvernements, tels que celui d'Endertla ei d'Antalow et une grande partie du territoire du Baharnagash, sont, du côté de l’est, enclavés dans le Tigré. :
Ce qui fait principalement la richesse de celte province c'est le voisinage de l'Arabie. Les marchandises qui traversent la mer Rouge vont par le Tigré; desorte que le gouvernement a le choix de tout, et en règle le prix. Les plus beaux esclaves, mâles et femelles, l'or le plus pur, le plus magnifique ivoire, passent par ses mains: de plus, les armes à feu, qui depuis plusieurs années rendent celui qui en possède davantage maitre de l’Abyssinie, sont tirées de l'Arabie ; et il ne se vend pas un seul fusil que le gouverneur du Tigré n'ait refusé de le prendre pour lui et ne sache qui l'achète.
Le Siré, pays qui n’a que vingt-cinq milles de jargeur et guère plus en longueur, est regardé comme faisant partie du Tigré, mais n’a pourtant point été nouvellement usurpé.
Après avoir passé le Tacazzé, on trouve la province . de Samen ; le fleuve sert de limite entreelle et le Siré. Le Samen, composé d'une vaste chaîne de montagnes escarpées , parmi lesquelles on distingue le Roc-Juif comme le point le plus élevé de toute l'Abyssinie, s’étend du midi du Tigré jusqu'auprès du Waldubba, pays enfoncé et brûlant qui borne l'Abyssinie au nord. Le Samen a environ quatre-vingts millés de long, en quelques endroits seulement {rente milles de large, et en d'autres beaucoup moins : il est en grande partie possédé par les Juifs, qui conservent leur religion et leurs lois depuis des siècles très reculés, et qui sont gouvernés par un roi et une reine qu'ils nomment Gédéon et Judith.
Au nord-est du Tigré est la province du Begemder ; elle est limitrophe de l'Angot, dont Je gouverneur porte le titre d'Angot-Ras; et à présent tout le pays est, à l'exception de quelques villages, conquis par les Gallas.
Au midi du Begemder est la province d'Amhara, qui s'étend dans la même direction, et dont il est séparé par le fleuve Bashilo ; l'une et l’autre de ces provinces sont bornées à l'occident par le Nil. Le Begemder a environ cent quatre-vingts milles de long et quatre-vingts milles de large, en y comprenant le Lasta, pays montueux qui dépend de son gouvernement, et
qui est souvent en insurrection. Les habitants du Lasta, regardés comme les meilleurs soldats d'Abyssinie, sont d'une haute stature et d’une force de corps prodigieuse, mais indociles et cruels; aussi les annales de l'empire, ainsi que les personnes qui ontoctasion de parler d'eux, ne les appellent jamais que les rustres ou les barbares du Lasta: ils paient au roi d'Abyssinie un tribut de mille onces d'or.
On a démembré du gouvernement du Begemder plusieurs petites provinces, telles, par exemple, que le Woggora qui à environ trente-cinq milles du sud au nord, entre Emfras et Dara, et douze milles de l’est à
l'ouest, des montagnes du Begemder aux bords du lac
Tzana. Au nord du Woggora sont deux pelits gouvernements particuliers, le Dréeda et le Karoota, les seuls territoires en Abyssinie dans lesquels on recueille du vin, et dontles marchands vont trafiquer dans le Caffa et le Naréa, pays habités par les Gallas. Il est bon d’observer que ces territoires n'ont un gouvernement particulier que dans l'état ordinaire des choses; car dès qu'un homme puissant est gouverneur du Begemder, il ne permet pas que des voisins faibles jouissent des moindres droits, et il réunit tout à son gouvernement.
Le Begember est la province qui fournit la meilleure cavalerie: elle peut mettre, dit-on, avec le Lasta, quarante-cinq mille hommes sur pied; mais d'après les observations que j'ai faites, je crois que ce nombre est beaucoup exagéré. Ce qu'il y a de certain, c’est que les habitants du Begemder sont d'excellents soldats quand ils aiment leur général et que la cause pour laquelle ils combattent leur plaît: autrement ils se divisent facilement, parce qu'ils ont continuellement une foule d'intérêts opposés que le gouvernement a l'adresse d'entretenir. Le Begemder produit en abondance du bétail magnifique et de loute espèce ; ses montagnes, moins élevées et moins pierreuses que Celles des autres provinces, exceplé dans la partie du Lasla, sont remplies de mines de fer et couvertes de toute sorte de gibier.
L'extrémité méridionale du Begember, voisine du Nefas-Musa, est remplie de vallées profondes, qui semblent n'avoir été creusées que par des débordements dont l'histoire ne fait pourtant aucune mention. C'est une forte barrière contre l'invasion des Gallas, qui ont souvent tenté de s’y établir, mais toujours en vain : des tribus entières de ces barbares ont péri dans ces entreprises audacieuses.
Après le Begember on trouve l'Amhara, entre les deux rivières de Bashilo et de Geshen. L’Amhara a cent vingt milles de l'est à l’ouest, et un peu plus de quarantes milles du nord au sud. Cette province est très montueuse; elle possède beaucoup de noblesse ; et ses habitants sont en général regardés comme les plus beaux et les plus braves de toute l'Abyssinie : avec les armes ordinaires, la lance et le bouclier, un soldat de l'Ambara en vaut deux d'une autre province. Ce qui ajoute singulièrement à la considération dont jouit l’Amhara, c'est la haute montagne de Geshen , ou’ {a montagne des Pâturages, qui servit de prison aux princes de la maison royale, jusqu'au moment où ils furent surpris et massacrés dans la guerre d’Adel.
Entre les deux rivières de Geshen et de Samba, est un pays bas, malsain, et pourtant fertile, qu'on nomme la province de Walaka, et aû midi du Walaka est le haut Shoa. Cette province ou plutôt ce royaume de Shoa est fameux pour avoir donné retraite au seul rejeton de Ja race de Salomon, qu'on déroba à la fureur de Judith, lorsque vers l'an 900, elle fit égorger sur le rocher de Damo tous les autres enfants de cette famille illustre.
Le Gojam, qui s'étend du nord-est au sud-est, a environ quatre-vingts milles de long el quarante milles de large. C’est un pays presque tout plat et couvert de pâturages; le peu de montagnes qu'on y voit sont très bautes et riveraines du Nil, qui borne cette province au midi: desorte que quand on traverse le Gojam en s'enfoncant dans l’Abyssinie, on a toujours à main gauche
le Nil, qui court vers le sud en sortant du lac Tzana, jusqu'à ce que tournant au nord, il passe par le pays de Fazuclok et le Sennaar, et va fertiliser l'Egypte.
Le Gojam est couvert de grands troupeaux de bœufs, qui sont sans contredit de la plus belle espèce qu'on puisse trouver dans les hauteurs de l'Abyssinie, La province est très populeuse; mais ses habitants sont regardés comme les plus mauvais soldats de toute l’Abyssinie : les jésuites y ont eu plusieurs couvents
Au sud-est du Gojam est le Damot, borné à l’est par le Temei, à l’ouest par le Gult, au sud par le Nil, et au nord par les hautes montagnes d'Amid-Amid, Le Damot à quarante milles du nord au sud, et un peu plus de vingt milles de l'est à l'ouest; mais toute la péninsule qu'enclave le Nil, depuis le lac Tzana jusqu'à Miné, c'est-à-dire à l'endroit où l'on passe le fleuve pour prendre la route du Narea , porte en général le nom de Gojam.
Par-derrière les montagnes d'Amid-Amid est la province des Agows, que ces montagnes bornent à l’orient, et qui a à l’occident le Buré, l'Umbarma et la contrée des Gongas, au midi le pays des Damots et des Gafats, et au septentrion le Dingleber.
Le Maitsha, ayant trop peu de pente pour pouvoir s'égoutter d'abord après les pluies, est en quelques endroits humide et en d'autres fort marécageux : il a conséquemment peu de blé ; mais il produit l'enseté, plante qui fournit aux habitants, durant toute l'année, une nourriture saine et délicate. On élève dans le Maitsha beaucoup de magnifique bétail et quelques chevaux assez médiocres.
Les montagnes qui sont au-dessus du Maitsha forment ce qu'on appelle le pays des Agows, qui, malgré toutes les dévastations qu'il souffre .depuis plusieurs siècles, est encore le plus riche de l’Abyssinie. Ces Agows entourent le Maitsha depuis les montagnes d'Aformasha jusqu'à Quaquera, où l’on trouve les sources de deux grandes rivières, le Kelti et le Branti. On
appelle cette nation les 4gows du Damot, parce qu'ils.
sont voisins de cette dernière province, et par opposition aux Agows du Lasta, mieux connus encore sous le nom de Zcheratz-Agows, qu'ils ont pris de Tchera, district voisin du Lasta et du Begemder, où il y a une ville considérable du même nom qui appartient à une de leurs tribus. °
Les Gafats, nation très nombreuse, habitant un petit district, adjacent au pays des Gallas, a plusieurs langages distinets, ainsi que les Gallas eux-mêmes.
Tout le pays qui s'étend le long du lac Tzana, depuis Dingleber jusqu’au pied des montagnes qui bornent les cantons de Kuara et de Guesgué, se nomme/e Dembea. Cette province qui est basse et au midi de Gondar, et la province de Woggora, à l'orient de cette ville, recueillent une immense quantité de blé et sont les greniers de la capitale. Le Dembea semble avoir été jadis couvert tout entier par le lac; il en reste même des preuves auxquelles on ne peut se méprendre. Ce vaste réservoir diminue sensiblement; et cela est parfailement conforme avec tout ce qu'on a observé relativement à toutes Jes eaux slagnantes répandues sur la surface du globe.
Le Dembea est appelé par les Abyssiniens 4//é-Kolla, c'est-à-dire La nourriture du roi; parce que tous les revenus de celte province sont destinés À l'entretien de la maison du monarque. L'officier qui y commande porte le titre de cantiba. Sa place est très Jucrative, mais elle n’est pas considérée comme une des premières de l'empire ; et le cantiba ne siége pas dans le conseil du roi.
Au midi du Dembea est la province de Kuara, contrée montueuse et attenante au pays des Shangallas ou nègres idolâtres, désignés sous le nom de Gongas et Gubas, qui sont les Macrobes des ancrens. Le Kuara est une province fort malsaine, d'où l'on tire beaucoup d'or, non que Île pays le produise lui-même, mais parce qu'il y vient de chez les Gubas, les Nubas, les Shangallas.
Kuara, dans la langue des Shangallas, signifie Le soleil ; et Beja, qui est le nom qu'on a donné à l’Atbara , pays adjacent comprenant les terres basses du Sennaar, ou la contrée des Pasteurs, signifie /a lune. Ces noms sont des restes des anciennes superstitions de ces peuples.
Dans le bas de la province de Kuara, et près du Sennaar, on trouve un établissement considérable de nègres paiens, appelés Ganjars. Ils ont beaucoup de cavalerie, et ne vivent que des produits de leur chasse et de ce qu'ils pillent sans cesse aux Arabes de l’Atbara et du Fazuclo.
Le gouverneur du Kuara est l'un des premiers officiers de l'empire: comme lieutenant-général du monarque, il jouit dans sa province d’un pouyoir absolu, et il a les honneurs du sendick et du nagaréet (1). Ses timbales sont d'argent ; et il peut les faire battre quand il traverse la capitale de l'empire, droit que n'ont pas les autres gouyerneurs de provinces, et qui est ordinairement réservé au roi partout où se trouve ce prince. Le gouverneur du Kuara partage donc ce privilége avec le roi; et son nagaréet se fait entendre jusqu'au marches de l’avant-cour du palais, où il est obligé de le faire cesser. C’est un honneur qüe David IE, qui conquit le Kuara sur les Pasteurs qui en avaient été de tous temps maîtres, accorda au premier gouverneur de cette province pour récompenser ses services el sa fidélité.
Le Narea, le Ras-el-Féel et le territoire de Tchelga, jusqu'à Tcherkin, forment une province frontière, entièrement peuplée de mahométans. Le gouvernement en est ordinairement confié à un étranger, souvent même à un mahométan, et c'est du moins un homme de celle religion qui est toujours lieulenant du gouverneur. On n'entretient là de troupes que pour la défense des alliés Arabes et Pasteurs qui sont restés fidèle à l’Abyssinie, et qui se trouvent exposés au ressentiment des autres Arabes du Sennaar, leurs voisins. Ces Arabes, ces Pasteurs, alliés de l’Abyssinie, lui fournissent continuellement des chevaux de remonte pour la cavalerie royale. Le Ras-el-Féel est une province étroite, inculte, couverte de bois, où le climat est brûlant et malsain, et qui n’est propre qu’à la chasse. Les habitants, quoiqu'ils professént presque tous la religion mahométiane, sont un ramas de toutes les nations : ils sont en général très braves et habiles cavaliers, et nese servent d'autre arme que d'un grand sabre, avec lequel ils triomphent des éléphants et des rhinocéros.
Il y a encore plusieurs fautres provinces qui tantôt sont réunies aux gouvernements voisins, et tan{ôt en sont séparées, comme, par exemple, celle de Guesgué à lorient du Kuara; le Waldubba, entre les rivières de Gangué et d'Angrab; le Tzégadé et le Walkayt, à l'ouest du Waldubba; l’Abergalé et le Selawa, dans le voisinage du Begemder; le Temben, le Dobas, le Giannamora, le Bur et l'Engana, près du Tigré,
MϾurs et usages.
La couronne d'Abyssinie est et a toujours été héréditaire dans une famille particulière qui descend, diton, en droite ligne de Salomon et de la reine de Saba, négesta azab, c'est-à-dire reine du Midi, Cependant celle couronne est élective dans cette même: famille ; etil n'y a ni loi ni coutume qui oblige de la décerner de préférence au fils aîné du roi.
La primogéniture n’est donc point un droit ; l'usage lui a même été contraire. Quand un roi meurt, si ses fils sont assez avancés en âge pouriêtre en état de régner, et qu'ils n'aient point été relégués sur la montagne, l'aîné ou le cadet, aidé par les amis de son père, sempare ordinairement du trône ; mais si les héritiers sont. sur la montagne, le premier ministre choisit seul le roi
(1) L'étendard et les timbales. A. M.
D GE eo à pie de Ve A ESS
qui passe alors pour avoir élé appelé par la nation ; et comme les désirs et les intérêts de ce ministre sont de maintenir sa puissance le plus longtemps possible, il ne manque jamais de décerner la couronne à un enfant sous lequel il peut gouverner l'empire à son gré, et dont il prolonge ordinairement la minorité durant sa vie entière.
Le roi est, à son couronnement, oint d'huile d'olive qu'on lui verse sur le sommet de la tête; et pour la faire pénétrer dans ses longs cheveux , il se frotte avec ses deux mains assez indécemment, et à peu près de Ja même manière que ses soldats se frottent la tête avec du beurre.
La couronne d’Abyssinie ressemble à une mitre d'évêque; c'est une espèce de casque qui couvre le front, les joues et le cou : elle est doublée de taffetas bleu, et le dessus est d’or et d'argent travaillés à filigrane, d’une manière supérieure.
Au haut de la couronne il y a une boule de verre rouge, dans laquelle sont plusieurs clochettes de différentes Couleurs.
Autrefois on ne voyait jamais le visage du roi, ni ancune parlie de son corps, à l'exception du pied qu'il laissait paraître de temps en temps. Il s’assied dans une espèce d’alcôve ou de balcon, dont le devant est garni de jalousies et de rideaux; et en outre il couvre son visage toutes les fois qu'il donne des audiences publiques, ou qu’il rend la justice. Lorsqu'il craint quelque trahison, son balcon est lotalement fermé, et il parle par un trou qui est à côté, à un officier qu'on appelle {e kalhatzé, la voix ou la parole du roi, el qui va porter les discours du monarque aux juges assis autour de Ja lable.
Le roi va régulièrement tous les jours à l'église; ses gardes prennent alors possession de toutes les avenues et des portes où il doit passer ; et comme il est à pied, personne n'a droit de l'accompagner que deux de ses chambellans sur lesquels il s'appuie. Il baise le seuil et les côtés de la porte de l’église, ainsi que les marches de l'autel, après quoi il s'en retourne soudain dans son palais, soit qu’on célèbre quelque service dans l'église, soit qu’on n'en célèbre pas.
Tous les matins avant le jour un officier, appelé le serach-massery, s'arme d'un long fouet qu'il fait claquer devant la porte du palais, en faisant plus de bruit que ne pourraient en faire vingt postillons français. 11 chasse, par ce moyen, leshyènes et les autres bêtes féroces qui infestent la ville pendant la nuit: et en même temps il donne le signal du lever du roi. Le monarque se place à jeun sur son trône pour rendre la justice, jusqu'à huit heures, et à huit heures il va déjeuner.
Le roi choisit lui-même six nobles, auxquels on donne le titre de baalomaal (1), ou chambellans, et dont quatre se tiennent toujours auprès de sa personne ; un septième, qui est le chef de ces six-là, s'appelle l’azeleffa-el-camisha, c'est-à-dire serviteur de la tunique : c'est lui qui est maître de la garde-robe, et premicr officier de la chambre. Ces sept officiers , les esclaves noirs et quelques autres personnes, servent le monarque dans l'intérieur du palais, et vivent avec lui dans une familiarité à laquelle ne peuvent jamais parvenir le reste de ses sujets. |
Quand le roi assemble son conseil pour délibérer sur des objets importants, il se tient dans une espèce de loge fermée , au bout de la table du conseil; les personnes qui y assistent sont rangées autour de la table, suivant leur rang, et donnent leur voix, en commençant toujours par le plus jeune, ou du moins le dernier officier. Les premiers qui parlent sont les shalakas, ou colonels des troupes de la maison du roi; ensuite vient le grand:échanson, puis le badjerund, c'est-à-dire le garde de cet appartement du palais appelé Za maison du lion, puis le garde de l'appartement
(1) Baalomaal, c'est-à-dire littéralement garde des effets ou des marchandises du roi. A. M.
où se font les banquets royaux. Après ceux-là vient le lika-magwass, c’est-à-dire l'officier qui a coutume de précéder le roi pour écarter la foule.
Les attributs de la royauté sont un cheval blanc, dont la tête est parée de clochettes d'argent, un bouclier d'argent et un bandeau d'étoffe de soie blanche, ou bien plus souvent, de mousseline qui lui couvre le front, se noue par un double nœud derrière la tête, et dont les bouts flottent sur les épaules.
Une cérémonie très remarquable, est celle de l'adoration qui de nos jours est encore rigoureusement observée en Abyssinie toutes les fois qu'on parait en présence du monarque : il ne suffit pas de fléchir le genou, il faut qu’on se prosterne. On commence par se laisser Lomber sur ses genoux, puis sur ses Mains; après quoi on incline sa tête et son corps jusqu à Ce que le front touche à terre; et si on a une réponse à attendre, on reste dans cette posture jusqu’à ce que le roi ordonne de se relever. ; |
Il y a un usage bien singulier en Abyssinie, Cest qu'il faut que les portes et les fenêtres du roi soient incessamment assaillies de gens qui pleurent, se lamentent et demandent justice à grands cris, dans tous les différents idiomes de l'empire, pour être admis en présence du monarque, et faire cesser les torts prétendus dont ils se plaignent. Dans un pays aussi mal gouverné et exposé constamment à tous les malheurs de la guerre, on peut bien imaginer qu'il ne manque pas de gens qui ont de justes raisons de se plaindre : mais si par hasard ilne s'en trouve pas assez, comme par exemple dans le fort de la saison des pluies où l'on à peine à approcher de la capitale et à se tenir dehors, il y a une bande de misérables qu'on paie pour crier et se lamenter comme s'ils avaient été véritablement opprimés. Cet usage est, dit-on, établi pour l'honneur de la majesté royale, et pour que le prince ne soit pas solitairement abandonné dans son palais à une tranquillité oiseuse.
Que ces plaintes soient véritables ou feintes , elles ont toujours pour. refrain : Rete O Jan hoi; ce qui, répété très rapidement, ressemble à prete Janni (1), titre qu'on a donné en Europe au roi d'Abyssinie, et dont on ne connaissait pas l’étymologie. Ces mots signifient dans la langue du pays rexds-moi justice, 6 mon roi!
Le diadème, attribut de la royauté chez les Perses comme chez les Abyssiniens, avait exactement la même forme, et était porté de la même manière. Le roi d’Abyssinie le porte quand il est en marche, non-seulement comme unemarque distinetive de sonrang, mais parce qu'il en est bien moins incommodé, surtout dans les pays chauds, qu'il ne le serait d’un ornement plus pesant. Ce bandeau est posé sur le front et noué par derrière, de manière que le sommet de la tête reste à découvert. Les Abyssiniens ne pourraient mettre quelque chose sur leur tête, et surtout quelque chose de blanc, sans faire un sanglant outrage au monarque. Il n'y a que les prêtres qui ont droit de porter de grands turbans de mousseline, et les mahométans, qui portent des bonnets et des turbans blancs par-dessus.
En Abyssinie c'est un crime de haute trahison que de s'asseoir sur le siége du roi; et quiconque le ferait serait soudain misen pièces, à moins qu'on ne fut bien sûr qu'il était fou.
Les rois d’Abyssinie sont au-dessus de toutes les lois ; ils jouissent d’une autorité sans bornes en matière ecclésiatique comme en matière civile; loutes les terres de leur royaume, et la personne même de leurs sujets, leur appartiennent, parce que tout Abyssinien naît esclave du prince ; et sil jouit ensuite de quelque rang dans la société, ce n’est jamais que par un don du monaïque, non à cause de ses parents, qui sontcomptés pour rien. On saitque les Perses avaient de pareils usages.
On fait en Abyssinie différentes sortes de pain,
(1) Prêtre Jean. A. M.
parce qu’il y a différentes espèces de teff et de tocusso, dont la qualité varie encore beaucoup dans chaque espèce. Le roi d'Abyssinie mange du pain de froment, non pas de toutes sortes de froment, mais seulement de celui qu'on recueille dans la province de Dembea, et qu'on appelle spécialement la nourriture du roi
Le roi d'Abyssinie ne marche jamais quand il est hors de son palais: il ne pose pas même le pied à terre ; et s'il veut descendre de cheval, un de ses domestiques vient lui présenter un escabeau qu'il tient tout prêt pour cela. Il se rend à cheval de son appartement dans la salle d'audience, etil descend auprès de son trône ou du siége placé dans l’alcôve de sa tente.
Le monarque abyssinien juge souvent lui-même les crimes capitaux, et son jugement est loujours regardé comme favorable. |
Jamais le roi ne condamne un homme à mourir la première fois qu'il est coupable, à moins que cet homme n’ait commis un parricide ou un sacrilége. En général la vie et le mérite du prisonnier sont mis en balance avec la faute qu’il a commise : de sorte que s’il a élé plus utile à l'Etat par sa conduite passée qu’il ne lui a nui par le mal qu'il vient de faire, il peut êtresüûr d'être absous dès que le roi le juge seul.
Le principal supplice en Abyssinie est la croix : un supplice plus terrible encore, c’est celui d'être écorché vif. Cet usage barbare subsiste encore en Abyssinie.
Les Abyssiniens font aussi mourir les criminels en les lapidant : ce supplice est assez ordinairement réservé aux étrangers, qu'ils appellent Francs, et surtout lorsqu'on les croit coupables en matière de religion. Les prêtres catholiques qu'on découvrit en Abyssinie , il n’y a que peu d'années, furent lapidés, ét leurs corps sont encore dans les rues de Gondar, ensevelis sous les monceaux de pierres qui servirent à leur donner la mort : on voit trois de ces gros monceaux de pierres près de l’église d’Abbo.
Parmi les châtiments capitaux qu'on inflige en Abyssinie, nous pouvons compler celui d'arracher les yeux, usage barbare,que j'ai vu souvent pratiquer dans le peu de séjour que j'ai fait dans ces contrées : c’est ordinairement la punition des rebelles.
Le corps des personnes qu'on fait mourir en Abyssinie pour crime de haute trahison, de meurtre ou de violence, est communément exposé surles places publiques et dans les grands chemins, et fort rarement enterré. Les rues de Gondar sont pavées des membres ét des carcasses de ces malheureux, qui y attirent tant d'animaux féroces pendant la nuit qu'il est très dangereux de sortir. Cette horrible coutume d’'abandonner les cadavres des criminels est en pleine vigueur à Gondar. Les chiens s'emparent souvent de quelques membres, qu'ils charrient aussitôt dans les cours et . dans les appartements pour pouvoir les dévorer avec plus de sécurité; ce qui ne manquait pas de me révolter : mais ils y revenaient si souvent que j'étais enfin obligé de leur laisser le champ libre.
Les Abyssiniens ne mangent ni ne boivent jamais avec les étrangers, quoiqu'ils n'aient maintenant aucune raison de s’en abstenir. La loi qui le leur défendait jadis est abolie ; mais ils restent soumis à leur ancien préjugé; ils brisent, ou du moins ils purifient avec soin leurs vases, lorsque quelque étranger s’en est servi pour manger ou pour boire; el cette coutume qu'ils ont imitée des Egyptiens, ils la conservent, quoique le motif. religieux qui y à donné naissance ne subsiste plus en Egypte.
En Abyssinie, les femmes vivent comme si elles étaient communes à tout le monde, et leurs plaisirs n'ont d'autre borne que leur volonté. Cependant elles prétendent avoir pour principe, quand elles se marient, de n’appartenir qu'à un seul homme : mais elles ne s'en contraignent pas davantage; et ce devoir est, comme la plupart des autres, un objet de plaisanterie.
Les Egypliens complaient pour rien l'état et le
rang de la mère; l'enfant suivait la condition de son père, libre ou esclave : la mème chose a encore lieu en Abyssinie. Le fils du roi et d’une négresse esclave , achetée ou prise à la guerre, n’a pas moins droit à la courônne que vingt autres enfants du même monarque, nés des mères les plus nobles de l'empire.
Jadis en Egypte, les hommes ne se mêlaient ni de vendre ni d'acheter : il en est encore de même en Abyssinie. C’est une espèce d’infamie pour un homme d'aller acheter quelque chose au marché. Il ne peut non plus, ni charrier de l’eau, ni pétrir du pain; mais il lave ses vêtements et ceux des femmes, sans que celles-ci puissent l'aider : les hommes abyssiniens charrient toujours sur leur tête les fardeaux qu'ils ont à porter, et les femmes les charrient sur leurs épaules; différence qui avait également lieu en Egypte.
Il est certain que l'usage d'employer les femmes à vendre et à acheter doit avoir cessé dès que la jalousie a commencé et que: l’on a voulu renfermer ce sexe. Aussi, y a-t-il longtemps qu'il n'a plus lieu en Egypte; mais, par la raison contraire, il subsiste en Abyssinie. :
C'était un sacrilége en Egypte de manger un veau, et la raison en était bien naturelle : les Egyptiens adoraient la vache. Aujourd'hui même, en Abyssinie, personne ne mange du veau, quoiquon n'y fasse aucune difficulté de manger des bœufs et des vaches. Le principe égyptien est détruit, mais le préjugé reste.
Les Abyssiniens ne mangent ni des oiseaux sauvages, nides oiseaux marins, nimêmedes oies, qui étaient regardées en Egypte comme un mels très délicat. La raison de cette différence vient de ce que, lors de leur conversion au judaïsme, ils furent obligés de renoncer à celles de leurs coutumes qui se trouvaient contraires aux lois de Moïse.
Dans la capitale, où chacun est en tout temps à l'abri de toute surprise, ou dans la campagne, dans les villages, qnand des pluies constantes inondent tellement les vallées qu'il est impossible de les traverser même à cheval, et que personne n'ose se hasarder à quitter son habitation de peur d'être emporté par des torrents soudains et passagers qui tombent du haut des montagnes au moment où la pluie redouble; enfin, quand on peut dire qu’on est en sûreté chez soi, et que l'épée et le bouclier sont suspendus dans le repos, les principaux habitants des villages, comme les citoyens des villes et les gens qui fréquentent la cour, se réunissent entre amis, tant hommes que femmes, pour diner ensemble.
On place dans une grande salle une longue table entourée de bancs, sur lesquels les convives s’asseyent. L'usage des tables et des bancs a été introduit en Abyssinie par les Portugais : autrefois on ne se servait dans les maisons que de cuirs de bœufs qu'on étendait à terre, et sur lesquels on se couchait à demi, comme on le fait encore à l’armée et dans la campagne. On conduit à la porte de la salle à manger une vache ou un taureau, suivant que la compagnie est nombreuse; et quand on a bien lié les pieds de l’animal, on lui fend la peau qui lui pend sous la gorge, et que nous appelons le fanon; mais on la fend de manière à n’arriver qu'à la partie grasse qui compose ce fanon, et à se contenter de percer quelques petites veines d’où l’on fait couler à terre cinq ou six goultes de sang seulement. On fait en sorte de tenir l'animal en vie, jusqu’à ce qu'on ait achevé de le dévorer. Quand ils croient avoir satisfait à la loi de Moïse, en répandant à terre quelques gouttes du sang de l'animal, deux ou trois de la troupe se mettent à leur sanglant ouvrage. Ils commencent par lui lever la peau de chaque côté du dos ; ensuite, enfonçant leurs doigts entre cuir et chair; ils l’écorchent jusqu’à la moitié des côtes etsur la croupe, coupant toujours la peau daus les endroits où ils seraient gènés pour la lever ; puis ils dépècent la viande sans toucher aux os, et les
mugisséments plaintifs du pauvre animal sont le signal auquel on se met à table. |
Au jieu d'assiettes on sert devant chaque convive des gâteaux ronds de l'épaisseur d'environ un demitravers de doigt. C'estune espèce de pain sans levain, d'un goût un peu aigre, mais agréable et facile à digérer : on le fait avec du teff; il est de différentes couleurs, tantôt bis, tantôl très blanc. II y a communément deux ou trois de ces gâteaux vis-à-vis de chaque convive, avec quatre ou cinq pains bis ordinaires dont les maîtres se servent seulement pour sessuyer les doigtsen dinant, et que les esclaves mangent ensuite.
Dès que les convives sont assis, trois ou quatre domestiques s’avancent, portant chacun dansleurs mains un grand morceau de chair crue et saignante, qu'ils posent sur les gâteaux de teff qui servent à la fois de plats et de nappe. Tous les hommes tiennent à la main le même coutelas dont ils font usage à la guerre, et les femmes ont de mauvais petits couleaux, à peu près pareils à ces couteaux de deux sous qu'on fabrique à Birmingham.
La compagnie est toujours placée de manière qu'un homme se trouve assis entre deux femmes. Les hommes coupent alors un morceau de viande, chacun de la grandeur des pièces de beef-steak anglaises (1), et l'on distingue encore facilement dans ces morceaux de viande le mouvementdes fibres et des esprits vitaux. Les Abyssiniens d’une classe au-dessus du communne touchent jamais eux-mêmes à leur manger : Les femmes prennent la viande, la coupent d'abord par aiguillettes de la grosséur du petit doigt, et ensuite en petits morceaux carrés, qu'elles couvrent de sel fossile et de poivre noir, de la même espèce du poivre de Cayenne, et qu'elles enveloppent dans un morceau de pain de tefr. *
Les hommes, ayant alors remis leurs coutelas dans leurs fourreaux, appuient leurs mains sur les genoux de chacune de leurs voisines, se tiennent le corps penché, la tête avancée, et la bouche ouverte comme des idiots, se tournant sans cesse du côté des mains qui leur présentent le morceau, et qui les empâtent si bien qu'ils courent grand risque d’être étouffés. C'est laune marque de grandeur; celui qui avale les plus gros morceaux, et qui fait le plus de bruit en les mâchant, est regardé comme le mieux élevé et celui qui sait le mieux vivre. Aussi y a-t-il parmi eux un proverbe qui dit: « Les mendiants et les voleurs n'avalent que de pétit morceaux sans faire du bruit, »
Dès qu'un homme a expédié le morceau présenté par une de ses voisines, ce qui est ordinairement fort prompt, il se tourne vers l'autre, et va ainsi alternativément jusqu'à ce qu'il ait pris sa réfection. Il ne boit jamais qu'après avoir achevé de manger ; et, avant de boire, il roule deux ou trois petits morceaux de viande pareils à ceux qu'on lui a servis, et il les présente des deux mains à ses deux voisines qui ouvrentla bouche toutes deux à la fois; et par ce moyen il leur marque sa reconnaissance. Il commence à boire dans une grande et belle corne, pendant que les femmes continuent démanger; et quand elles ont fini, toutle monde boit à la ronde, en chantant « vivent la joieet la jeunessel » On se livre à une gaîté bruyante età desjeux qui finissent rarement sans querelle.
Cependant la malheureuse victime qu'on a déchirée et dévorée en partie saigne toujours, mais saigne peu, à la porte de ce barbare festin; parce que tant qu'on peut enlever de la viande sanstoucher aux os, on ne coupé point les cuisses ni aucune des parties où sont les artères. Mais enfin on en vient là; et bientôt après que l'animal a perdu tout son sang, il devient si coriace, que les cannibales sont obligés de lui arracher le reste de sa chair avec les dents, et de la dévorer comme de vrais ch:ens.
(1) A peu près comme les demi-entre-côtes qu’on mange en France. A. M.